Hub-IC, basé à Clermont- Ferrand, accompagne des porteurs de projet qui veulent transformer une idée culturelle ou créative en activité viable. Le dispositif a la particularité d’être adossé au réseau du Damier, le cluster des industries culturelles et créatives, ce qui permet aux incubés de bénéficier à la fois d’un programme d’accompagnement, d’intervenants spécialisés et d’un accès progressif à un réseau professionnel. Romain Bard, responsable de l’incubateur Hub-IC au sein du Damier, revient sur l’origine du dispositif, ses critères de sélection, son fonctionnement et ce que les porteurs de projet peuvent réellement y trouver.
Derrière chaque création d’entreprise, il y a rarement un parcours solitaire. Et on parle beaucoup d’accompagnement entrepreneurial, beaucoup moins de ce qu’il recouvre réellement. Incubateurs, réseaux, structures hybrides : ces dispositifs se sont imposés comme des passages fréquents dans les parcours de création. Pourtant, leurs pratiques, leurs objectifs et leurs effets restent parfois flous, ou carrément méconnus, pour celles et ceux qui pourraient en bénéficier.
On sait que les entreprises accompagnées affichent des taux de survie plus élevés (80% de survie à 3 ans versus 66%) mais on sait aussi que la question ne se limite pas à la réussite économique mais enrichit aussi le parcours de l’entrepreneur potentiel. Qu’il crée ou pas à la fin.
Que fait concrètement un incubateur ? Que cherche-t-il à produire ? Et pour quels profils ? Avec cette série, Le Connecteur part à la rencontre de celles et ceux qui pilotent ces dispositifs pour comprendre, comment ils accompagnent et ce que cela change, concrètement, pour les porteurs de projet.
Romain, avant d’entrer dans le détail, quel est votre parcours ?
J’ai travaillé 10 ans au sein du Transfo, l’agence régionale de développement culturel en Auvergne, en tant que chargé des musiques actuels et – déjà- de l’entrepreneuriat culturel. A sa fermeture suite à la fusion des régions, j’ai assuré la direction par intérim du Damier durant 6 mois, puis j’ai travaillé quelques temps à l’Onde Porteuse avant de revenir au Damier en 2019.
Derrière chaque création d’entreprise, il y a rarement un parcours solitaire. Et on parle beaucoup d’accompagnement entrepreneurial, beaucoup moins de ce qu’il recouvre réellement. Incubateurs, réseaux, structures hybrides : ces dispositifs se sont imposés comme des passages fréquents dans les parcours de création. Pourtant, leurs pratiques, leurs objectifs et leurs effets restent parfois flous, ou carrément méconnus, pour celles et ceux qui pourraient en bénéficier.
On sait que les entreprises accompagnées affichent des taux de survie plus élevés (80% de survie à 3 ans versus 66%) mais on sait aussi que la question ne se limite pas à la réussite économique mais enrichit aussi le parcours de l’entrepreneur potentiel. Qu’il crée ou pas à la fin.
Que fait concrètement un incubateur ? Que cherche-t-il à produire ? Et pour quels profils ? Avec cette série, Le Connecteur part à la rencontre de celles et ceux qui pilotent ces dispositifs pour comprendre, comment ils accompagnent et ce que cela change, concrètement, pour les porteurs de projet.
Pouvez-vous expliquer ce qu’est Hub-IC et son lien avec Le Damier ?
La particularité, c’est que nous avons un incubateur porté par un cluster d’entreprises. Dit comme ça, ça fait beaucoup de jargon. Plus simplement, Le Damier est un réseau qui anime la filière des industries culturelles et créatives en Auvergne. Il s’adresse d’abord à des entreprises existantes. Au sein de ce réseau, il y a Hub-IC, un dispositif d’accompagnement qui s’adresse, lui, à de futurs entrepreneurs et entrepreneuses. Les porteurs de projet en incubation peuvent bénéficier de l’expérience, du réseau et des connexions d’entreprises déjà installées.
Comment est né Hub-IC ?
