A l’occasion de sa traditionnelle Soirée Partenaires, organisée chaque année dans les locaux de Picture, CocoShaker donnait la parole à d’anciens incubés pour jeter un regard sur le chemin parcouru. C’était le cas pour Thomas Brun, fondateur d’AdaptUP et aussi de Chloé Supiot, de Réempack.

Comme souvent dans les projets d’entrepreneuriat social, au départ, il y un manque, un besoin non traité. « Là où le marché ne va pas, là où l’État ne suffit plus » dit-il. Ici, il s’agit d’un repose-pied de poussette. En 2019, Lucy, la fille de Thomas Brun, commence à rencontrer des difficultés pour marcher. Les équipements proposés à sa famille répondent mal à la situation.

« Les solutions qui nous avaient été proposées étaient très chères, assez inadaptées à son besoin spécifique et relativement stigmatisantes », raconte-t-il.

Thomas Brun est alors ingénieur chez Michelin. Pour permettre à sa fille de continuer à utiliser sa poussette confortablement, il conçoit lui-même un repose-pied grâce à une imprimante 3D.

L’expérience fait apparaître une possibilité plus large : fabriquer rapidement un objet adapté à une personne, plutôt que demander à cette personne de s’adapter à un équipement standard.

Il quitte Michelin en juin 2023 pour fonder AdaptUP. Installée à Davayat, dans le Puy-de-Dôme, l’entreprise développe des solutions d’impression 3D destinées aux professionnels de santé, aux établissements médico-sociaux et aux acteurs du handicap.

Quand l’objet imaginé par l’ergothérapeute n’existe pas

Les ergothérapeutes cherchent à adapter l’environnement d’une personne pour faciliter son autonomie. Ils interviennent dans des centres de rééducation, des établissements médico-sociaux ou auprès de patients vivant à domicile.

Leur travail peut consister à identifier un support, une poignée, un dispositif de préhension ou tout autre objet capable de rendre un geste de nouveau accessible.

Mais la solution disponible dans un catalogue ne correspond pas toujours à la morphologie, aux capacités ou à l’environnement de la personne.

« Les ergothérapeutes ont souvent en tête l’objet parfait qui pourrait redonner de l’autonomie à une personne. Mais cet objet n’est pas accessible en termes de coût ou de disponibilité. Parfois, il n’existe tout simplement pas », résume Thomas Brun.

L’impression 3D permet de fabriquer des pièces à l’unité, de modifier leurs dimensions ou de tester plusieurs versions. Elle ne résout cependant pas tout. Utiliser une imprimante, préparer un fichier, choisir un matériau et contrôler la qualité de l’objet demandent du temps et des compétences techniques.

C’est dans cet écart entre le besoin clinique et la capacité de fabrication qu’AdaptUP cherche à intervenir.

Un atelier d’impression 3D prêt à l’emploi

L’offre développée par l’entreprise s’organise notamment autour de LabUP, un atelier d’impression 3D proposé par abonnement. Le dispositif comprend une imprimante préconfigurée, les matériaux et les outils nécessaires, une assistance ainsi qu’un accès à une bibliothèque de modèles. AdaptUP indique que cette bibliothèque rassemble plus de 150 aides techniques liées notamment à la mobilité, aux repas, à l’hygiène ou aux loisirs.

Parmi les objets présentés figurent une pince pour tenir un stylo, une tasse à deux anses, un support de cartes à jouer, un agrandisseur de clé ou encore un bracelet permettant d’utiliser différents objets du quotidien. Ces aides répondent parfois à des gestes très précis.

« Ce sont des objets très simples, mais qui changent la vie des personnes parce que les gestes du quotidien sont simplifiés »

L’ergothérapeute peut sélectionner un modèle, l’examiner avec la personne concernée, puis demander une adaptation ou préparer sa fabrication. Pour les besoins qui ne trouvent aucune réponse dans la bibliothèque, AdaptUP propose aussi un processus de conception réunissant le patient, le professionnel de santé et le concepteur 3D. Selon la complexité du projet, cette démarche passe généralement par une définition du besoin, un prototype, des ajustements puis l’installation de l’objet final.

