VIRIL
Récemment, j’ai assisté à un débat pour les municipales de Clermont-Ferrand, avec Julien BONY, Olivier Bianchi, Yannick Cartailler, Antoine Darbois et Marianne Maximi
A la fin, le modérateur a remercié les candidat·es pour “un débat viril mais constructif”.
Il y avait une femme parmi eux. Elle n’a pas laissé glisser. Elle a réagi. Calmement. En soulignant le poids des mots.
Dans la salle, il y a eu des applaudissements. Mais pas que.
J’ai vu aussi des haussements de sourcils. Un léger flottement, comme si elle exagérait un peu. Comme si on pouvait quand même dire “viril” sans que ce soit un sujet.
Un débat “viril”, ça veut dire quoi exactement ? Un débat musclé ? Combatif ? Franc ?
Pourquoi ne dit-on pas simplement “dense”, “argumenté”, “intense” ?
Je ne pense pas que le modérateur ait voulu exclure qui que ce soit.
Peut-être même que c’était un compliment.
Mais les mots ne sont jamais totalement innocents. Ils véhiculent des imaginaires, consacrent des habitudes, normalisent.
Dire qu’un débat est “viril”, c’est associer la confrontation et la solidité à une qualité masculine. C’est faire de la force une valeur genrée. Et donc, en creux, pas féminine.
Ok, ce n’est pas dramatique.
Mais ce n’est pas neutre non plus.
Et puis, ce qui m’a davantage frappée, c’est la réaction.
Le fait que souligner le poids d’un mot puisse passer pour une susceptibilité. Comme si interroger le langage était secondaire, presque déplacé.
Or le langage structure notre manière de voir le monde.
Ce n’est pas une affaire de police du vocabulaire.
C’est une affaire de conscience.
Peut-être que réfléchir aux mots, c’est déjà commencer à réfléchir à ce qu’on normalise. À ce qu’on trouve naturel. À ce qu’on trouve fort. Et à ce qu’on ne veut pas voir.
Et si un débat peut être “constructif”, il peut aussi être exigeant, rigoureux, courageux — sans être viril.