Hub-IC n’est pas né d’une décision isolée du Damier. Le dispositif vient d’une réflexion plus large, portée au départ par Clermont Auvergne Métropole, autour des industries culturelles et créatives. Une étude a été menée par l’agence d’urbanisme pour regarder ce secteur, ses besoins et son potentiel. Cette étude a montré que les industries culturelles et créatives constituaient un secteur stratégique. Une stratégie métropolitaine a ensuite été votée fin 2018. L’un des axes consistait à faciliter l’implantation d’entreprises culturelles sur le territoire.
C’est ce qui a déclenché l’ouverture d’un poste au sein du Damier, en janvier 2019, pour créer cette mission d’accompagnement des futurs entrepreneurs qui a conduit à la mise en œuvre de l’incubateur Hub-IC.
Pourquoi les industries culturelles et créatives sont-elles considérées comme stratégiques pour un territoire ?
Ce secteur a un double intérêt. Il est porteur de sens, parce qu’il touche à la création, aux récits, à de nouvelles énergies. Mais c’est aussi un secteur économique. Il y a des entreprises, des emplois, des activités qui ne sont pas facilement délocalisables. Je pense que l’étude a permis de lever un doute là-dessus. On pouvait avoir tendance à voir la culture et la création uniquement sous l’angle artistique ou symbolique. Ce sont aussi des activités économiques, avec des effets sur le développement d’un territoire.
Le parcours est en place, comment il fonctionne ?
La première année a surtout servi à mettre les choses en place, à activer le réseau, à organiser les premiers rendez-vous individuels et à tester des formats. En 2020, nous avons commencé à construire une sorte de programme de pré-incubation, avec des ateliers, des thématiques et des intervenants. Le Covid est arrivé à ce moment-là, donc une partie s’est faite en présentiel, une autre à distance. La première vraie promotion Hub-IC, dans une forme proche de ce qui existe aujourd’hui, arrive plutôt autour de 2020-2021.
Le premier critère pour intégrer Hub IC, c’est bien sûr d’avoir un projet dans le grand champ des industries culturelles et créatives. Mais comme c’est un champ assez large, il faut aller voir le détail sur le site du Damier.
Ensuite, cela dépend du parcours. Pour le premier parcours, appelé idéation, nous accueillons des projets émergents ou en phase d’amorçage. L’idée peut encore être embryonnaire, mais il faut qu’il y ait quelque chose d’intéressant à travailler.
Nous regardons aussi la dimension innovante du projet, mais au sens large. Il ne s’agit pas uniquement d’innovation technologique. En réalité, sur une quarantaine de projets accompagnés, nous avons eu assez peu de projets technologiques. Beaucoup relèvent plutôt de l’innovation sociale, territoriale ou d’usage.
Qu’entendez-vous par innovation sociale, territoriale ou d’usage ?
Dans les industries culturelles et créatives, l’innovation n’est pas toujours un outil technologique. Elle peut être dans le modèle, dans l’adresse au public, dans la coopération, dans le lieu, dans la manière d’articuler plusieurs activités. Une innovation peut être territoriale lorsqu’une proposition nouvelle arrive sur un territoire où cette offre n’existe pas encore. Elle peut être sociale si elle répond autrement à un besoin collectif. Elle peut aussi être liée aux usages, si elle propose une nouvelle manière de faire, de consommer, de se rencontrer ou d’accéder à un service culturel.
Hub-IC est structuré en deux parcours. Comment fonctionnent-ils ?
Le premier parcours, idéation, dure trois mois. Il s’adresse à des projets encore très jeunes. On regarde si l’idée peut se transformer en un projet plus structuré.
Le second parcours dure cinq mois. Il permet de travailler le business model, le business plan et tout ce qui va permettre de construire une activité plus solide. Certaines personnes suivent les deux parcours. D’autres peuvent intégrer directement le second parcours si leur projet est déjà assez avancé.
Pour entrer dans le second parcours, il faut qu’il y ait assez de matière pour travailler sur un business model. Si l’offre n’est pas assez solide, on peut faire tous les business plans qu’on veut, cela ne sert pas à grand-chose. Si l’offre change trois mois plus tard, il faut tout recommencer.
Vous prenez donc le temps de consolider l’offre avant de parler chiffres ?