Fabriquer vite, mais aussi documenter

Le délai constitue l’un des intérêts mis en avant par l’entreprise. Une aide simple peut être imprimée en quelques heures, directement dans l’établissement, sans attendre la livraison d’un fournisseur.

« Dans la journée, le patient peut obtenir son aide technique, son objet qui va lui simplifier la vie », explique Thomas Brun.

Cette proximité peut faciliter les essais et les corrections. Si une poignée est trop large, si un angle convient mal ou si l’objet manque de stabilité, une nouvelle version peut être produite sans reprendre l’ensemble du processus d’achat.

Cette rapidité ne dispense pas d’un cadre. Lorsqu’une aide technique touche au soin, à la posture ou à la sécurité d’une personne, sa fabrication doit être suivie et documentée.

AdaptUP a donc développé PildiUP, une application destinée à piloter l’atelier. Elle rassemble la bibliothèque de fichiers, le suivi des imprimantes, la traçabilité des projets et les informations liées au patient.

Transmettre les compétences plutôt que livrer une machine

AdaptUP ne veut pas limiter son intervention à l’installation d’une imprimante. L’entreprise propose également des formations à la conception, à la fabrication et à la gestion d’un atelier 3D.

Une formation de quatre jours est notamment destinée aux professionnels de santé et aux revendeurs de matériel médical. Elle aborde la création d’aides personnalisées, la réglementation et l’organisation de l’atelier. Pour Thomas Brun, l’objectif est que les professionnels puissent progressivement réaliser eux-mêmes des adaptations complexes.

« On va les accompagner pour qu’ils montent en compétence sur la conception et l’impression 3D, pour qu’un jour ils soient capables de faire du vrai sur-mesure pour leurs patients. »

Cette logique modifie le rôle du professionnel. L’ergothérapeute peut ainsi participer à la conception, tester une hypothèse et ajuster la réponse avec la personne concernée.

Elle soulève aussi des contraintes : dégager du temps pour se former, entretenir le matériel, documenter les fabrications et intégrer cette activité à l’organisation de l’établissement. Le déploiement dépendra donc autant de l’appropriation professionnelle que de la simplicité de la technologie.

Une bibliothèque appelée à devenir un réseau

Le projet comporte enfin une dimension de mutualisation.

La plateforme PildiUP permet aux établissements et aux ergothérapeutes d’ajouter leurs propres modèles ou des fichiers ouverts à une bibliothèque commune. AdaptUP veut ainsi éviter que chaque professionnel recommence seul une conception déjà menée ailleurs.

« Un ergothérapeute qui trouve une solution à Clermont-Ferrand pour un patient peut peut-être dépanner un ergothérapeute à Bordeaux, Paris, Lyon ou Marseille », avance Thomas Brun.

Une solution ne peut toutefois pas être transposée automatiquement d’une personne à une autre. La morphologie, les capacités, les usages et l’environnement restent différents. L’intérêt du réseau réside donc moins dans la reproduction à l’identique que dans le partage d’un point de départ : un fichier, une méthode, les limites rencontrées et les modifications réalisées.

Pour que cette bibliothèque devienne réellement communautaire, elle devra être organisée, modérée et régulièrement mise à jour. Il faudra aussi préciser les responsabilités associées aux modèles partagés et aux adaptations réalisées localement.

Passer d’une réponse familiale à une infrastructure de proximité

AdaptUP est née d’un besoin rencontré dans une famille. Le projet cherche désormais à transformer cette première réponse en une capacité disponible dans les établissements.

Ce changement d’échelle n’est pas uniquement commercial. Il suppose de convaincre des professionnels, de sécuriser les pratiques, d’accompagner les équipes et de faire circuler les connaissances.

« Notre objectif, c’est de nous faire connaître et de nous déployer dans toute la France », expliquait Thomas Brun lors de sa présentation.

AdaptUP propose aujourd’hui une offre structurée  : un atelier clé en main, une plateforme de pilotage, des formations et un service de conception sur mesure.  Ainsi, l’enjeu d’innovation se joue dans la capacité à insérer l’impression 3D dans une chaîne de soin et d’accompagnement. Autrement dit, de rapprocher la fabrication de celles et ceux qui connaissent le besoin et de la personne qui devra vivre avec l’objet.