Alors que la filière connait des difficultés économiques, les acteurs auvergnats du secteur ont célébré en juin dernier un premier anniversaire. Celui des bus à hydrogène de l’agglomération clermontoise et de la station HYmpulsion qui les alimente. Malgré un bilan nuancé, les professionnels auvergnats des transports à hydrogène veulent croire en l’avenir de la filière.

Bienvenue sur la ligne à hydrogène…

C’est un bus aux couleurs de la T2C à priori comme les autres. Mais lorsqu’on le regarde plus attentivement, on peut lire sur son flanc : « Bienvenue sur la ligne à hydrogène de l’agglomération clermontoise. » 15 véhicules de ce type circulent dans la métropole sur un total de 200.

C’est une pile à combustible qui transforme l’hydrogène en électricité qui les alimente. Résultat, il ne rejette ni CO2 ni gaz polluant. Seulement de la vapeur d’eau.

GCK Mobility, spécialisée dans le rétrofit des bus à Cournon, a transformé son moteur, initialement diesel. Tous les 300 kilomètres, le bus est rechargé en 15 minutes seulement, à la station HYmpulsion, également installée à Cournon. Au total, 12 stations de ce type sont implantées dans toute l’Auvergne Rhône Alpes où circulent actuellement 16 bus scolaires et interurbains.

Un réseau qui fait de la Région AURA une pionnière dans l’usage de cette énergie dans les transports. « Depuis 10 ans, la Région a fait le choix d’investir dans l’hydrogène. C’est un choix de conviction pour aller vers une souveraineté à l’échelle régionale et nationale ». C’est ce que rappellait Julien Vuillemard, conseiller régional délégué aux transports urbains, devant les professionnels du secteurs rassemblés à l’occasion de la journée anniversaire de la station HYmpulsion.

Un écosystème territorial

Accélérer la transition énergétique, décarboner les transports et valoriser le potentiel industriel, tels sont les objectifs de la Région. Elle soutient activement le développement des transports publics à hydrogène, à travers le projet européen « Zero Emission Valley », considéré comme l’un des premiers grands écosystèmes hydrogène territoriaux en Europe.

Au total, depuis 2018, l’ADEME a engagé 24,5 millions d’euros dans la Région AURA. Ils contribuent à la production et la distribution d’hydrogène ainsi qu’à l’acquisition de véhicules par les collectivités et les entreprises. La Région elle, s’est engagée à acquérir 50 cars rétrofités d’ici 2030. Cela représente un investissement de 25 millions d’euros. A Clermont-Ferrand, cela représente environ 2 millions d’euros versés par l’ADEME et 250 000 par la Région.

Décollage poussif

Aujourd’hui, la filière s’appuie sur un écosystème industriel local en développement. De la production d’hydrogène, au rétrofit des bus en passant par les équipements, les bureaux d’études et les centres de recherche : 80 % des acteurs français de l’hydrogène sont présents en Auvergne Rhône Alpes.

GCK transforme par exemple les moteurs de bus, camions et bennes à ordures ménagère dans l’agglomération clermontoise. Hyliko, spécialiste des moteurs poids lourds, est implanté dans la banlieue lyonnaise. Parallèlement, Lhyfe, producteur d’hydrogène vert, construit actuellement une nouvelle usine entre Grenoble et Chambéry.

De plus, 70 % des fournisseurs de GCK, sont basés en AURA. Cependant, même si la Région est l’un des territoires européens les plus avancés sur la mobilité hydrogène, l’avenir de la filière est encore incertain.

Un processus de reconcentration en cours

Les acteurs présents à Clermont-Ferrand en juin dernier, se félicitent de l’autonomie permise par les véhicules à hydrogène et la recharge ultra-rapide de leurs réservoirs. Cependant, tous évoquent à demi-mots les difficultés de la filière qui n’est pas encore arrivée à maturité. « La filière hydrogène qui était censée exploser et passer à l’échelle, permettant ainsi de baisser les coûts, n’a pas complètement décollé », constate Rachid el Malki, directeur technique chez GCK Mobility.

Résultat : plusieurs entreprises du secteur connaissent des difficultés financières. HYVIA (filiale hydrogène de Renault) a été placée en liquidation judiciaire en février dernier. Safra (constructeur français de bus à hydrogène) a été repris par un groupe chinois après avoir été placé en redressement. A Clermont-Ferrand, le groupe GCK (dont GCK Mobility est l’une des branches) a été placé en redressement judiciaire en mai dernier.

« A ce stade, il s’agit d’un processus normal de reconcentration des acteurs. Seuls les plus matures et puissants demeurent sur le marché »

tempère Florian Chevallier, directeur général des activités hydrogène chez ENGIE et président d’HYmpulsion.

Des coûts encore trop élevés

Pour l’heure les principaux obstacles au développement de l’hydrogène dans les transports restent les coûts inhérents à sa fabrication mais aussi celui des véhicules qui l’utilisent. A l’heure actuelle, un bus à hydrogène rétrofité coûte environ 350 000 euros. Le prix d’un véhicule neuf s’élève en moyenne à 700 000 euros contre 300 000 pour un véhicule diesel et 450 000 pour un véhicule électrique à batterie.

Malgré cette réalité, Florian Chevallier reste confiant. « En massifiant la production d’hydrogène et de véhicules, les coûts vont baisser et l’hydrogène deviendra compétitif par rapport aux autres technologies de décarbonation. Plus il y aura d’électrolyseurs pour fabriquer l’hydrogène, plus le coût de la molécule va diminuer », assure-t-il.

Un argument qui n’est pourtant pas validé par l’ensemble de la communauté scientifique. « Les propriétés physiques de l’hydrogène, qui est la molécule la plus légère de l’univers, la rendent très coûteuse à manipuler. Cela restera donc cher même si elle est produite à grande échelle et de façon industrielle », explique Julien Armijo. Il est chercheur spécialiste de l’hydrogène et co-fondateur du Climate Tech Observatory, un think-tank qui promeut les options de décarbonation.

Malgré cela, les acteurs auvergnats de la mobilité hydrogène continuent de croire en l’avenir de la filière.

« A l’heure actuelle, il faut que les acteurs du transport – pouvoirs publics, stations de recharges, transporteurs, constructeurs et sous-traitants – investissent massivement pour développer cette technologie prometteuse », estime Rachid el Malki.

« Cela doit être fait intelligemment, en concentrant les forces sur une région en particulier. L’Auvergne Rhône Alpes est la région où il faut mettre tous les efforts pour inciter les opérateurs du secteur à venir s’installer ici », estime Florian Chevallier.

Objectif d’HYmpulsion : porter à 15 le nombre de stations de recharges et contribuer à la mise en circulation de 400 véhicules hydrogène d’ici 2030.