« Quel statut choisir ? », « À quelles aides ai-je droit ? », « Qui peut financer mon projet ? »… Ce sont quelques-unes des questions qui reviennent le plus souvent auprès des structures qui accompagnent les entrepreneurs en Auvergne, que l’on appelle communément « l’écosystème entrepreneurial ».
À l’occasion de la préparation du nouveau Guide de l’entrepreneur et de l’innovation, nous leur avons demandé quelles erreurs elles rencontraient le plus souvent et quels conseils elles finissaient par répéter. Petit concentré de ce qu’il vaut mieux savoir avant de se lancer.
Ne commencez pas par choisir votre statut
C’est probablement le message qui ressort le plus clairement : le statut juridique vient après le projet, pas avant.
Avant de comparer SAS, SARL ou microentreprise, il faut savoir ce que l’on veut vendre, à qui, comment et avec quel modèle économique. Il vaut mieux passer du temps sur son projet avant de se lancer dans la création!
« Penser le projet avant de penser à la forme juridique. »
Romain, Le Damier
Même constat du côté des structures d’accompagnement de l’économie sociale et solidaire : « Le choix du statut, c’est la dernière étape. »
Testez avant de construire
Une bonne idée ne suffit pas. Il faut aller voir ce qui se passe dehors : rencontrer des clients potentiels, observer les concurrents, confronter son offre au marché, corriger et recommencer.
Pour Marie Deffontis, de CoCoShaker, le conseil tient en quatre mots : « Il faut tester son projet. »
Et tester, c’est aussi parler. Aux professionnels du secteur, à ses pairs, voire à ses concurrents. Nelly Hazebrouck, du Parc naturel régional Livradois-Forez, recommande ainsi de prendre le temps de rencontrer les acteurs de son secteur pour mieux comprendre « le marché, ses évolutions et les réalités du métier ».
Les aides : renseignez-vous avant d’engager vos premières dépenses
C’est le tip très concret à retenir : certaines aides doivent être demandées avant d’engager la dépense. Commander, signer ou acheter trop tôt peut suffire à rendre un projet inéligible.
Amélie Julhes, de Hautes Terres Communauté, le constate régulièrement :
« Il ne faut pas engager de dépenses avant d’avoir déposé son dossier de demande d’aide. »
Autre piège : découvrir trop tard un prêt à taux zéro, un dispositif d’accompagnement ou un appel à projets dont la date limite est déjà passée.
Le bon réflexe : faire le tour des dispositifs le plus tôt possible, même lorsque l’on pense ne pas y avoir droit.
Chiffre d’affaires ne veut pas dire argent disponible
Facturer 1 000 euros ne signifie pas avoir 1 000 euros à dépenser. Charges, investissements, TVA, rémunération, délais de paiement… changent vite l’équation.
Romain, du Damier, le rappelle aux créateurs qu’il accompagne : ce n’est pas parce que l’on facture 1 000 euros que l’on a « 1 000 € dans la poche, loin de là ».
Même message pour Nathalie de Peufeilhoux, WAI Loire Auvergne – BNP Paribas, qui résume la règle en trois mots :
« Cash is king ! »
Avec derrière un conseil très concret : en phase d’amorçage, piloter sa trésorerie au plus près et entretenir une relation transparente avec son banquier.
Être entrepreneur ne veut pas dire être seul
Banquier, expert-comptable, avocat, assureur, incubateur, réseau d’accompagnement… ces interlocuteurs ne sont pas uniquement là lorsqu’un problème apparaît.
Pour Claire Cipière, d’Initiative Clermont Auvergne Métropole, il faut « rompre votre isolement » et « demander plusieurs avis et conseils ». Chahrazade Noël, du Village by CA Centre France, va dans le même sens « Il faut s’entourer, et bien s’entourer ».
Et contrairement à une autre idée reçue, il n’est pas nécessaire d’avoir déjà un projet parfaitement ficelé pour pousser la porte d’une structure d’accompagnement. On peut justement venir parce que l’on ne sait pas encore par où commencer.
La liberté ? Oui, mais…
Autre idée reçue relevée par les accompagnateurs : « entrepreneuriat = liberté ».
Simon Ruivard, de Clermont Auvergne Pépite, invite à relativiser cette promesse. Plus de patron, peut-être, mais des clients exigeants, des responsabilités et souvent un volume horaire important.
L’entreprise peut aussi prendre beaucoup de place dans la vie de celui ou celle qui la crée. Claire Cipière rappelle ainsi qu’un projet entrepreneurial embarque souvent « toute sa famille et ses proches », entre heures de travail, stress et rémunération pas toujours à la hauteur des attentes.
Avant de chercher la bonne aide, le bon statut ou le bon financement, le conseil principal reste celui de poser un socle solide en prenant le temps de construire son projet, en le confrontant très vite à la réalité de marché et … ne pas rester seul pour le faire.