Oui. C’est l’un des avantages d’un incubateur comme le nôtre. Certains dispositifs sont plus courts et vont très vite vers le business plan. Nous avons la chance d’avoir un peu plus de temps pour consolider l’idée, regarder sa viabilité, sa faisabilité, et border un certain nombre de sujets avant de commencer à parler chiffres.
Cela ne veut pas dire qu’on est sûr de tout. Mais on essaie de ne pas construire un modèle économique sur une proposition encore trop floue.
Comment accompagnez-vous la validation de la proposition de valeur ?
C’est probablement le plus compliqué. La meilleure façon de valider une proposition de valeur, c’est d’aller sur le terrain. Mais pour les porteurs de projet, ce n’est pas toujours simple.
Ils ont beaucoup de choses à apprendre, beaucoup de choses à gérer. Ils ont souvent l’impression que c’est trop tôt, qu’ils ne sont pas prêts, qu’ils n’osent pas encore présenter leur projet. Notre rôle est aussi de les pousser à y aller, dans le bon sens du terme, de les rassurer et de les aider à confronter leur idée à la réalité.
Aller sur le terrain, concrètement, ça veut dire quoi ?
Cela dépend des projets. Pour un projet de lieu, par exemple, il peut y avoir une étude de marché assez classique : comprendre la zone de chalandise, interroger des publics, regarder les usages possibles. Mais il y a aussi une autre dimension : la connaissance métier. Certains porteurs de projet arrivent avec une idée intéressante, une vraie approche, parfois une communauté ou une intuition forte, mais ils ne connaissent pas encore assez la filière dans laquelle ils veulent entrer.
Dans ce cas, il faut parfois se former. Si quelqu’un veut créer une librairie, il doit comprendre l’économie du livre, la gestion des stocks, les commandes, les invendus. Ce n’est pas insurmontable, mais cela s’apprend. Parfois, notre réponse est donc assez simple : il faut aller se former, faire une immersion, rencontrer des professionnels du secteur.
Quels sont les principaux contenus du programme ?
Nous avons une quinzaine d’intervenants. Certains sont adhérents du Damier, d’autres partenaires. C’est une vraie richesse du programme. Ils sont spécialisés dans leur sujet, mais ils sont aussi très à l’écoute. Ils ne viennent pas seulement dérouler un contenu. Ils donnent des avis, font des propositions, s’impliquent dans les projets à partir de leur propre expertise. C’est quelque chose que les incubés apprécient beaucoup.
Sur le premier parcours, il y a deux grands volets : la posture entrepreneuriale et le travail sur l’offre.
La posture entrepreneuriale est très importante pour les profils que nous accompagnons. Elle peut recouvrir des sujets comme la confiance en soi, le rapport à l’argent, le rapport à l’autorité, la façon de se positionner comme entrepreneur ou entrepreneuse. L’idée n’est pas de donner une solution unique, mais d’aider chacun à savoir où il en est sur ces questions. Pour ça, nous utilisons le programme Équinoxe d’Aïgo Café, comme d’autres incubateurs. Il permet de se situer et de travailler ensuite en fonction.
Le travail sur l’offre consiste à clarifier ce que l’on propose, à qui, pourquoi, avec quelle valeur, et comment on peut commencer à tester cette proposition.
Et dans le second parcours ?
Dans le second parcours, on pose le business model et on travaille toute la partie financière. Nous avons aussi des ateliers plus courts sur des sujets juridiques, administratifs et très pratiques. On parle des statuts, bien sûr, mais aussi du statut du dirigeant, de sa rémunération, de sa protection sociale, de l’assurance de son activité. Ce sont des sujets auxquels les porteurs de projet ne pensent pas toujours au départ.
L’objectif n’est pas qu’ils sachent tout en sortant d’un atelier de deux heures. Mais ils doivent savoir que ces sujets existent et qu’ils devront les gérer.
Il y a aussi un cycle autour de la communication.
À quoi sert l’incubation, au-delà des ateliers ?
Une incubation, c’est d’abord à ne pas être seul. Les incubés nous le disent très souvent. Cela sert aussi à avoir un cadre. Le fait d’avoir des rendez-vous réguliers, des ateliers, un rythme, aide à ne pas lâcher le morceau. Quand on porte un projet seul, il est facile de repousser certaines choses, de rester dans sa tête, de ne pas aller sur le terrain. L’incubation donne un rythme et oblige à avancer.
