La créativité naît-elle de la collaboration et des croisements ?

C’est par cette question que s’ouvrait la conférence consacrée à la Communauté des Coqs, organisée dans le cadre de LUX. Une question simple en apparence, mais qui renvoie à une transformation profonde des modèles économiques actuels.

Innovation, industrie, santé, création, climat : depuis une dizaine d’années, de grandes communautés thématiques ont émergé pour structurer l’action économique française. French Tech, French Fab, French Care, Coq Vert, Coq Créa… chacune répond à des enjeux spécifiques. Mais comment éviter que ces dynamiques ne fonctionnent en silos ? Et surtout, comment créer de la porosité entre ces mondes pour répondre aux défis contemporains ?

C’est précisément l’ambition de cette conférence dite de manière officieuse « le Poulailler ». Comprendre ce que ces communautés apportent concrètement aux entreprises, et ce que leur croisement rend possible.

Un panorama incarné des communautés « Coqs »

Pour éclairer ces enjeux, la table ronde réunit des intervenants issus de différentes communautés, chacun incarnant un pan de cet écosystème.

  • Laure Prévault Osmani, dirigeante de Sabi Agri, coprésidente de la French Tech Clermont Auvergne, membre du Coq Vert et ambassadrice du Coq Bleu « French Fab ». Elle porte une vision entrepreneuriale ancrée dans l’industrie agricole et les enjeux climatiques.
  • Thierry Yalamas, dirigeant de Phimeca et président du pôle de compétitivité CIMES, représente le monde industriel et technologique.
  • Loriane Viallet, chargée de mission climat à Bpifrance et animatrice de la communauté Coq Vert à Clermont-Ferrand. Elle travaille à structurer l’engagement des entreprises sur les enjeux environnementaux.
  • Gabrielle Bischoff, chargée de mission coordination du plan French Touch à Bpifrance Paris. Elle apporte un regard transversal sur les dispositifs d’accompagnement.
  • Thomas Pisano, dirigeant de Reflex Time et membre des communautés French Tech Clermont Auvergne et French Care. Il incarne les enjeux de l’innovation en santé.
  • Enfin, Angélique Carreno, fondatrice de BookLink et ambassadrice du Coq Créa. Elle représente le dernier-né de ces communautés, tourné vers les industries culturelles et créatives.

Des secteurs différents, des réalités très éloignées, mais une même question . A quoi servent concrètement ces communautés pour les entreprises ?

Des communautés pensées comme des outils, pas comme des labels

Dès les premiers échanges, les intervenants insistent sur le fait que ces communautés ne sont pas des vitrines, mais des outils. Elles offrent des espaces de partage, des dispositifs d’accompagnement, des mises en réseau et une capacité à rompre l’isolement entrepreneurial.

« Ce que résout une communauté, c’est souvent un sentiment de solitude face à des enjeux complexes », souligne l’un des participants. Qu’il s’agisse de transition écologique, d’innovation industrielle ou de création, les entrepreneurs y trouvent des repères, des retours d’expérience et des ressources mobilisables rapidement.

Mais cette logique thématique montre aussi ses limites. Chaque communauté structure efficacement son champ, au risque de renforcer des frontières déjà existantes.

Créer de la porosité entre les mondes

Alors, comment créer plus de liens entre ces communautés ?

Tous s’accordent sur un constat : les enjeux actuels ne se laissent plus traiter par une seule approche. Une innovation industrielle mobilise des compétences créatives. Une transition écologique implique des choix économiques et culturels. Une solution en santé convoque autant la technologie que l’usage et la narration.

Pour Laure Prévault Osmani, « les croisements permettent de sortir des réponses toutes faites et d’ouvrir de nouvelles voies ». (Lire aussi l’article « Collaborer pour transformer« )
Encore faut-il que ces croisements soient facilités. Car dialoguer entre communautés suppose de comprendre des langages différents, des temporalités parfois opposées et des priorités qui ne se recoupent pas toujours.

Le rôle clé des individus « ponts »

C’est ici qu’émerge une figure centrale : celle des individus capables de faire le lien entre ces univers. Ces profils ne représentent pas une communauté unique. Ils circulent entre plusieurs mondes, traduisent les enjeux et rendent les coopérations possibles.

« Ce qui fait la différence, ce sont souvent des personnes qui savent passer d’un cadre à un autre », observe un intervenant.

Ces individus « ponts » facilitent les collaborations, préviennent les incompréhensions et permettent aux projets hybrides de prendre forme. Leur rôle est rarement formalisé, mais leur impact est déterminant.

Cette analyse fait écho à l’article du Connecteur Faire réseau : quels facteurs clés ?, qui évoque notamment les travaux de Marc Lecoutre sur les brokers, montre que les réseaux efficaces reposent autant sur des compétences relationnelles que sur des dispositifs structurés.

