Clermont-Ferrand connaît l’un de ses plus grands chantiers de transformation. L’ancien site Michelin de Cataroux, longtemps fermé et réservé au test des pneumatiques, devient un quartier d’innovation écologique. Sur 42 hectares, une vingtaine sont aujourd’hui engagés dans une reconversion profonde.
L’enjeu n’est pas seulement architectural. Il s’agit de transformer un espace emblématique de l’industrie en démonstrateur territorial : un lieu capable d’abriter de nouveaux usages, d’expérimenter des modèles plus sobres et d’ouvrir la voie à d’autres manières de produire, de nourrir, de soigner et d’habiter.

L’agriculture urbaine comme moteur de transition

La première étape visible de cette transformation prend la forme de la Ferme des Pistes. Un projet mené par l’association Les Pistes Vertes. Sur plus de 4 000 m² de terre végétalisée, complétés par une serre de 500 m², le site accueillera bientôt une production horticole, florale, maraîchère et de micropousses.

Ce choix n’est pas anodin. Dans une ville marquée par une longue tradition industrielle, réintroduire de la terre, de la culture et des savoir-faire agricoles donne une nouvelle fonction à un espace longtemps réservé à la technique. L’enjeu est écologique, mais aussi social : la ferme créera des emplois en insertion et pourrait évoluer vers une entreprise adaptée.
L’objectif est clair : faire de l’agriculture urbaine un levier de résilience locale.

Souveraineté alimentaire : la Légumerie d’Auvergne

Dans la même logique, un autre équipement marquant est en préparation : la Légumerie d’Auvergne, située dans le futur bâtiment F14.
Portée sous forme de coopérative d’intérêt collectif, elle réunit producteurs maraîchers, associations agricoles, Chambre d’agriculture et acteurs publics.
Son rôle : transformer, calibrer et préparer des légumes locaux pour la restauration collective publique et privée.

L’idée est simple : si l’on veut plus de produits locaux dans les écoles, hôpitaux ou entreprises, il faut une structure capable d’absorber les volumes, garantir la qualité et sécuriser les débouchés.
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La légumerie s’inscrit ainsi dans le Plan alimentaire territorial du Grand Clermont et agit comme un maillon manquant entre fermes et cantines.
Elle devrait créer une quinzaine d’emplois et ouvrir entre 2028 et 2029.

Des jardins pour reconnecter ville, vivant et santé

À côté de la ferme, les Jardins des Pistes ouvrent un autre volet de l’innovation écologique : celui de la médiation et de l’usage partagé.
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Quatre espaces thématiques sont prévus : un jardin fruitier, une pépinière pour replanter des arbres dans le Massif central, un jardin thérapeutique en lien avec l’ASM Omnisport, et des éco-chantiers accueillant des bénévoles, notamment des personnes réfugiées.

Ces jardins ne sont pas pensés comme un parc décoratif, mais comme un outil d’animation, d’éducation et de soin.
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La transition écologique n’est pas que technique. Elle passe aussi par des pratiques quotidiennes, un rapport plus concret au vivant et une capacité à créer du commun dans la ville.

Photovoltaïque pour viser une autonomie énergétique

Le premier lot du quartier — les 3,5 hectares de jardins et espaces verts — servira de terrain d’expérimentation énergétique.
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Jean-Paul Kyoketti, directeur du programme du quartier des Pistes, a détaillé les intentions :
le site doit tendre vers l’autonomie grâce à la production d’électricité photovoltaïque consommée en direct.

Le quartier prévoit aussi son raccordement au réseau de chaleur urbain. Il sera alimenté en majorité par des énergies renouvelables et de récupération.
Pour la partie gaz, l’intégration au réseau de chaleur permet de limiter les émissions liées au 

L’équipe du projet rappelle un point souvent absent des documents de planification : la vitesse du changement climatique.
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La végétalisation des sols, l’usage de structures existantes plutôt que de nouvelles constructions, la multiplication des zones d’ombre et des espaces perméables participent directement de cette stratégie d’adaptation.

Ainsi, l’objectif est de créer un endroit où l’on ressentira 5 à 6 degrés de moins en plein été. Un membre de l’équipe résume cette intention par une formule :
« Ce parc doit être un refuge climatique. »

Un quartier dromadaire pour atteindre l’autonomie hydrique

La gestion de l’eau n’est pas vue comme une contrainte, mais comme une structure fondatrice du projet.
Jean-Paul Chiocchetti, directeur du programme du quartier des Pistes, résume l’ambition d’un objectif simple.

« Il n’était pas question pour nous d’utiliser une goutte d’eau de la ville pour entretenir ce parc. »

Pour les 3,5 hectares d’espaces verts, le quartier adopte donc le principe du « quartier dromadaire », un modèle d’autonomie hydrique.

Au cœur de ce dispositif, « le jardin de pluie  joue un rôle essentiel », explique l’architecte Stéfano Favretto.

Cet espace est localisé à la sortie du bâtiment des pistes. Il est à la fois un point de contemplation et un outil écologique sophistiqué. C’est “le plus vaste espace travaillé en termes paysagers”.
Il reçoit, retient et infiltre les eaux pluviales avant de les réinjecter dans un sol entièrement désimperméabilisé.

Ses fonctions sont multiples :

  • gérer les fortes pluies et éviter le ruissellement,
  • recharger le sol en eau,
  • alimenter les zones végétalisées,
  • créer un îlot de fraîcheur grâce à l’évaporation naturelle.

La sobriété comme tradition

Enfin, l’innovation écologique du quartier ne sort pas de nulle part.
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Le site Michelin portait déjà une culture de la sobriété. En effet, dans les années 1920, les pistes avaient été conçues pour économiser l’énergie lors des essais.
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Les rampes ralentissaient les chariots sans moteurs, la gravité aidait à relancer le mouvement. Chaque élément de structure avait été pensé pour réduire la consommation électrique.</span>

Reste à voir comment ce nouveau morceau de ville sera réellement adopté.
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Les reconversions industrielles sont souvent porteuses de promesses. On l’a d’ailleurs vu ailleurs, de Fives Cail à Lille ou Confluence à Lyon. Pour autant, leur réussite dépend toujours d’un facteur plus difficile à maîtriser : l’usage réel.

Les habitants s’approprieront-ils ces espaces ?
La fréquentation suivra-t-elle, une fois l’effet nouveauté passé ?
Les modèles économiques tiendront-ils dans la durée ?
Et surtout : ce type de quartier hybride, mêlant patrimoine industriel, agriculture urbaine et innovation énergétique, trouvera-t-il sa place dans un territoire où les codes du quotidien sont déjà bien installés ?

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