Les débats organisés pour les municipales sont nombreux, Le Connecteur a pu participer à deux d’entre eux et vous propose un récap des échanges et propos entendus lors du grand oral organisé par Les Shifters et par ailleurs, de celui coorganisé par la CPME et le MEDEF.
Ces articles sont assistés par l’IA (audio + extraction des propos individuels) compte tenu de la richesse des propos.
Grand Oral Transition
C’est le lot des candidats aux municipales: nombreuses sont les organisations, professionnelles, sectorielles, thématiques … à les inviter à venir répondre à leurs questions. C’était le cas de ce grand oral organisé par Les Shifters.
Après avoir posé le cadre et les constats : dépendance à la voiture sur des trajets courts, précarité énergétique des logements, exposition aux îlots de chaleur, vulnérabilités économiques liées à la transition, les candidats étaient invités à s’exprimer sur leur vision des enjeux de transition pour la ville.
Les Shifteurs ?
Les Shifters est une association loi 1901, d’intérêt général, créée en 2014 pour apporter un soutien bénévole au laboratoire d’idées The Shift Project, dont l’action consiste à éclairer et influencer le débat sur la transition énergétique.
Initialement conçu comme une structure permettant d’accueillir toute personne souhaitant supporter le Shift Project dans son travail de recherche, de relais ou de soutien, nous sommes aujourd’hui un mouvement citoyen d’ampleur, dont l’ambition est de « faire shifter » la France.
À quoi ressemblera Clermont-Ferrand en 2050 ?
Invités par l’association des Shifters, les six candidats déclarés ou représentés aux municipales ont dû répondre à une même question : imaginer une ville « heureuse, vivable et porteuse de bien-être » à l’horizon 2050, avec une thématique obligatoire – la mobilité – et un cadre fortement orienté transition écologique.
Bien sûr, les candidats s’accordent sur l’ampleur des défis, mais le débat a mis au jour des conceptions très différentes du rôle de la puissance publique, de la technologie, de l’économie et de la justice sociale. Et heureusement peut-être ?
Le Connecteur vous en propose le résumé, en suivant, autant que faire se peut l’ordre des interventions, tiré au sort.
Faire connaissance avec les candidats : leur parcours et motivations
Antoine Dargois (Liste RN / UDR) :
Ingénieur retraité, il a fait sa carrière dans la chimie (Michelin, Péchiney) où il a notamment dirigé 2000 personnes aux États-Unis, puis dans une start-up clermontoise de « chimie verte ». Grand-père de 14 petits-enfants, il se présente pour remettre de l’ordre face à ce qu’il qualifie de désertification industrielle et commerciale, ainsi qu’aux problèmes de sécurité et de finances.
Diego Landivar (Liste LFI – Clermont Fière et Solidaire) :
Enseignant-chercheur, économiste et suppléant de Marianne Maximi. Né en Bolivie, il y a observé des effondrements écologiques concrets (manque d’eau, déforestation). Il milite pour une « bifurcation écologique et sociale » planifiée à l’échelle municipale.
Alexis Blondau (Union de la droite et du centre) :
Professeur de mathématiques de 32 ans, il représente Julien Bony. Il souligne que 60 % de leur liste est issue de la société civile. Il refuse le cumul des mandats (le maire ne doit pas présider la métropole) et axe son programme sur trois piliers : protéger, améliorer, construire.
Marie Savre (Liste Le camp des travailleurs / Lutte Ouvrière) :
Psychologue à l’hôpital Sainte-Marie et militante communiste. Elle affirme que seuls les travailleurs créent la richesse, et dénonce un système capitaliste irrationnel qui mène à l’effondrement économique et à la guerre (citant le retour du service militaire et la vente d’armes). Elle milite pour que les travailleurs contrôlent l’économie.
