Installé sur trois sites en périphérie de Clermont-Ferrand et Riom, le Biopôle Clermont-Limagne fédère 45 entreprises auvergnates spécialisées dans les sciences du vivant. Un site unique qui permet le développement d’un secteur d’activité innovant.

Dans leur laboratoire de Saint-Beauzire, Jean-Jacques Youte et son équipe développent des technologies de synthèses d’actifs pharmaceutiques et cosmétiques plus respectueuses de l’environnement. Leur objectif : substituer les solvants cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR) ainsi que les polluants éternels de type per- et polyfluoroalkylées (PFAS), détectés à l’état de traces dans les médicaments et les cosmétiques, par des alternatives plus sûres et conformes aux principes de la chimie verte. « Au départ, nous nous sommes installés dans ce premier module.

Aujourd’hui, il est dédié à la recherche et développement.  Le second, plus récent, sert à la production », indique-t-il en poussant la porte d’un laboratoire dans lequel deux chimistes s’activent. Son entreprise, StrainChem, créée en 2017, est l’une des 45 installées sur les trois sites du Biopôle Clermont Limagne. Ici, elle loue des laboratoires et des bureaux tout en bénéficiant d’un écosystème centré sur les technologies et les sciences du vivant.

Du foncier accessible

Créé en 1994 et géré par un syndicat mixte ouvert, le Biopôle Clermont Limagne dispose d’un patrimoine immobilier unique, permettant notamment aux entrepreneurs de louer des locaux afin de débuter leur activité en limitant les investissements. Son offre s’adresse aux entreprises spécialisées dans les sciences du vivant : biotechnologies, pharmacie, chimie, agronomie, agriculture, cosmétique et environnement.

« Lorsque vous êtes porteur d’un projet, il est difficile de trouver des financements pour l’achat d’infrastructures. Grâce à des conventions d’occupation temporaires, les entrepreneurs peuvent louer des locaux afin de développer sereinement leur activité », explique Christine Merle, directrice du Biopôle.

Sur place, un syndicat mixte ouvert(*) assure la maintenance des locaux et notamment celle des laboratoires qui sont adaptés aux besoins spécifiques des entrepreneurs qui s’y installent. De plus, l’offre, très modulable, permet aux chefs d’entreprises de s’adapter facilement à l’évolution de leur activité ou aux fluctuations du marché en louant, temporairement, une surface de travail supplémentaire. Lorsque l’activité se pérennise, il leur est également possible d’acquérir des locaux sur l’un des trois sites de St-Beauzire, Riom et Clermont-Ferrand.

Spécialisé dans le conseil et l’analyse chimique, Yannick Barrier a travaillé pendant quinze ans dans une entreprise installée au Biopôle avant de créer sa société de conseil en 2024. Un an plus, tard, il se spécialise dans le développement de nouvelles méthodes d’analyses. Et s’installe naturellement sur le site de Riom dans un laboratoire entièrement équipé de 40 m2.

« Au départ, c’est impossible d’acquérir tout le matériel nécessaire. En m’installant ici, j’ai économisé environ 200 000 euros », calcule le créateur de Lab-Analytikal Conseil.

*(regroupant Clermont Auvergne Métropole, Riom Limagne et Volcans ainsi que la CCI du Puy-de-Dôme)

Un véritable écosystème

Au-delà du foncier, les entreprises qui s’installent au Biopôle bénéficient également de conseils et d’une mise en réseau indispensable au développement de leur activité.

« Chaque trimestre, nous organisons un petit-déjeuner. C’est un moment important pendant lequel les entrepreneurs partagent leurs réussites et leurs difficultés. Cela permet de créer du lien entre eux », précise Christine Merle.  Avant d’ajouter que des rencontres thématiques avec différents acteurs auvergnats sont également organisées régulièrement. Des moments très appréciés par les chefs d’entreprises.

« C’est essentiel de ne pas rester seul, focalisé sur notre travail quotidien mais de se rencontrer et d’échanger afin d’obtenir des conseils et de nouvelles idées pour développer nos projets », confirme Laurence Caisey, directrice générale d’Horée, une marque de cosmétiques réalisées à partir de jus de fruits et légumes bio, français et de saison.

Depuis son installation au Biopôle en 2022, cette cheffe d’entreprise a développé de nombreux partenariats avec des entreprises du site. « Greentech nous fournit par exemple une partie des ingrédients que nous utilisons. Lexva réalise certains tests sur nos produits. Nous travaillons également beaucoup des acteurs de l’alimentation végétale pour échanger des bonnes pratiques mais aussi du matériel ou des machines », précise Laurence Caisey.

Le  nouveau bâtiment d’accueil a été rénové dans l’objectif de devenir un lieu central. Dans le couloir, carrefour entre le Biopôle et les acteurs extérieurs des sciences du vivant(*), Yannick Barrier interpelle justement Jean-Jacques Youte. « Je vais passer chez toi tout à l’heure ! » avant de poursuivre son échange avec Christine Merle. « Nous travaillons souvent ensemble », confirme le directeur de StrainChem. « Yannick a besoin de nous emprunter un appareil qu’il ne possède pas et, de notre côté, nous faisons régulièrement appel à lui pour analyser nos produits », précise Jean-Jacques Youte.

* (parmi lesquels Végépolys Valley ou le GIMRA – Groupe des industries de Santé et du Médicaments)

Soutenir les jeunes qui osent

Avant de lancer son entreprise en 2017, le chimiste a remporté un appel à projets lancé par le Biopôle. Il lui a permis de développer son projet au sein de l’incubateur Busi.

« Cela s’est révélé extrêmement précieux pour l’administration, la construction du business plan, la recherche de financements et la présentation de mon projet », se souvient le directeur de StraimChem.

Aujourd’hui, faute de fonds, le Biopôle ne propose plus ce genre de bourses. Il s’attèle plutôt à soutenir les entreprises installées sur le site au fil du développement de leur activité. Bien sûr, le soutien du Biopôle ne fait pas tout et les entrepreneurs restent tributaires de la situation économique et de l’évolution des marchés. « Il arrive que des entreprises ne pérennisent pas leur activité », reconnaît Christine Merle avant d’ajouter :

« L’enjeu aujourd’hui, c’est de soutenir les jeunes qui osent créer leur entreprise afin qu’ils deviennent dans les dix prochaines années les leaders de nos territoires et continuent de se développer ici sans être tentés de s’installer ailleurs. »

Pour ce faire, le Biopôle travaille étroitement avec les différents acteurs auvergnats du secteur. Les écoles d’ingénieurs (SIGMA, Polytech, ISIMA, Ecole Doctorale Sciences de la vie Santé Agronomie Environnement, Vétagro Sup), de l’université de Clermont-Ferrand et des entreprises sont ses partenaires. Objectif : pérenniser un véritable écosystème attractif. En bref, une dynamique collective porteuse d’innovation et de développement sur le territoire auvergnat.