Ummihan Ozturk, doctorante en droit public au centre Michel de l’hospital, explore une question pour l’avenir de nos institutions : le jugement peut-il être réduit à un algorithme ? À travers ses recherches sur le « jugement algorithmique », elle analyse les promesses de l’intelligence artificielle tout en alertant sur la nécessité de préserver l’essence humaine au cœur de la décision judiciaire.
Décortiquer le « jugement algorithmique »
Le projet de recherche d’Ummihan Ozturk porte sur la possibilité d’algorithmiser l’acte de juger. Concrètement, ses travaux étudient comment les machines peuvent « ingérer » une masse considérable de décisions de justice issues de l’open data pour tenter de prédire des résultats futurs par le biais de calculs. L’étude ne se contente pas d’observer la prédiction finale, mais dissèque toute la chaîne de décision de la qualification juridique du problème à l’intervention des différents acteurs comme les rapporteurs ou les juristes assistants pour comprendre si la complexité d’une procédure peut réellement être traduite en code.
Protéger l’évolution du droit et l’humain
L’enjeu de cette recherche est vital car l’utilisation massive des données passées risque de figer le droit et d’empêcher son évolution naturelle. Ummihan Ozturk souligne que la fonction de juger est une compétence régalienne exercée au nom du peuple français, reposant sur l’intime conviction du magistrat, un élément que l’on ne peut pas injecter dans une machine. Ce projet vise à définir un cadre éthique où la technologie reste un outil au service de l’humain sans jamais occulter la « condition humaine » du jugement. Il s’agit de s’assurer que, face à l’innovation, le magistrat conserve son pouvoir au centre de la cité, évitant que la justice ne se perde derrière le « voile de la transparence » des écrans.