Yannick Cartailler (Liste citoyenne Le réveil clermontois) :
Issu du monde de l’entreprise (25 ans de carrière, dont 12 en Chine, dans les achats et le management), il rejette le système partisan. Il souhaite gérer la ville avec une vision stratégique et managériale issue de la société civile. (Note : C’est Quentin Magnaudet, spécialiste environnement de la liste, qui répondra aux questions suivantes).
Olivier Bianchi (Liste d’union de la gauche PS/PCF/EELV/Place Publique) :
Maire sortant, il se définit comme un « ingénieur de la décision » dont le rôle est d’animer un collectif politique diversifié pour accélérer la mutation environnementale initiée en 2020.
Clermont-Ferrand “heureuse” en 2050 : planifier la transition ou miser sur l’innovation
Les questions avaient été préparées dans le but de prendre de hauteur. Elles ont donc amené les candidats d’abord sur une vision à 2050, en choisissant parmi 5 propositions leurs thématiques clés, en incluant obligatoirement la mobilité. Le tout assorti d’une illustration de réalisation structurante.
Diego Landivar (LFI)
Diego Landivar considère que 2050 est un bon repère, très utilisé par les climatologues, et qu’il faut se préparer aux nombreuses perturbations à venir. Il souligne l’urgence fondamentale de combiner l’urgence sociale et l’urgence écologique. Sur le logement, il pointe l’urgence de rénover massivement le logement social, car c’est là que se trouve l’inefficacité énergétique et la précarité (les foyers modestes payant le prix fort des canicules et des factures en hiver). Sur la mobilité, il estime qu’une ville en 2050 doit proposer des transports en commun gratuits et massifs pour offrir une alternative efficace à la voiture. Sa priorité majeure, qu’il qualifie d’élément précurseur, est la création d’une « régie énergie-climat » publique. Cet établissement public serait le stratège planificateur de la transition sur le territoire. Il justifie cela par le manque actuel de planification des usages et de justice climatique, insistant sur le fait qu’en 2050, il faudra sécuriser les besoins essentiels (eau, énergie, chauffage, accès à la fraîcheur). Il critique l’absence de vision globale de la métropole, prenant pour exemple le nouveau site de Cataroux où l’on va reconstruire une nouvelle salle culturelle sous prétexte d’un manque de jauge, ce qui va consommer énormément de béton, de matériaux et d’énergie pour des usages non planifiés. (L’animatrice résume son intervention : rénovation énergétique, massification des transports publics et planification via une régie énergétique.
Alexis Blondeau (LR)
Il indique qu’en 2050, ses deux enfants auront son âge actuel, ce qui donne tout son sens à l’engagement politique. Sa thématique prioritaire est la « ville du bien-être », c’est-à-dire une ville où sa fille pourra traverser la place de Jaude après 20h en sécurité, où l’on respire un air de qualité, avec un accès facile aux soins (notamment via le développement de l’aide à domicile). Il souhaite une ville où l’on se déplace sans stress et sans peur de se faire agresser dans les transports. Concrètement, il propose une trame verte et bleue pour reconnecter la ville à la nature, lutter contre les îlots de chaleur, avec un plan ambitieux de plantation de 10 000 arbres, la végétalisation des toitures et l’ouverture/végétalisation des cours d’école (actuellement fermées l’été). Il veut redonner toute sa place au piéton avec un parcours continu, agréable et sécurisé (ex: rénovation de la place Delille). Sur la mobilité, le défi pour 2050 est de ne pas perdre la ligne A du tramway, qu’il faudra remplacer, tout en réussissant l’intermodalité (aide à l’achat de vélos électriques, parkings végétalisés, bornes de recharge, déplacement de la gare routière). Il insiste fortement sur le RER métropolitain pour utiliser les voies ferrées. Enfin, il souhaite un centre-ville attractif qui aide ses commerçants.