C’est aussi un moyen d’entrer dans un réseau. Le Damier organise une dizaine de rendez-vous conviviaux par an avec ses adhérents (75 actuellement) et partenaires financiers et opérationnels. Plus largement, Le Damier est connecté à l’écosystème socio-économique local : les autres incubateurs, les réseaux de l’économie sociale et solidaire, France Active, la CRESS, etc …
Les incubés y sont conviés. Plus largement, tout ce que Le Damier fait pour ses adhérents est aussi ouvert aux incubés. Quand un incubé a un besoin précis, nous pouvons faciliter une connexion.
Notre rôle n’est pas d’avoir toutes les réponses. Mais nous savons chercher qui peut aider. En tant que réseau, c’est notre métier de créer des passerelles.
Hub-IC, les questions pratiques
Le périmètre est celui du Damier : les quatre départements de l’Auvergne. Sur le papier, c’est donc assez large. Dans la réalité, beaucoup d’ateliers se passent en présentiel à Clermont-Ferrand, dans les locaux du Damier. Cela limite un peu l’accès pour les personnes qui sont loin mais c’est possible.
Hub-IC est gratuit pour les bénéficiaires, parce qu’il est pris en charge par des financements publics. Mais il faut bien comprendre que la gratuité financière ne veut pas dire que l’engagement est léger.
Quand on entre dans le premier parcours, on s’engage pour trois mois. Quand on entre dans le second, on s’engage pour cinq mois. Et on s’engage aussi à être présent, disponible et actif dans le programme.
D’une manière générale, une incubation demande de la disponibilité. Hub-IC demande un engagement important. Il y a le temps des ateliers, souvent en présentiel. Il y a aussi le temps nécessaire pour digérer les informations, retravailler son projet, aller sur le terrain, prendre des rendez-vous, présenter son idée, rencontrer des acteurs. C’est généralement difficile de cumuler avec un emploi même si on sait bien que c’est parfois nécessaire. En fait, cela dépend beaucoup de la relation avec son employeur, des congés, de la souplesse d’organisation et de la capacité à dégager du temps.
Depuis 2019, qu’est-ce qui vous rend fier ?
Ce qui me frappe, c’est que le format n’a pas tant bougé que ça, et qu’il fonctionne bien. Cela veut dire que nous sommes partis dans une bonne direction dès le départ. J’aime aussi beaucoup avoir des nouvelles des anciens incubés. Parfois, on les laisse un peu tranquilles, puis ils reviennent avec des nouvelles, bonnes ou moins bonnes. Mais c’est toujours intéressant de voir comment les projets continuent à évoluer après l’incubation.
La prochaine promotion sera la septième édition. Cela montre qu’il y a une continuité, un besoin, et que le dispositif a trouvé sa place. Néanmoins, quand on porte un dispositif depuis plusieurs années, on a envie de tester autre chose. En même temps, il y a un équilibre à trouver : le format fonctionne, donc il ne faut pas casser ce qui marche.
J’aimerais peut-être expérimenter des choses plus sectorielles, avec des promotions identifiées sur certains sujets. Par exemple, il y avait eu à un moment un appel à projets autour des incubateurs médias. Ce serait intéressant même si le format serait sans doute différent de l’actuel. Plus court sans doute, plus souple, peut-être avec un peu de distanciel. Mais aujourd’hui, cela dépend aussi des moyens humains et financiers disponibles.
En un mot pour terminer, quelle est la bonne question à se poser avant de candidater ?
Il faut se demander si l’on est prêt à travailler vraiment son projet. Pas seulement à venir chercher des réponses. Être incubé, c’est accepter de se confronter au terrain, d’être challengé, de regarder les sujets qu’on ne maîtrise pas encore, et de prendre le temps de structurer.
Si le projet relève des industries culturelles et créatives, qu’il y a une vraie envie d’entreprendre, et que la personne est prête à s’engager dans la durée, alors Hub-IC est le bon cadre.
