Avec son architecture ouverte, ses espaces de coworking, sa salle de sport, son coliving hôtelier, ses restaurants et son jazz club, le PIC ne ressemble à rien de connu. Inauguré le 5 mai 2026, après quelques semaines de rodage, le Pôle d’Innovation Collaborative implanté sur le site de Cataroux, à Clermont-Ferrand, se présente comme la première grande vitrine opérationnelle du futur Michelin Innovation Park : un projet de transformation urbaine et économique beaucoup plus vaste imaginé autour des anciennes emprises industrielles de Michelin. (Lire l’article “Michelin Parc Cataroux : fabrique d’un nouveau marqueur territorial”). Derrière ce projet de 18 000 m² et 64 millions d’euros d’investissement, l’ambition est de faire émerger à Clermont-Ferrand un écosystème capable d’attirer entreprises, startups, chercheurs, étudiants et talents autour des enjeux d’innovation de demain.
Une vidéo pour découvrir quelques espaces et surtout les réactions de participants réalisée par Merlin PICARD, en service civique au Connecteur.
Un lieu hybride pensé comme une “ville dans la ville”
Le PIC propose 2400 postes de coworking, en nomade ou en bureaux privatifs et 97 studios totalement connectés à tous les services. Au niveau des services, on trouvera à chaque étatge de grands espaces lounge où boire un café et discuter, des salles de sieste, un espace bien-être au rez de chaussée avec salle de sport, Spa, Sauna, salle de massage et salon de coiffure …
Vous pourrez également accéder à une grande variété d’espaces événementiels: 71 salles de réunions en tout, de la toute simple à la super VIP avec terrasse privative et vue presque panoramique, et même une salle secrète, des auditoriums, une petite salle cosy de projection, une salle de spectacle -le jazz club, … Le foodcourt peut accueillir jusqu’à 500 personnes avec ses 7 restaurants et son bar central.
Trois mois après son ouverture, le site revendique déjà plus de 95 entreprises installées et près de 1 000 utilisateurs réguliers.
Pour Tristan Colombet, dirigeant de Turing 22 et exploitant du projet, le PIC doit dépasser l’image traditionnelle du coworking réservé aux indépendants ou aux startups.
“Une PME va trouver ici un levier de croissance. Une grande entreprise va trouver un avant-poste innovation.”
L’idée centrale du lieu – traduite par son nom le PIC signifiant « Pole d’Innovation Collaborative »- repose sur les interactions : provoquer des rencontres entre profils, entreprises et disciplines différentes pour faire émerger de nouveaux projets.
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Un projet collectif porté un collectif d’acteurs du territoire
Alors non, ce n’est pas un projet Michelin. C’est dit et répété, mais l’image a la peau dure. Le projet est en fait porté par une foncière réunissant Michelin, le Crédit Agricole Centre France (premier actionnaire), la Caisse d’Épargne Auvergne Limousin, la Banque des Territoires et la CCI Puy-de-Dôme Clermont Auvergne Métropole. Tous revendiquent un investissement pensé d’abord comme un outil de développement territorial plus que comme une opération immobilière classique.
“L’objectif, c’est créer de l’économie sur notre territoire, créer de l’attractivité”, a résumé Frédéric Baraut, directeur général du Crédit Agricole Centre France, lors de l’inauguration.
Pour Tristan Colombet, le modèle économique repose aussi sur une logique d’accessibilité, alignée sur les pratiques locales. Les tarifs s’échelonnent selon une logique très progressive, à partir de 170€Ht pour un accès nomade mensuel, jusqu’à des tarifs non communiqués pour des espaces sur mesure.
Une pièce visible du Michelin Innovation Park
Le PIC – pourtant déjà énorme – n’est en réalité qu’une partie d’un projet beaucoup plus vaste : le Michelin Innovation Park Cataroux. (Lire l’article “Projet Parc Cataroux : top départ collectif”). Sur près de 40 hectares, Michelin transforme progressivement l’ancien site industriel en un véritable écosystème. Le groupe revendique une continuité avec l’histoire du site de Cataroux, longtemps présenté comme un laboratoire industriel et social.
