À l’occasion de LUX (lire l’article « 6 bonnes raisons d’aller à LUX« ), le témoignage de plusieurs projets a montré que la coopération n’est pas – toujours- un mot-valise. À condition d’être construite, elle devient un levier puissant de transformation culturelle, scientifique et sociale.
La coopération est souvent invoquée comme une évidence. Dans les faits, elle se heurte à des différences de culture, de langage et de contraintes. À travers quatre projets présentés lors de LUX, se dessinent pourtant des formes de collaboration solides, capables de produire des résultats tangibles. Vulcania, le Sommet de l’Élevage, l’ONAPS et Green Art Way offrent un aperçu concret de ce que coopérer veut dire, et de ce que cela change.
Faire se rencontrer des mondes qui ne se parlent pas spontanément
À Vulcania, la collaboration est née d’un besoin précis. Comment enrichir une exposition existante sur la Chaîne des Puys sans complexifier l’expérience visiteur ? La réponse est venue d’une mise en relation orchestrée par Orange, entre le parc scientifique et une start-up de réalité augmentée.
Le point clé n’a pas été la technologie, mais la capacité à traduire. Traduire un besoin scientifique en solution technique. Traduire une promesse technologique en usage réel. Le choix d’un dispositif simple, accessible via un QR code sur smartphone, illustre cette logique d’ajustement. La collaboration fonctionne parce qu’elle renonce à la surenchère et s’adapte aux contraintes du terrain.
Même logique du côté de l’ONAPS. Pour parler de sédentarité et d’activité physique à des adolescents, l’institut a fait le choix de sortir d’une approche descendante. La collaboration avec des auteurs jeunesse, des illustrateurs et un motion designer, Quentin Fossaert en l’occurrence, a permis de transformer un message de prévention en récit. Là encore, la réussite tient à la mise autour de la table de tous les acteurs dès le départ, pour expliciter les contraintes techniques et créatives.
Clarifier les rôles pour éviter l’empilement des compétences
Au Sommet de l’Élevage, la coopération entre l’événement et l’agence Qui Plus Est s’inscrit dans le temps long. Vingt-sept ans de collaboration ont permis de dépasser la logique de prestation pour construire une relation de confiance.
Cette clarté des rôles est centrale. Le Sommet apporte la connaissance fine du monde agricole et de ses usages. L’agence apporte un regard créatif, une capacité à projeter l’événement dans de nouveaux formats. Plateaux TV immersifs, contenus réutilisables toute l’année, événements festifs comme l’After Cow : chaque innovation repose sur une compréhension partagée de ce que le salon est, et de ce qu’il peut devenir sans se renier.
La coopération produit ici un double effet. Elle renforce l’efficacité de l’événement tout en renouvelant son image. Elle permet aussi de créer un lien entre des publics qui ne se croiseraient pas spontanément, notamment entre monde agricole et jeunesse du territoire comme lors de la soirée After Cow.
Installer une gouvernance pour sécuriser la coopération
Le projet Green Art Way pousse encore plus loin cette exigence de cadre. Transformer des silos agricoles en œuvres monumentales implique de travailler avec des agriculteurs, des artistes, des collectivités et des mécènes. La collaboration ne peut pas reposer sur une simple intention commune.
Un comité de pilotage artistique, mené par RINO, structurera les décisions. Une charte fixera les règles. Les propriétaires des silos valideront les œuvres. Cette gouvernance partagée protège à la fois la liberté de création et le respect des usages agricoles.
Le résultat dépasse l’objet artistique. Le projet requalifie le paysage de la Limagne, crée un itinéraire touristique et génère des retombées économiques locales. Surtout, il modifie le regard porté sur le monde agricole, en l’inscrivant dans un récit culturel accessible à tous.
Ce que ces collaborations ont en commun
Pris ensemble, ces quatre projets dessinent une grammaire commune de la coopération réussie. D’abord, la nécessité de prendre le temps. Tous ont connu une phase d’ajustement, parfois de renoncement, pour aligner ambitions et capacités réelles.
Ensuite, l’importance de la traduction. Traduction entre science et technique, entre culture et agriculture, entre santé publique et création. La coopération échoue souvent quand chacun reste dans son langage.
Enfin, la coopération fonctionne lorsqu’elle produit des effets concrets. Une expérience visiteur enrichie à Vulcania. Des contenus durables au Sommet de l’Élevage. Des outils pédagogiques diffusés à l’échelle régionale pour l’ONAPS. Un paysage transformé avec Green Art Way.
Ces projets montrent que collaborer ne consiste pas à additionner des expertises. Il s’agit de construire un cadre commun, capable de faire émerger autre chose que ce que chaque acteur aurait pu produire seul.
Les coopérations territoriales réussies reposent rarement sur la technologie seule. Elles demandent du temps, une compréhension fine des contraintes de chacun et une capacité à traduire des besoins très différents.
Dans les projets présentés à LUX, la collaboration fonctionne lorsqu’un cadre clair est posé, que les rôles sont identifiés et que la gouvernance est partagée.
Alors, ces coopérations produisent alors des effets concrets : des usages enrichis, des contenus durables, une meilleure diffusion des savoirs et une transformation du regard porté sur les territoires.