Marie Savre (Lutte Ouvrière)
Elle fait remarquer l’imprévisibilité de l’année 2050, prenant l’exemple de Kiev en 2021 où aucun projet d’élus n’aurait pu anticiper la guerre. Sa vision pour 2050 ne dépendra pas des élus, mais de la situation sociale et politique. En tant que communiste, elle souhaite qu’en 2050, la société soit « enfin débarrassée du profit » et produise pour les besoins et non pour les profits. Cela nécessite une révolution prolétarienne pour remettre la société sur ses pieds, contrôlée par ceux qui produisent les richesses. Elle dénonce l’anarchie capitaliste qui crée la crise climatique en produisant n’importe quoi (comme la destruction de pneus invendus). Concernant la mobilité, elle estime que ce sont aux entreprises de payer et d’organiser les transports de leurs salariés (comme cela se faisait il y a 30 ans avec des bus payés par l’entreprise ou l’État, comme à l’AIA), un système qui a disparu car jugé non rentable.
Yannick Cartailler puis Quentin Magnaudet (Le Réveil clermontois, liste citoyenne)
Il remplace Yannick Cartailler pour les questions écologiques. Il aborde la ville sous une logique d’écosystème soumis à des paramètres extérieurs et sociaux. Il met en garde contre les mesures comme les ZFE (Zones à Faibles Émissions) qui excluent socialement et géographiquement les ménages modestes qui ne peuvent pas accéder à ces zones. Il choisit comme thème prioritaire la « nature en ville », expliquant qu’il ne suffit pas de planter des arbres, mais qu’il faut s’appuyer sur l’évapotranspiration pour rafraîchir l’air. Il rejoint l’opposition sur le fait que la ligne A du tramway sera obsolète vers 2030 (il n’y a que 3 à 5 villes qui ont ce type de tramway sur pneus). Il souligne l’urgence de revoir le plan de circulation. Enfin, face aux récentes inondations, il propose de créer des « quartiers éponges » pour gérer l’eau pluviale.
Olivier Bianchi (Union de la gauche, maire sortant)
Il appelle à l’humilité, estimant qu’il va se passer énormément de choses au niveau international d’ici 2050, mais qu’il faut tout de même fixer des objectifs. Sur la mobilité, l’enjeu en 2050 sera d’avoir résolu l’accès en transports publics décarbonés pour les citoyens extérieurs à la métropole, afin d’apaiser la tension sociale actuelle. Il défend le retour du ferroviaire et le projet de RER, précisant que cela ne s’appelle pas « Inspire » mais que c’est un travail avec la Région et l’État. Sur le tramway A, il confirme qu’il faudra le remplacer et pose la question financière : un tram sur fer coûtera 500 millions d’euros, contre 250 millions pour un tram bus, et se demande comment financer cela en 2030-2035. Il identifie deux crises majeures d’ici 2050 : le logement -les bâtiments classés E en centre-ville et dans la métropole deviendront invendables et inlouables, nécessitant un plan de rénovation thermique public et privé- et l’eau. Il prédit qu’il faudra construire une usine qui recyclera directement l’eau sale pour la réutiliser dans l’agriculture, l’industrie et le refroidissement, car il pourrait y avoir pénurie d’eau.
Antoine Darbois (RN)
Il voit Clermont-Ferrand en 2050 comme la « capitale naturelle du Massif Central », une échelle pertinente pour gérer l’eau, le climat et les transports. Son thème numéro un est le dynamisme économique, pour corriger l’anomalie d’un Clermont-Ferrand dont le niveau de vie est inférieur à celui du département et du pays. Il faut créer de la richesse grâce à l’innovation, fruit de la coopération public-privé (citant l’exemple du bio-pôle ou de Michelin à Cataroux). Il propose de faire de Clermont un centre d’étude de la géothermie profonde, de développer l’hydroélectricité verte et de devenir une capitale de la production d’hydrogène vert. Il propose également de créer un technopole aéronautique à l’aéroport d’Aulnat pour développer l’avion électrique ou à hydrogène. En numéro deux, il place le bien-être et la sécurité, annonçant un plan d’action contre le narcotrafic
2032 : retour sur la fin du mandat
Alexis Blondeau (LR)
Sa plus grande fierté parmi ses 132 mesures serait l’instauration de petits-déjeuners équilibrés et locaux (circuit court) dans toutes les écoles maternelles et primaires de la ville, car un enfant sur six arrive en classe le ventre vide. C’est une mesure sociale, éducative (lutte contre le gaspillage, éducation au goût) et économique.
