Derrière chaque création d’entreprise, il y a rarement un parcours solitaire. Et on parle beaucoup d’accompagnement entrepreneurial, beaucoup moins de ce qu’il recouvre réellement.

Incubateurs, réseaux, structures hybrides : ces dispositifs se sont imposés comme des passages fréquents dans les parcours de création. Pourtant, leurs pratiques, leurs objectifs et leurs effets restent parfois flous, ou carrément méconnus, pour celles et ceux qui pourraient en bénéficier.

Si les entreprises accompagnées affichent des taux de survie plus élevés (80% de survie à 3 ans versus 66%), la question ne se limite pas à la réussite économique. Que produit réellement cet accompagnement si on élargit le prisme ?

Que fait concrètement un incubateur ? Que cherche-t-il à produire ? Et pour quels profils ?Avec cette série, Le Connecteur part à la rencontre de celles et ceux qui pilotent ces dispositifs pour comprendre, comment ils accompagnent  et ce que cela change, concrètement, pour les porteurs de projet.

Sensibiliser, former, accompagner : depuis 2014, les Pépite structurent l’entrepreneuriat étudiant à l’échelle nationale. En Auvergne, le dispositif a grandi avec son territoire : de 16 étudiants accompagnés à ses débuts à plus de 200 aujourd’hui. Derrière ces chiffres, que fait concrètement Pépite ? À quoi sert le statut d’étudiant entrepreneur ? Et comment accompagne-t-on des profils aussi différents — de l’étudiant ingénieur à l’artisan verrier ?

Entretien avec Betty Teixeira, responsable de Pépite Clermont Auvergne.

Arrivée en 2014 au moment du lancement du dispositif, Betty Teixeira a pris en charge Pépite alors que tout restait à structurer. Seule au départ, elle arrive sur un projet encore en construction, avec de premières briques et un réseau à activer. Issue du secteur du financement, puis passée par l’insertion professionnelle, elle s’oriente progressivement vers l’accompagnement de projets, un fil conducteur qu’elle retrouve aujourd’hui dans son rôle.

Depuis, le dispositif a fortement évolué : de 16 étudiants entrepreneurs accompagnés la première année à plus de 200 aujourd’hui, et une équipe passée de une à une dizaine de personnes. Une croissance qui s’est accompagnée d’un changement d’échelle, mais aussi de méthode, avec un enjeu constant : adapter l’accompagnement à des profils et des usages de plus en plus variés.

Ce qui la motive aujourd’hui : accompagner des dynamiques, faire émerger des projets, et travailler en équipe pour construire de nouveaux formats. Une évolution qu’elle résume simplement : être passée de l’accompagnement des projets d’étudiants à celui des projets portés par son équipe.

« Pépite, c’est un dispositif national avec des standards communs »

Est-ce que vous pouvez repartir de ce qu’est Pépite au niveau national ?

Pépite est un dispositif du ministère de l’Enseignement supérieur, lancé en 2014. Il existe aujourd’hui 32 Pépite en France, généralement à l’échelle universitaire. Sur la région Auvergne Rhône Alpes, il y en a trois : Clermont, Lyon et Grenoble, qui travaillent de manière coordonnée.

Cet ancrage ne se limite pas à l’échelle régionale. Pépite, partie intégrante de l’Université Clermont Auvergne, déploie aussi des actions sur plusieurs sites universitaires du territoire, avec une attention particulière portée aux campus éloignés, pour toucher des publics qui ne viendraient pas spontanément vers ces dispositifs.

Les missions sont les mêmes partout :

  • sensibiliser les étudiants à l’entrepreneuriat ;
  • les former ;
  • les accompagner.

Aujourd’hui, les Pépite sont intégrés dans le plan « Esprit d’entreprendre » (mis en place autour de 2021), avec un cadre qualité commun.

Qu’est-ce que ça implique concrètement ?

Il y a un processus standardisé pour garantir un socle commun :

  • modalités d’accueil des étudiants ;
  • passage en comité d’engagement ;
  • présence de profils variés dans les jurys (académique, externe, Pépite) ;
  • suivi des étudiants.

C’est un cadre très administratif, mais qui vise à assurer une certaine homogénéité sur tout le territoire.

« Notre objectif, ce n’est pas de créer des entreprises, mais des compétences »

Quelles sont vos missions principales aujourd’hui ?

Trois grandes missions structurent l’activité :

1. La sensibilisation

Trois niveaux :

  • Information : interventions courtes (5 à 15 minutes) dans les formations ;
  • Initiation : ateliers de créativité (demi-journée à une journée) ;
  • Approfondissement : formats longs (ex. modules sur plusieurs mois).

Ces formats peuvent mobiliser jusqu’à 7 500 étudiants par an.

L’objectif n’est pas de créer une entreprise, mais de faire comprendre les bases :

  • identifier un problème ;
  • imaginer une solution ;
  • réfléchir à un modèle économique ;
  • pitcher une idée.

Le développement du dispositif repose aussi sur le rôle clé des enseignants. Ce sont eux qui font le lien avec les étudiants, orientent vers Pépite — ou, parfois, freinent l’entrée dans le dispositif, par méconnaissance du dispositif ou par crainte d’un désengagement académique.