Structurer les croisements pour éviter l’essoufflement

Les échanges soulignent cependant une limite claire : le croisement des secteurs ne peut reposer uniquement sur l’engagement individuel. Sans cadre, ces dynamiques s’épuisent.

Reconnaître ces rôles transversaux, clarifier les attentes et créer des espaces dédiés à l’interaction deviennent des conditions de réussite. À défaut, les collaborations restent ponctuelles et peinent à produire des effets durables.

Vers une culture du décloisonnement entrepreneurial

À travers la Communauté des Coqs, c’est une autre manière de penser l’accompagnement et l’entrepreneuriat qui se dessine. Moins segmentée par filières, plus attentive aux interactions réelles entre acteurs. Dans un contexte de transitions multiples, la capacité à croiser les compétences et les secteurs apparaît comme un levier stratégique. Encore faut-il accepter de sortir des cadres établis et de reconnaître celles et ceux qui, au quotidien, rendent ces croisements possibles.

Ce qui ressort de cette rencontre, c’est l’envie très claire de ne pas en rester là. Plusieurs intervenants l’ont formulé explicitement : ces croisements ponctuels sont utiles, mais insuffisants.

Croiser les secteurs une fois, c’est stimulant. Le faire régulièrement, c’est structurant.

Derrière les exemples partagés, une même intuition revient : l’innovation ne naît pas d’un événement isolé, mais de relations qui s’installent dans le temps. Se revoir, continuer à se parler, apprendre à mieux se comprendre malgré des langages, des contraintes et des temporalités différentes.

En creux, c’est aussi une invitation à penser des formats de rencontre plus réguliers, ouverts, et surtout propices à faire émerger ces liens discrets mais décisifs entre secteurs.

Un mini BIG auvergnat

Cette dynamique fait écho à des formats déjà éprouvés ailleurs, comme l’événement BIG organisé chaque année à Paris par Bpifrance, qui affiche la volonté de décloisonnement entre secteurs, tailles d’entreprises et profils.
>À une autre échelle, plusieurs intervenants ont esquissé l’idée qu’un « mini BIG » clermontois aurait tout son sens : un rendez-vous régulier, ancré dans le territoire, capable de faire dialoguer entrepreneurs, acteurs culturels, industriels, chercheurs et institutions, sans logique descendante.

Non pas pour reproduire un modèle parisien, mais pour inventer un format adapté aux spécificités locales, où la proximité, la confiance et la connaissance mutuelle deviennent des accélérateurs d’innovation.
>Un espace où l’on ne vient pas seulement écouter, mais où l’on prend le temps de se revoir, de croiser à nouveau les regards, et de faire émerger des coopérations durables.

Chiche !

Les « Coqs » : des communautés pour faire rayonner les secteurs stratégiques de l’économie française

La French Tech
Créée en 2013, La French Tech fédère l’écosystème des start-up françaises. Elle vise à soutenir la création, la croissance et l’internationalisation des entreprises innovantes, en facilitant les connexions entre entrepreneurs, investisseurs, grands groupes et acteurs publics. Sur les territoires, les communautés French Tech jouent un rôle d’animation et de mise en réseau.

La French tech est gérée par la Mission French Tech, les autres « Coqs » sont portés par BPI France.

La French Fab
Lancée en 2017, La French Fab incarne la volonté de moderniser et de rendre plus attractive l’industrie française. Elle rassemble industriels, PME, ETI et grands groupes engagés dans la transformation industrielle, l’innovation technologique et la relocalisation productive.

La French Touch
Lancée en 2017, La French Touch met en réseau les industries culturelles et créatives : design, mode, audiovisuel, jeux vidéo, architecture, arts visuels. Elle cherche à faire reconnaître leur poids économique et leur capacité à irriguer l’innovation dans d’autres secteurs.

Le French Impact
Créé en 2018, le French Impact soutient les acteurs de l’innovation sociale et environnementale. Son ambition est de changer d’échelle pour des projets qui répondent à des enjeux sociaux majeurs, en facilitant l’accès aux financements, aux partenariats et aux marchés.

La French Care
Initiée en 2022, La French Care fédère les acteurs de la santé, du médico-social et du bien-vieillir. Elle vise à structurer un écosystème d’innovation en santé, en croisant start-up, établissements, industriels et recherche, autour des enjeux de prévention, de soins et de qualité de vie.

Le Coq Créa
Le Coq Créa incarne les acteurs de la création, de la communication et de la production culturelle locale. Il joue un rôle de passerelle entre économie créative, innovation sociale et développement économique, en apportant des récits, des formats et des approches complémentaires aux logiques industrielles ou technologiques.