L’objectif qui prendra beaucoup de temps est le remplacement de la ligne A, qui nécessitera un mandat entier pour faire les bons choix techniques et financiers, sans dérive budgétaire comme sur le projet Inspire.
L’enjeu le plus difficile sera de rétablir les comptes de la métropole, actuellement dans une situation très préoccupante avec près de 800 millions d’euros de dette et une capacité de désendettement atteignant 25 ans. Il faudra maîtriser le fonctionnement, arrêter les investissements inutiles et sécuriser les recettes, car sans finances solides, on ne pourra financer ni la ligne A, ni la voirie, ni l’eau, ni la transition écologique.
Ses 3 indicateurs : le report modal, la qualité de l’air, et la sécurité dans les transports
Marie Savre (Lutte Ouvrière)
Elle fait le lien avec la sécurité de l’emploi, rappelant la fermeture d’un centre à Lempdes et la grève des cheminots contre la privatisation de la SNCF. Elle dénonce la rentabilité privée, prenant l’exemple de Michelin (3 milliards de profits) et Auchan (1 milliard) qui ferment des usines (comme à Cholet), forçant les gens à muter ou pointer au chômage.
En 2032, elle souhaite que les travailleurs reprennent le chemin de la bagarre pour mettre toutes les entreprises sous leur contrôle, lever le secret des affaires, et faire voter une loi interdisant aux entreprises rentables de licencier. Elle défend la « révocabilité des élus » (comme sous la Commune de Paris en 1871), arguant que la démocratie actuelle ne permet pas de voter pour son salaire ou ses conditions de vie.
Elle milite pour un revenu minimum de 2000 € net par mois. Elle prône l’expropriation et la collectivisation de l’économie pour en faire un grand service public.
Ses indicateurs seraient les travailleurs eux-mêmes, qui sont les mieux placés pour juger (par exemple pour savoir où se trouvent les logements vides).
Quentin Magnaudet (Le Réveil clermontois, liste citoyenne)
Il relie la sécurité au dérèglement climatique (gestion des eaux pluviales et inondations). Son accomplissement concret en 2032 serait l’aménagement urbain allant de la cité de Montferrand jusqu’au centre-ville, en redonnant la main aux citoyens.
L’objectif compliqué sera de diffuser ce plan (quartiers éponges, perméabilisation) à l’échelle de toute la métropole, car cela demande une articulation entre tous les maires.
Ses indicateurs : faire passer la surface arborée de la ville de Clermont (actuellement à 16 %, sous la moyenne nationale) à 25 % à court terme, puis 30 % (recommandation européenne). Son dernier indicateur serait le niveau de satisfaction des citoyens sur ces politiques d’adaptation climatique
Olivier Bianchi (Union de la gauche, maire sortant)
Il commence par ironiser sur la révocabilité des élus proposée par Marie Savre, rappelant que Robespierre a mal fini.
