Ancien site de production en pleine transformation, le quartier des pistes Michelin entre dans une nouvelle phase de son histoire. Le projet dessine une stratégie d’attractivité fondée sur la coexistence de plusieurs formes de fréquentation. Tourisme d’affaires, tourisme de loisirs et tourisme santé sont appelés à se croiser, complétés par une offre hôtelière intégrée. Une hybridation assumée, pensée pour faire des lieux une destination à part entière — à condition de relever un enjeu transversal : celui de l’accessibilité.

Un quartier pensé pour croiser les fréquentations

La transformation engagée sur le site de Cataroux ne repose pas sur un équipement unique mais sur une superposition d’usages. Sur les 42 hectares que compte le site industriel historique, près de 20 hectares font aujourd’hui l’objet d’une réhabilitation progressive. Le futur quartier d’innovation se développe ainsi au cœur même d’un site encore en activité, dans une logique de cohabitation entre industrie, services et nouvelles fonctions urbaines.

L’ambition est claire : faire émerger une destination capable d’attirer des publics différents, pour des raisons distinctes mais complémentaires. 

Le tourisme d’affaires : un équipement hybride pour capter congrès et événements

Premier pilier, le tourisme d’affaires s’appuie sur la création d’un dispositif événementiel modulable. La future salle de spectacle, pensée pour la programmation culturelle, pourra également se transformer en auditorium lors de grands congrès ou conventions professionnelles. Sa jauge intermédiaire — environ 1 600 places assises, extensible à plus de 2000 en configuration mixte — répond à un besoin identifié par les acteurs économiques locaux, jusqu’ici contraints d’organiser certains événements hors territoire. «Il y avait un vide et nous avons considéré qu’il était pertinent de s’y intéresser», résume Claude Barbin, président de la CCI Puy-de-Dôme Clermont Auvergne Métropole.

Cette salle sera complétée par des espaces événementiels attenants, compartimentables et privatisables, capables d’accueillir séminaires, salons, assemblées générales ou rencontres professionnelles. L’ensemble fonctionnera de manière conjointe ou indépendante selon les formats.

Dans cette logique, l’implantation d’un hôtel au sein du quartier joue un rôle structurant. Avec près de 90 chambres annoncées, il permettra d’héberger congressistes, intervenants et visiteurs professionnels, facilitant l’organisation d’événements sur plusieurs jours. Hébergement, conférence et networking se trouvent ainsi réunis dans un même périmètre.

L’Aventure Michelin, locomotive du tourisme patrimonial

Deuxième porte d’entrée du quartier, le tourisme de loisirs repose sur une double proposition, à la fois patrimoniale et événementielle. L’enjeu est ici de faire du site un lieu de visite autant qu’un lieu de sortie, capable d’attirer des publics familiaux, touristiques et régionaux sur des temporalités variées — de la journée de découverte au week-end culturel.

L’Aventure Michelin constitue le socle de cette offre. Le parcours doit s’installer dans un ancien bâtiment de production réhabilité, dont la structure industrielle sera en partie conservée. La surface d’exposition atteindra près de 6 000 m², contre environ 3 800 aujourd’hui, permettant d’élargir significativement le contenu présenté au public.

Au-delà de l’agrandissement, c’est la logique de visite qui évolue. Le futur parcours doit mettre davantage l’accent sur l’innovation technologique du groupe, en particulier autour de la science des matériaux, cœur historique de son développement. « Le parcours sera centré sur l’innovation », précise Franck Danne, chef de projet de la nouvelle Aventure Michelin. La scénographie doit également évoluer vers des formats plus immersifs — dispositifs interactifs, manipulations, mises en situation — afin de rendre plus accessible une matière industrielle parfois complexe. Cette montée en gamme vise aussi à accompagner une hausse de fréquentation attendue dans les prochaines années, en donnant à voir « des collections encore inconnues du public ».

Une salle de spectacle pour structurer l’offre culturelle

À cette dimension patrimoniale s’ajoute la programmation de la future salle de spectacle. Concerts, humour, théâtre, danse ou spectacles familiaux doivent rythmer la vie du site tout au long de l’année, en complétant l’offre de visite par une véritable proposition de sortie culturelle.

Porté par un collectif réunissant notamment Arachnée Concert et le promoteur V2M Immo, le projet est défendu par Charline Pouzée, dirigeante d’Arachnée Concert, qui rappelle qu’« il manquait à Clermont-Ferrand un équipement capable d’accueillir davantage de spectacles », évoquant des salles existantes « souvent à saturation » et des projets qui, faute de disponibilité, ne pouvaient jusqu’ici être programmés sur le territoire.

La combinaison musée + spectacle permet ainsi de capter un tourisme de sortie et de week-end, familial autant que régional, en articulant patrimoine industriel et programmation culturelle au sein d’un même quartier.

Le tourisme santé : une destination vitalité inédite

Troisième dimension, plus singulière, le tourisme santé vient compléter ce triptyque. Le projet est porté par l’ASM Omnisports en partenariat avec le CHU et l’Université Clermont Auvergne. C’est un équipement dédié à la prévention et à la vitalité doit voir le jour au cœur du quartier.

Il a été pensé comme une destination immersive. Le parcours proposera aux visiteurs de comprendre les liens entre activité physique, alimentation, sommeil et longévité. Au fil de la visite, chacun pourra réaliser un “Vitality Test”. Un test combinant questionnaires comportementaux et tests physiques, afin d’obtenir des recommandations personnalisées.

Le lieu se situe à mi-chemin entre médiation scientifique, expérience sportive et sensibilisation santé. Il ambitionne d’élargir encore le spectre des publics susceptibles de fréquenter le quartier, en introduisant une dimension bien-être.

L’accessibilité, colonne vertébrale du modèle

Si ces trois tourismes dessinent les contours d’une destination plurielle, leur cohabitation repose sur une condition centrale : l’accessibilité. L’accueil simultané de visiteurs, spectateurs et congressistes suppose une organisation fine des mobilités.

Le quartier doit notamment s’appuyer sur la proximité du tramway, appelé à constituer l’un des principaux accès depuis le centre-ville. À cela s’ajoutent parkings relais, parking silo et stationnements semi-enterrés liés aux programmes immobiliers environnants.

Parallèlement, le développement des mobilités douces — notamment cyclables — figure parmi les axes de travail engagés avec la métropole. L’enjeu est clair : absorber les flux sans générer de saturation, notamment lors des pics d’activité événementielle.

Reste désormais à transformer cette promesse en fréquentation réelle. Car si l’attractivité se construit par l’offre, elle se confirme toujours par la capacité d’un lieu à accueillir — et à relier — la diversité de celles et ceux qu’il ambitionne de faire venir.

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