Au cœur du vaste chantier de reconversion du site de Cataroux, à Clermont-Ferrand, plusieurs projets dessinent progressivement le futur quartier des Pistes. Agriculture urbaine, jardins partagés, légumerie : une première dynamique, fortement marquée par les enjeux écologiques et alimentaires, est déjà engagée. Mais une autre brique, plus culturelle, événementielle et gastronomique, joue un rôle tout aussi structurant dans la transformation du site.
C’est sur ce terrain qu’intervient GroundPistes, structure chargée de faire vivre deux bâtiments emblématiques — la halle F4 et le bâtiment G12 — et, au-delà, d’animer l’ensemble du quartier. Ici, nourrir, manger et se retrouver ne sont pas des fonctions secondaires. Elles deviennent des leviers d’usage pour rouvrir un site industriel longtemps fermé et l’inscrire durablement dans le quotidien urbain.
GroundPistes, quand la culture devient outil d’aménagement
GroundPistes réunit une quinzaine d’associés issus du monde culturel, événementiel et du tissu socio-économique local. À sa tête, Didier Veillault, directeur de la Coopérative de Mai depuis plus de vingt ans et organisateur du festival EuropaVox. Il incarne un ancrage territorial fort. Très attaché au site de Cataroux, il voit dans ce projet une continuité naturelle de son engagement culturel à Clermont-Ferrand.
À ses côtés, Gilles Jumaire, producteur de spectacles au sein de la société Bleu Citron. Lui, apporte une expérience nationale. Basé à Toulouse, il est notamment à l’origine des Halles de la Cartoucherie, un tiers-lieu culturel de 13 500 m² devenu une référence. Une source d’inspiration assumée pour le projet des Pistes, sans volonté affichée de reproduction à l’identique.
Avec GroundPistes, Michelin ne confie pas seulement des bâtiments à réhabiliter, mais une mission plus large. Il s’agit avant tout d’activer des usages, créer des flux, produire de la fréquentation sur un site resté fermé pendant plus de trente ans. Une approche où la culture, l’événementiel et la restauration deviennent des instruments de fabrication urbaine.
Food and Culture
La halle F4, du patrimoine industriel au lieu de vie
Parmi les bâtiments confiés à GroundPistes, la halle F4 occupe une place centrale. Ancien espace de recherche et de stockage, elle abritait une machine spectaculaire. La Rouleuse était utilisée pour tester les pneus de manière verticale. Loin d’être démontée ou reléguée au rang de vestige, cette machine devient le cœur du projet.
La Rouleuse sera transformée en amphithéâtre, ouvert du jeudi au dimanche. Elle accueillera des propositions culturelles, sportives ou liées au bien-être, en grande partie gratuites. Autour, des points de restauration légère et des bars permettront de prolonger la présence sur site. Le message est clairement posé par les porteurs du projet : « il ne s’agit pas de créer un lieu inanimé, voire un quartier dortoir ».
Face à cet espace central, la Friche, un plateau de près de 1 000 m², accueillera des événements variés. Tou est à imaginer : salons, braderies, marchés de Noël, diffusions de matchs de l’ASM, résidences d’artistes. En contrebas, le rez-de-jardin offrira des espaces ouverts aux acteurs locaux et à la privatisation pour les entreprises.
Le calendrier s’inscrit dans le temps long : début des travaux en 2026, ouverture partielle autour de la Rouleuse prévue pour mars 2028, ouverture complète de la halle F4 au premier trimestre 2029. Une montée en charge progressive, pensée pour accompagner l’appropriation du lieu.
Very Food Trip, faire de la restauration une destination
De l’autre côté de la place centrale, le bâtiment G12 constitue le pendant de la halle F4. Cet ancien magasin industriel accueillera Very Food Trip. Le concept ? Un restaurant thématique entièrement dédié aux cuisines du monde et au voyage.
« Le restaurant doit être une destination en soi », résument les porteurs du projet. La carte, volontairement éphémère, évoluera par cycles : six mois consacrés à une région du monde, quelques mois à une ville ou à une thématique spécifique. Un clin d’œil assumé à l’histoire de Michelin et à son imaginaire du voyage, des guides aux routes parcourues.
L’aménagement du bâtiment traduit cette ambition. Au dernier étage, un restaurant de 130 à 150 couverts offrira une vue panoramique sur le Puy-de-Dôme. Le premier étage accueillera les cuisines, avec la possibilité d’y adosser une école de cuisine.
Au rez-de-chaussée, un bar à cocktails, une librairie du voyage et une terrasse de 300 m² donneront directement sur la place centrale du quartier. Cette librairie est pensée comme un espace de flânerie autant que de lecture. Elle doit accueillir récits, auteurs et temps de partage autour du voyage, prolongeant l’expérience culinaire par le récit et l’imaginaire.
Animer pour faire exister le quartier
Au-delà de ces deux bâtiments, GroundPistes s’est vu confier l’animation de l’ensemble du quartier des Pistes, et notamment de sa place centrale de près de 4 500 m². L’objectif est explicite : rendre attractif un lieu resté invisible pendant des décennies.
Braderies, banquets, événements populaires, tournois ou grands rassemblements doivent contribuer à inscrire le quartier dans les habitudes, bien au-delà des seuls temps forts culturels. Là encore, l’enjeu est moins de programmer que de créer des situations de rencontre et de fréquentation régulière.
Le temps long des usages
Après plus de trente ans de fermeture, le site de Cataroux doit réapprendre à accueillir. Le pari du quartier des Pistes repose sur une idée simple : un quartier ne se décrète pas, il se pratique. On n’habite pas un lieu uniquement parce qu’il est aménagé, mais parce qu’on y développe des habitudes.
En misant sur la restauration, la culture, le récit et la convivialité, GroundPistes cherche à créer ces premiers rituels du quotidien. Chacun peut venir y manger, boire un verre, feuilleter un livre, assister à un événement, ou juste flâner sans contrainte. Autant de gestes ordinaires qui, mis bout à bout, fabriquent de l’attachement.
C’est un choix structurant, révélateur de la manière dont se fabrique aujourd’hui la ville : par les usages autant que par les murs.