Pour ses indicateurs de 2032 (s’inscrivant dans le schéma de transition voté en 2018), il propose des éléments très simples : le nombre de logements privés réhabilités, la poursuite de la rénovation de l’éclairage public et des bâtiments (écoles, crèches), et le nombre de nouveaux équipements à énergie positive ou zéro émission
Il poursuit sur ses indicateurs de réussite en matière de sobriété et de mutation des mobilités. Son objectif chiffré est de faire baisser l’empreinte carbone de la ville de 1313 équivalent CO2 par habitant (en 2025) à 787 équivalent CO2 d’ici 2030. Un autre indicateur sera la baisse de l’autosolisme, rappelant que 70 % des habitants de la métropole font des trajets de moins de 4 km. Il insiste sur le fait qu’il faut offrir une alternative de transports publics dense pour que les gens abandonnent la voiture. Enfin, il revient sur la polémique de la dette pour corriger l’opposition : il affirme que le chiffre de 800 millions est faux, que la dette réelle est de 500 millions (avec 250 millions de garanties d’emprunt qui ne sont pas de la vraie dette). Il pose une question fondamentale : si l’on ne sort pas les investissements liés à la transition écologique du calcul de la capacité de désendettement, alors les élus (comme le monde agricole) ne pourront tout simplement pas payer cette transition
Antoine Darbois (RN)
Sa plus grande fierté en 2032 serait d’avoir tenu un engagement financier majeur : maintenir constantes les dépenses de fonctionnement de la ville pour libérer les capacités d’investissement nécessaires à la transition.
Il demanderait à être jugé sur le nombre de nouvelles entreprises et d’emplois créés dans les nouvelles technologies, ainsi que sur l’ouverture de trois nouvelles maisons de santé pour pallier le manque de soins. Sur la mobilité, il s’engage à résoudre les problèmes de circulation de manière participative.
Son objectif inachevé en 2032 sera le désendettement de la métropole, qu’il juge gravement surendettée (25 ans de capacité de désendettement).
Ses défis les plus risqués seront la lutte contre le narcotrafic (qui nécessite l’aide de l’État) et la relance de la construction de logements via des mécanismes d’investissement privé.
Diego Landivar (LFI) :
Il pointe les contradictions de ses adversaires, rappelant qu’ils ont privatisé et fermé des lignes ferroviaires par le passé pour réclamer aujourd’hui des investissements massifs dans le train ou le tramway. Il insiste sur la « planification » municipale, qui n’est pas un gros mot mais une nécessité sur le long terme, nécessitant non seulement du matériel mais aussi le recrutement d’agents publics. Il rejette la solution de l’hydrogène vue comme un « miracle ».
Son plus grand combat est de ne plus reproduire les erreurs du projet Cataroux : il est inconcevable que la métropole verse 6 millions d’euros de subventions à une multinationale (Michelin) déjà couverte de bénéfices, alors que cet argent devrait servir à rénover les écoles, lutter contre la précarité énergétique et financer les logements sociaux.
Ses indicateurs combineraient justice sociale et climatique, en garantissant l’accès aux besoins essentiels en 2050 : alimentation, eau potable et fraîcheur
Le dilemme Attractivité vs Soutenabilité
Marie Savre (Lutte Ouvrière)
Quentin Magnaudet (Le réveil clermontois) :
Olivier Bianchi :
Antoine Darbois :
Il se dit d’accord avec O. Bianchi, on ne peut raisonnablement opposer les deux. Pour trancher, il utilise deux boussoles : le « bien commun » et la « méthode scientifique » (citant l’ingénieur Jean-Marc Jancovici). Il propose que chaque décision d’investissement public soit soumise à un calcul strict d’empreinte carbone, comme cela se fait dans l’industrie chimique. Il critique vivement le projet Inspire, estimant qu’il a manqué « d’ingénierie » : selon lui, il est insensé de chasser les petites voitures du centre-ville tout en encourageant la venue de gros bus, et milite donc pour des « politiques ingénieurs ».
Diego Landivar :
Il ironise en qualifiant ses adversaires de « mini Emmanuel Macrons » qui pratiquent le « en même temps » en essayant de concilier le profit, l’attractivité et la soutenabilité. Il assume que la soutenabilité prime absolument, face au risque scientifique que 70 % de la surface terrestre devienne inhabitable. Sur l’aviation, il propose une méthode basée sur les « besoins essentiels » : il accepterait de subventionner des lignes aériennes pour des motifs justifiés (visiter sa famille au pays, enterrer ses aînés, ou les échanges étudiants), mais refuse de donner des millions pour des usages « superflus » simplement pour plaire à une compagnie.