2. La formation

Elle prend la forme :

  • d’ateliers (business model, marketing, financement…) ;
  • de webinaires et contenus en ligne ;
  • d’interventions d’experts.

3. L’accompagnement

Un suivi individuel, très variable selon les profils. Certains étudiants viennent 3 fois dans l’année,  d’autres sont présents toutes les semaines. L’accompagnement repose en réalité sur une forte capacité d’adaptation. Emplois du temps éclatés, niveaux hétérogènes, disponibilités variables : l’équipe ajuste en permanence les formats, les horaires et les contenus pour tenter de s’adapter aux contraintes des étudiants. Il faut sans cesse s’interroger pour susciter l’intérêt de ce public assez exigeant !

L’approche revendiquée relève du service public, avec un principe central : proposer un accompagnement gratuit et accessible, indépendamment des moyens des étudiants.

« Le statut d’étudiant entrepreneur, c’est d’abord un outil pédagogique »

Comment devient-on étudiant entrepreneur ?

Le processus est structuré :

  • candidature via une plateforme nationale ;
  • prise de contact avec Pépite ;
  • validation par un référent académique ;
  • passage en comité d’engagement.

Le taux d’acceptation est élevé : entre 90 et 95 %.

Quels sont les critères de refus ?

Principalement :

  • des projets risqués ou incohérents ;
  • des étudiants cherchant à éviter leurs études (notamment via la substitution de stage).

Qu’apporte ce statut ?

  • un accompagnement ;
  • des formations ;
  • la possibilité de substituer un stage par le projet entrepreneurial ;
  • un développement de compétences transférables.

Pépite ne cherche pas à créer des entreprises à tout prix, un étudiant qui abandonne un projet après analyse est aussi un résultat positif. Et quoiqu’il advienne, il aura forcément renforcé ses compétences et sa compréhension de la vie de l’entreprise.

« On accompagne des profils très variés »

Quels types de profils accompagnés ?

Trois grandes catégories :

  • étudiants avec prototype ou produit ;
  • étudiants avec une idée ou une problématique ;
  • étudiants déjà en activité.

Exemples :

  • un étudiant ingénieur développant un véhicule hybride ;
  • des artisans verriers avec un savoir-faire ;
  • une étudiante vendant des créations artisanales.

La diversité des profils est une force, elle créé de l’émulation dans les groupes.

Le D2E : une année dédiée à son projet

Qu’est-ce que le D2E (diplôme d’étudiant entrepreneur) ?

Une formation spécifique pour :

  • jeunes diplômés ;
  • étudiants en année de césure.

Conditions :

  • être disponible à 100 % sur son projet.

Organisation :

  • un jour de formation par semaine ;
  • le reste du temps consacré au projet.

Objectif :
mettre tous les profils à niveau, qu’ils viennent d’un master entrepreneuriat ou d’un parcours sans lien.

« Former à entreprendre, au-delà de la création d’entreprise »

Au fil des années, Pépite a fait évoluer sa logique.

L’objectif n’est pas uniquement de faire émerger des entreprises, mais de diffuser une culture entrepreneuriale plus large au sein de l’université.

Une culture qui dépasse les modèles classiques et qui prend des formes multiples :

  • projets technologiques ;
  • initiatives artisanales ;
  • démarches individuelles ou collectives ;
  • expérimentations sans nécessairement déboucher sur une création.

Dans ce cadre, entreprendre devient aussi un moyen de développer des compétences, de tester une idée, de se confronter à un problème réel ou d’affirmer sa posture dans son environnement.

Cette diversité des trajectoires interroge la manière d’évaluer l’impact du dispositif. Le nombre d’entreprises créées ne suffit plus à rendre compte de ce qui se joue. Il faut aussi regarder les parcours, les apprentissages et les formes d’engagement qui émergent.

Une réalité qui dépasse le seul cadre universitaire.

Derrière la montée en puissance des dispositifs comme Pépite, il y a une évolution plus large. Celle d’un intérêt croissant des jeunes pour l’entrepreneuriat. (Voir le dossier BPI sur ce sujet)  Cet engouement recouvre des motivations très diverses. L’envie d’indépendance, de définir librement leur mode de vie, la recherche de sens, l’envie de s’extraire d’organisations trop rigides ou encore l’envie de se tester en explorant.

Dans ce contexte, les dispositifs d’accompagnement ne répondent pas tous aux mêmes besoins, ni aux mêmes moments du parcours.

Avec cette série, Le Connecteur propose d’aller à la rencontre de celles et ceux qui les pilotent pour comprendre, concrètement, ce qu’ils proposent — et à qui ils s’adressent.

Ce que je voudrais : que tous les étudiants sachent que ça existe »

Si vous aviez une priorité aujourd’hui ?

Rendre le dispositif visible.  Aujourd’hui, trop d’étudiants ignorent encore l’existence de Pépite et du statut Etudiant Entrepreneur. L’enjeu n’est pas que tous y entrent, mais que tous puissent y accéder s’ils en ont besoin.

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