Je ne l’ai pas (encore) lu mais je sais, via une émission de radio, que le dernier numéro de Philosophie Magazine titre « Comment bien se disputer ». Et ce sujet, comporte plein de branches : le culte du clash accéléré par les réseaux sociaux, la polarisation de la société, la volonté de s’imposer, « d’être respecté » et en même temps, la recherche du consensus absolu.
Perrine Simon-Nahum y faisait référence dans la vidéo récemment tournée par Le Connecteur: « La démocratie est un régime politique de dissensus, on doit débattre avec ceux qui sont des adversaires et non des ennemis » (3’25).
Débattre est un exercice très particulier: « bien se disputer, c’est d’abord accepter de ne pas gagner et comprendre pourquoi on n’est pas d’accord, c’est déjà très important » dit Michel Eltchaninoff sur Inter.
Ré-apprendre à débattre.
C’est un enjeu que l’on retrouve beaucoup dans les méthodes d’animation d’intelligence collective, avec la technique du débat mouvant par exemple ou encore la formation » Animation de controverses, apprendre de nos désaccords » de l’Institut des Futurs souhaitables...
Tout cela prend finalement appui sur l’historique Disputatio citée par Cicéron. Un débat construit en plusieurs étapes codifiées, une question clairement formulée, des arguments et contre arguments construits et posés, une conclusion établie après un temps de latence…
Le but n’est pas de « gagner » mais d’entendre et comprendre la diversité des idées et des analyses ». Il s’agit de « considérer que de telles divergences ne sont pas une anomalie dans les relations humaines, mais une incroyable opportunité pour elles. Toute vision unilatérale du monde dans lequel nous vivons enferme l’esprit humain dans une totalité conceptuelle qui mène au totalitarisme. En effet, c’est de la multiplicité des points de vue que naît l’enrichissement des connaissances, la réflexion et le développement de la pensée humaine ». (Institut Ethique et Politique – Infos)
Je terminerai avec un lien à l’ouvrage de Nina Fasciaux – Mal entendus – déjà évoqué ici, qui montre à quel point on prend peu soin de développer nos capacités d’écoute alors même qu’on sur valorise celles d’argumenter.
On comprend que ce déséquilibre n’est pas sans conséquence.