L’argent public serait mieux investi dans le ferroviaire, en intégrant pleinement la science dans les politiques publiques
Alexis Blondeau :
Reprenant sa « casquette de prof de maths », il contredit fermement O. Bianchi sur la dette : en incluant le récent prêt de 110 millions d’euros, la dette atteindra près de 740 millions fin 2025, frôlant les 800 millions d’ici 2026, sans compter les garanties d’emprunt.
Sur le dilemme, il refuse d’isoler la ville. Il défend le maintien de la connectivité aérienne et ferroviaire (ligne vers Paris) pour préserver les sièges sociaux des entreprises du CAC40.
Il s’oppose à toute écologie « punitive » et refuse d’exclure les voitures du centre, qui sont indispensables pour les professionnels de santé, les artisans et les familles. Il prône la création de parkings périphériques végétalisés pour apaiser la ville sans l’engorger
Projets transpartisans : ce que chacun dit pouvoir soutenir
Enfin, comme un appel à dépasser les clivages pour le bien commun, la dernière question portait sur leur capacité à collaborer autour d’un projet figurant dans le programme d’un candidat concurrent.
Quentin Magnaudet (Le Réveil clermontois, liste citoyenne)
Il soutiendrait le projet d’éclairage public intelligent (qui s’allume au passage des habitants) porté par d’autres listes, mais y met une réserve stricte : il exige que la « biodiversité nocturne » soit prise en compte, dénonçant son oubli systématique dans les projets urbains actuels. Il soutient également la rénovation thermique des EHPAD proposée par O. Bianchi pour protéger les aînés.
Olivier Bianchi :
Habitué à gérer des coalitions (gauche unie), il est ouvert au travail collectif. Il cite deux exemples : il soutient l’idée d’une régie publique de l’énergie (proposée par LFI/Marianne Maximi), à condition qu’elle s’intègre dans un mix énergétique global. Il lance aussi une pique sur les gros cars en centre-ville, rappelant que la gare routière appartient à la Région et qu’il lui demande de prendre ses responsabilités depuis 15 ans.
Antoine Darbois :
Il se dit prêt à voter pour toute mesure allant dans le sens du « bien commun ». Il prend pour exemple le niveau national : le RN a voté pour la loi de G. Darmanin sur la lutte contre le narcotrafic, tout en lançant une pique à LFI, soulignant qu’ils ont été les seuls à voter contre.
Diego Landivar :
Il soutiendrait volontiers la gratuité des transports en commun, actuellement portée par les candidats communistes de la région. Il invite également l’audience à lire un ouvrage de l’Institut La Boétie sur le « communalisme » pour comprendre leur vision de la planification municipale, et remercie les Shifters
Alexis Blondeau :
Il soutiendrait la proposition de rénovation énergétique des écoles et des EHPAD d’Olivier Bianchi. Il y ajouterait toutefois la nécessité de sécuriser les abords et l’intérieur de ces écoles
Marie Savre (Lutte Ouvrière)
Elle conditionne sa collaboration à une condition : que les autres listes dénoncent la rentabilité et l’organisation capitaliste. Elle illustre son propos par un cas concret : l’usine Michelin de Cataroux qui reste éclairée toute la nuit pour faire travailler des ouvriers en horaires 3×8. Elle questionne l’utilité sociale de fabriquer des pneus la nuit et conclut que seules les idées émanant directement des travailleurs apporteront de vraies solutions climatiques et sociales.
À Clermont-Ferrand, le cadrage Shifters a obligé chacun à expliciter ses priorités : planification publique et besoins essentiels, transition progressive sous contrainte budgétaire et d’acceptabilité, innovation technologique orientée croissance, ou rupture sociale et économique. La mobilité, le logement et l’eau ressortent comme les trois nœuds structurants, avec une question transversale : qui paie, qui décide, et selon quels critères arbitre-t-on entre attractivité et soutenabilité ?
