Il y a des mots que certains univers emploient sans avoir l’idée de les développer, tellement c’est évident. Et donc, il arrive qu’on puisse avoir l’impression que ne pas le connaître révèlerait l’étendue de son inculture. Le TRL en fait partie. Le TRL, ou Technology Readiness Level, est un outil souvent évoqué dans les appels à projets, les dossiers de subvention ou les discussions avec des experts de l’univers Tech et start up. Alors de quoi s’agit-il, à quoi sert-il ? Comment l’interpréter sans être expert ? Cet article explique simplement ce qu’est le TRL, comment le comprendre, et comment l’utiliser pour évaluer un projet innovant.

Qu’est-ce que le TRL ?

Le TRL est une échelle de maturité allant de 1 à 9, conçue pour évaluer le degré de développement d’une technologie ou d’un projet. À l’origine, elle a été créée par la NASA pour suivre l’avancement des innovations spatiales. Aujourd’hui, elle est utilisée dans de nombreux secteurs (énergie, santé, environnement) pour standardiser la communication entre porteurs de projets, financeurs et institutions.

Le TRL ne mesure ni la viabilité économique ni l’impact social d’un projet. Il indique simplement où en est le développement technique.

9 niveaux, expliqués simplement

TRL 1 à 3 : La phase d’idée et de recherche

  • 1 : Observation des principes de base. Une idée est identifiée, mais aucune recherche concrète n’a encore été menée. Exemple : « Et si on utilisait des algues pour dépolluer les sols ? »

  • 2 : Formulation du concept. L’idée est formalisée, et des principes théoriques sont définis. Exemple : « Des études montrent que certaines algues absorbent les métaux lourds. On pourrait les cultiver pour dépolluer. »

  • 3 : Preuve de concept en laboratoire. Des tests préliminaires en labo ou sur papier valident la faisabilité de l’idée. Exemple : « En laboratoire, les algues réduisent de 30 % la pollution d’un échantillon de terre. »

TRL 4 à 6 : La phase de prototypage et de tests

  • 4 : Validation du prototype en environnement contrôlé. Un premier prototype fonctionne, mais uniquement dans des conditions idéales (en labo ou en atelier). Exemple : « Notre système de culture d’algues fonctionne en serre, avec un climat et des nutriments maîtrisés. »

  • 5 : Validation du prototype en environnement réel. Le prototype est testé dans des conditions proches de la réalité, mais encore limitées. Exemple : « On a testé les algues sur un petit terrain pollué en extérieur. Les résultats sont prometteurs, mais perfectibles. »

  • 6 : Démonstration en environnement opérationnel.  Le prototype est testé à une échelle plus grande, dans un cadre réaliste. Exemple : « Notre système dépollue un hectare de terrain agricole, avec des variations de climat et de qualité de sol. »

TRL 7 à 9 : La phase de déploiement et de maturité

  • 7 : Prototypage du système final. Une version quasi finale du projet est opérationnelle et prête pour une production limitée. Exemple : « Notre unité de dépollution par algues est installée sur un site pilote et produit des résultats stables. »

  • 8 : Système complet qualifié. Le projet est validé, certifié, et prêt pour une production à grande échelle. Exemple : « Notre technologie est certifiée et peut être déployée sur des dizaines d’hectares. »

  • 9 : Système éprouvé en conditions réelles. Le projet est pleinement opérationnel, avec un retour d’expérience positif en situation réelle. Exemple : « Notre solution est utilisée par 50 exploitations agricoles en France, avec des résultats mesurés et validés. »

En quoi le TRL peut-il être utile pour les non-spécialistes ?

  • Pour les élus et acteurs publics : Il permet d’évaluer la crédibilité d’un projet avant de lui accorder un soutien (subvention, mise à disposition de terrains, etc.). Un projet au TRL 3 n’a pas les mêmes besoins qu’un projet au TRL 7.
  • Pour les porteurs de projets associatifs ou sociaux : Même si votre projet n’est pas « high-tech », il peut aider à structurer son développement et à communiquer avec des partenaires techniques.
  • Pour les financeurs et accompagnateurs : il offre une grille de lecture commune pour comparer des projets et orienter les aides.

Les limites et erreurs courantes dans son usage 

1. Confondre TRL élevé et succès commercial.  Un projet peut atteindre un TRL 9 (technologie éprouvée) sans pour autant trouver son marché. Il évalue la maturité technologique, pas la demande ou la viabilité économique. Exemple : Une innovation technique peut être parfaite, mais trop coûteuse pour les utilisateurs finaux.

2. Sous-estimer les étapes intermédiaires. Passer du TRL 4 (validation en labo) au TRL 6 (démonstration en environnement réel) nécessite souvent des ressources et des tests supplémentaires. Erreur fréquente : Négliger les phases de prototypage en conditions réelles, ce qui peut mener à des échecs en phase de déploiement.

3. Appliquer le TRL à des projets non technologiques. Il est conçu pour des innovations techniques ou méthodologiques. L’appliquer à des projets de services, de modèles sociaux ou organisationnels peut fausser l’évaluation. Alternative : utiliser le SRL (Societal Readiness Level) pour mesurer l’impact social.

4. Oublier de le mettre à jour. Un projet évolue, et son TRL aussi. Erreur : Ne pas réévaluer régulièrement le niveau de maturité, ce qui peut induire en erreur les partenaires ou financeurs.

5. Ignorer les normes sectorielles. Certains secteurs (aérospatial, santé) ont des exigences spécifiques pour chaque niveau de TRL. Conseil : Se référer aux standards de son domaine pour éviter les malentendus.

Aller plus loin

Propriété intellectuelle  – protéger son innovation étape par étape

À chaque niveau du TRL, la propriété intellectuelle (PI) permet de sécuriser les avancées d’un projet, à condition d’agir au bon moment.

  • 1–2 : tracer et dater. Formaliser les idées, documenter les travaux, sécuriser les échanges par des accords de confidentialité.

  • 3–4 : clarifier la propriété. Identifier qui contribue à quoi et poser les bases contractuelles.

  • 5–6 : choisir une stratégie. Brevet, secret, marque : arbitrer selon les usages et les risques de divulgation.

  • 7–9 : verrouiller et défendre. Structurer les contrats, organiser le portefeuille de droits et anticiper l’exploitation.

À retenir : plus le TRL augmente, plus la PI devient une question de timing, de choix stratégiques et de contrats — pas seulement de dépôt.

Le rôle des pôles de compétitivité dans l’accompagnement des projets à haut TRL

Parmi les acteurs de l’innovation (incubateurs, accélérateurs, …), les pôles de compétitivité accompagnent les projets innovants aux stades élevés du TRL (TRL 5 à 9). Leur mission : lever les verrous technologiques en facilitant les collaborations entre entreprises et laboratoires de recherche.

Comment ?

  • Accompagnement technique : Mobilisation d’experts pour résoudre les blocages.
  • Labellisation : Reconnaissance officielle qui rassure les financeurs.
  • Mise en réseau : Connexion avec des partenaires industriels et institutionnels.

Pourquoi c’est utile ?

  • Gagner en crédibilité auprès des investisseurs.
  • Accélérer le passage à l’échelle industrielle (TRL 8-9).