C’est une tendance de fond. Les entrepreneurs sont de plus en plus « green native ». Leurs projets sont « conçus avec le souci de réduire leur consommation énergétique et leur empreinte carbone » (Bruno Bonnel, secrétaire général pour l’investissement).
Ce format sérieux « et en même temps » léger, met en lumière ces nouveaux porteurs de projet à impact.
Explique-nous ton projet
630° Est est une agence de design spécialisée dans l’accessibilité cognitive. Elle conçoit des outils de communication visuelle pour rendre les lieux plus compréhensibles aux personnes en situation de handicap mental, cognitif ou psychique.
Concrètement, l’agence intervient dans les transports, les bibliothèques, les écoles, les piscines ou les établissements médico-sociaux. À Clermont-Ferrand, par exemple, 630° Est a conçu les pictogrammes animaux que l’on voit aux arrêts de tram, ainsi que les schémas d’usage dans les piscines de la métropole.
L’objectif est simple : aider les personnes à mieux se repérer, comprendre un lieu, savoir quoi faire, où aller, comment utiliser un service. Et si ces outils servent aussi aux enfants, aux familles ou à tous ceux qui sont un peu perdus dans un espace public, tant mieux.
Résume-le en trois mots-clés
Accessibilité. Design. Inclusion.
Pourquoi avoir décidé de monter ce projet ?
Parce que beaucoup de lieux restent difficiles à comprendre pour les personnes en situation de handicap mental ou cognitif. 630° Est répond à ce besoin très concret : rendre les espaces publics plus lisibles.
Comment tu t’es lancée ?
630° Est a été créée en juin 2018. Au départ, le modèle était très sur mesure : aller sur place, comprendre les usages, concevoir avec les bénéficiaires, tester les outils avec des personnes en situation de handicap, puis installer une solution définitive. C’est encore une partie de mon travail aujourd’hui.
Mais après plusieurs années de terrain, l’agence fait évoluer son modèle. Elle développe des offres plus clés en main, notamment pour les établissements médico-sociaux et les petits réseaux de transport. L’idée est de capitaliser sur une banque d’images, de pictogrammes et de solutions déjà testées et validées par les usagers.
Cela permet à des structures qui n’ont pas les moyens de financer une mission complète d’accéder quand même à des outils fiables. Par exemple, un établissement médico-social pourra acheter directement des panneaux de signalétique prêts à être posés. Pour les transports, les petits réseaux pourront bénéficier d’une solution d’accessibilité visuelle pour leurs lignes et leurs arrêts, sans repartir de zéro.
Tu t’es fait accompagner ?
Oui, par CocoShaker. Et l’accompagnement a compté bien au-delà de la phase de lancement.
630° Est est née dans cet écosystème. Mes associés, Stéphanie Caillou et Nicolas Roussel, viennent aussi de CocoShaker. Je les a choisis parce qu’ils étaient challengants, je voulais les avoir dans mon équipe pour la suite.
Aujourd’hui, le lien continue : je suis alumni, membre du bureau et du conseil d’administration de CocoShaker. Pour moi, c’est une structure importante sur le territoire, parce qu’elle soutient des projets qui ont du sens et qui peuvent aider d’autres entrepreneurs sociaux à se lancer.
Un conseil à donner à une personne qui veut se lancer ?
Entreprendre, c’est un immense terrain de jeu. Ce n’est pas seulement gagner de l’argent ou monter une boîte. C’est aussi vivre des expériences, aller dans des endroits où l’on ne serait jamais allé autrement, rencontrer des gens, tester des choses.
Pour moi, l’entreprise a été un moyen de vivre beaucoup de choses. Et comme on n’a qu’une vie, autant la vivre pleinement.
Pourquoi ce nom (de marque) ?
630° vient du 63, le Puy-de-Dôme. Le “Est” dit l’envie de sortir des normes établies, de prendre une autre direction pour penser l’accessibilité. C’est aussi un clin d’œil à Josef Schovanec, personne autiste Asperger, auteur du livre Je suis à l’Est.
En quoi ce projet améliore-t-il le monde ?
Il rend les lieux plus accessibles à des personnes souvent oubliées dans la conception des espaces publics. Il leur permet de mieux comprendre, mieux circuler et gagner en autonomie.
Et comme souvent avec l’accessibilité, ce qui est pensé pour les personnes handicapées finit par aider beaucoup plus de monde : enfants, familles, personnes âgées, usagers stressés ou simplement perdus.
Si tu pouvais recommencer ton projet à 0, tu changerais quelque chose ? Et si oui, quoi ?
Rien. Mon parcours est comme un cheminement. On avance avec ce que l’on est, ce que l’on a, et le moment de vie dans lequel on se trouve. Faire autrement ce serait possible si j’étais une autre personne ou si j’avais eu une autre vie. Mais ce projet s’est construit comme ça parce que c’était moi, avec mon histoire, mes moyens, mes envies et mes contraintes. Et aujourd’hui, je suis heureuse de ce chemin. Je ne changerais rien.
Le meilleur moment depuis le début de ton projet ?
Le moment actuel. Je me sens très bien dans ma vie d’entrepreneuse, avec l’impression d’être sur une vague positive.
Je sais que ces périodes ne durent pas toujours, alors j’essaie d’en profiter. Après plusieurs années à construire, tester, ajuster, je sens que son modèle peut changer d’échelle, notamment grâce aux offres plus clés en main.
Le pire moment depuis le début de ton projet ?
Le retour après mon accouchement. C’était une période difficile, avec un équilibre compliqué à retrouver entre vie personnelle, vie professionnelle et gestion de l’entreprise.
Pour m’en sortir, je me suis appuyée sur mes associés, non pas en disant simplement “je suis dans la difficulté”, mais en les sollicitant sur des problèmes concrets à résoudre. J’ai aussi beaucoup échangé avec mes collègues de coworking à L’Arbresle. Même si je travaille seule, ce lieu me permet de ne pas me sentir isolée au quotidien.
Un super héros que tu embaucherais et pourquoi ?
Bulbizarre ou Carapuce. Ce ne sont pas vraiment des super-héros, mais des Pokémon. Je les choisirais pour leur force vive, leur côté brut, direct, qui fonce.
Bulbizarre envoie des fleurs, Carapuce envoie de l’eau. L’idée, c’est surtout d’avoir quelqu’un qui apporte de l’énergie et qui y va.
Aujourd’hui, qu’est-ce qu’il te manque pour avancer ?
Du temps. Aujourd’hui, mon enjeu est de trouver le bon équilibre : développer l’activité, travailler parfois le soir, garder du temps pour ma vie de famille, et faire grandir le projet sans perdre ce qui me convient dans ma manière de travailler.
