À l’approche des Municipales 2026 à Clermont Ferrand et à l’initiative du MEDEF 63 et de la CPME 63, cinq* des six candidats à la Mairie de Clermont-Ferrand ont confronté leurs positions face aux entreprises quant aux enjeux économiques locaux. Objectif des organisateurs : des réponses concrètes sur quatre priorités identifiées par leurs adhérents — sécurité, fiscalité, logement/mobilité et foncier.
Le Connecteur vous propose une synthèse factuelle des éléments clés entendus lors de cette soirée.
Derrière ce cadre structuré, les divergences se sont révélées nettes.
*La candidate Lutte Ouvrière n’a pas souhaité participer au débat.
En bref
Les priorités économiques de chaque candidat
Olivier Bianchi (PS, EELV, PC – maire sortant)
Olivier Bianchi défend son bilan et plaide pour la continuité des projets engagés. Il met en avant 450 millions d’euros d’investissements sur le mandat, dont 80 % auraient bénéficié à des entreprises du Puy-de-Dôme. Il assume le maintien du Versement Mobilité afin de financer les infrastructures de transport et défend le recours à la vidéosurveillance dans certaines zones, notamment économiques. Sur le foncier, O.Bianchi affirme que 203 hectares sont inscrits dans le nouveau PLUi à l’échelle de la Métropole.
Julien Bony (LR, Renaissance, Modem, UDI)
Julien Bony promet de ne pas augmenter la fiscalité communale et souhaite simplifier les démarches administratives pour les entreprises. Il propose un renforcement significatif des moyens de sécurité, avec 150 policiers municipaux, un déploiement accru de caméras et la création d’une brigade des transports. J.Bony défend la réouverture de l’avenue Carnot en “site partagé” et met en avant des gains d’efficience budgétaire, notamment en réduisant les doublons entre la ville et la métropole.
Yannick Cartailler (Le Réveil Clermontois)
Yannick Cartailler se présente comme un entrepreneur citoyen et promet un audit financier dès le début du mandat afin d’optimiser la gestion municipale. Il propose une police municipale présente 24h/24, ainsi qu’un éclairage intelligent dans les zones d’activités. Il souhaite corriger certains points du plan Inspire après concertation et conteste le volume de foncier immédiatement mobilisable avancé par la majorité sortante. D’une manière générale, il promet davantage de concertation avec les acteurs économiques.
Antoine Darbois (RN)
Antoine Darbois fait de la sécurité l’axe central de son programme. Il propose de doubler les effectifs de la police municipale et de les armer. Le candidat s’engage à ne pas augmenter les taux d’imposition locaux, conditionnant cet engagement à une réduction des dépenses de fonctionnement. A.Darbois souhaite revoir le plan de circulation et mise sur la reconversion des friches industrielles pour répondre aux besoins fonciers.
Marianne Maximi (LFI)
Marianne Maximi inscrit son projet dans un contexte d’urgence sociale marqué par la hausse de la précarité. Elle s’oppose à la vidéosurveillance et privilégie une approche fondée sur la prévention et la présence humaine. La candidate LFI défend la gratuité des transports pour soutenir le pouvoir d’achat et souhaite orienter prioritairement les aides publiques vers les TPE et PME locales créatrices d’emplois. Elle critique par ailleurs l’usage d’argent public pour accompagner de grandes entreprises.
Sécurité : clivage entre renforcement et prévention
La sécurité a constitué le point de friction le plus marqué.
Plusieurs candidats favorables à un déploiement accru de la vidéoprotection ont avancé des estimations divergentes sur son coût. Le maire sortant a contesté les chiffrages évoqués par ses adversaires, estimant qu’un programme élargi représenterait un investissement nettement supérieur.
Julien Bony et Antoine Darbois défendent également un renforcement significatif des effectifs de police municipale, avec armement. Yannick Cartailler propose une organisation 24h/24 et une coordination renforcée des dispositifs existants.
À l’inverse, Marianne Maximi rejette la vidéosurveillance comme outil central. Elle privilégie une approche préventive fondée sur la présence humaine et la santé mentale.
Deux logiques apparaissent : sécuritaire renforcée d’un côté, préventive et sociale de l’autre.
Fiscalité : stabilité affichée, arbitrages différents
Tous les candidats présents se sont engagés à ne pas augmenter les taux communaux. Les différences portent sur les leviers.
Olivier Bianchi assume le maintien du Versement Mobilité pour financer les transports structurants et défend la dépense publique comme soutien à l’activité.
Julien Bony et Yannick Cartailler mettent en avant des gains d’efficience et la réduction du “millefeuille administratif”. Antoine Darbois évoque une baisse des dépenses de fonctionnement pour financer ses priorités.
Marianne Maximi défend le financement du service public mais souhaite réorienter plus fortement les aides vers les entreprises locales créatrices d’emplois non délocalisables.
Les modalités précises de financement et les marges budgétaires restent à documenter dans les programmes détaillés.
Mobilité et logement : la place de la voiture en débat
Le projet Inspire et la circulation ont cristallisé les critiques.
Julien Bony souhaite rouvrir l’avenue Carnot en “site partagé”. Antoine Darbois propose une révision au cas par cas du plan de circulation. Yannick Cartailler promet un audit technique.
Olivier Bianchi assume la réduction de la place de la voiture afin de garantir la performance des transports collectifs et affirme que 80 % des habitants seront à moins de 300 mètres d’une offre structurante.
Sur la gratuité des transports, défendue par Marianne Maximi au nom du pouvoir d’achat. Les autres candidats ont exprimé des réserves financières.
Sur le logement, le désaccord porte notamment sur la démolition de la “Muraille de Chine” : mesure de lutte contre la ségrégation pour le maire sortant, perte de logements sociaux non reconstruits selon sa concurrente.
Foncier : bataille de diagnostics
Le maire sortant rappelle que 187 hectares ont été dédiés au développement économique entre 2013 et 2023 et que 203 hectares sont prévus dans le nouveau PLUi à l’échelle de la Métropole.
Julien Bony estime que ces chiffres agrègent des usages variés. Yannick Cartailler considère que le foncier immédiatement mobilisable serait plus limité. Antoine Darbois met en avant la reconversion de friches industrielles.
Le projet Cataroux porté par Michelin a également été évoqué (lire nos articles). Marianne Maximi a exprimé son opposition à l’usage d’argent public pour accompagner un acteur privé de cette taille. Les autres candidats n’ont pas formulé de critique de principe lors de la soirée.
Des thèmes cadrés par le MEDEF et la CPME
La soirée reposait sur quatre priorités définies par les organisations patronales, en fonction de « remontées terrain ». Ce cadrage a orienté les échanges vers les conditions immédiates d’exercice de l’activité : sécurité, fiscalité, mobilité, foncier.
En revanche, l’entreprise comme acteur d’innovation, d’export, de transformation écologique ou de montée en compétence du territoire est restée en arrière-plan.
On comprend la difficulté de l’exercice – 5 intervenants et un temps limité- mais, de fait, d’autres dimensions structurantes ont été peu abordées : stratégie industrielle à long terme, attractivité des talents, innovation, transition écologique des entreprises, accès aux marchés publics, politique de filières…
C’est tout le difficile équilibre à trouver dans ces moments de campagne locale: sortir des postures partisanes nationales pour parler des enjeux locaux concrets (le mot qui pèse) mais sans se positionner non plus à un niveau de pur gestionnaire parce que ce sont aussi des moments importants pour exprimer des visions stratégiques d’avenir.