“Le radial est né ici”, a rappelé Florent Menegaux lors de l’inauguration, évoquant aussi les anciennes innovations sociales développées autour des cités Michelin. Dès le début du XXe siècle, Michelin ne construit pas seulement des usines autour de Cataroux. Le groupe développe aussi tout un modèle urbain et social destiné à accompagner l’industrialisation clermontoise : logements ouvriers, écoles, équipements sportifs, accès à l’eau courante, jardins familiaux ou encore services de santé. À l’époque, ces dispositifs apparaissent comme des formes d’innovation sociale relativement inédites dans le paysage industriel français. Cette mémoire reste très présente dans le projet actuel du Michelin Innovation Park. Les dirigeants du groupe parlent d’ailleurs moins d’une rupture que d’une transformation : faire de Cataroux non plus uniquement un lieu de production industrielle, mais un espace capable de produire de nouvelles formes de coopération, de travail et d’innovation territoriale.
Le Michelin Innovation Park s’articule autour de quatre grands pôles dont 3 sont déjà opérationnels. Le PIC bien sûr, dernier né mais également la Manufacture des Talents dédiée à la formation, le Centre des matériaux durables et d’ici 3 ans, un futur pôle culturel et événementiel autour du Quartier des Pistes (lire la série d’articles dont “Innovation écologique : le Quartier des Pistes devient un démonstrateur du futur”). On peut également ajouter Hall 32, installé depuis plus longtemps mais très cohérent dans cet environnement.
Faire de Cataroux un nouveau morceau de ville
Le projet dépasse largement les seuls enjeux économiques. Les partenaires parlent d’un “nouveau quartier” capable de reconnecter Clermont et Montferrand, sur un site historiquement structurant pour la ville. L’architecture du PIC a d’ailleurs été pensée comme une “ville dans la ville” : un lieu où l’on peut travailler, dormir, se restaurer, assister à des événements et rencontrer d’autres acteurs du territoire. (Lire l’article “Cataroux / Quartier des Pistes : la ville se transforme”)
Cette logique de mixité des usages se retrouve aussi dans les projets autour du Quartier des Pistes, où les partenaires veulent développer de nouveaux formats mêlant tourisme, restauration, culture et innovation. Pour plus de détail lire “Faire quartier autour d’une table” et “Tourisme croisé : le nouveau modèle du Quartier des Pistes”
Une ambition nationale… malgré les limites du territoire
Tous les partenaires affichent désormais une ambition nationale, voire internationale. Le PIC veut attirer des startups industrielles qui bénéficieraient du CMD par exemple, des PME innovantes et des équipes de grands groupes venues chercher l’émulation et le mixage des profils, des acteurs de la transition écologique pour impulser et accompagner les transformations, des chercheurs, des étudiants… Plusieurs intervenants ont aussi souligné les fragilités structurelles du territoire, notamment les questions de mobilité ferroviaire et de connexions internationales qui peuvent constituer un frein.
“C’est un lieu de classe internationale”, a insisté Florent Menegaux, rappelant cependant la nécessité d’améliorer les liaisons ferroviaires pour soutenir cette ambition.
5 ans pour devenir réel
L’idée du PIC prend forme en 2021, lorsque Michelin, sous la houlette de Pascal Couasnon, décide de donner une impulsion collective à ses réflexions sur l’avenir du site de Cataroux. En janvier 2021, une quarantaine d’acteurs de l’innovation locale participent à un « creativ event » destiné à imaginer un “lieu totem” capable de rendre plus visible l’écosystème clermontois. 12 scenarii du plus fou ou plus solide en sortent. S’ensuivent la rencontre entre Pascal Couasnon et Tristan Colombet de Turing 22, futur exploitant du lieu et la mise en place d’un « Comité d’Impulsion » composé d’une quinzaine d’acteurs de l’écosystème d’innovation issus de secteurs variés qui se réuniront durant 2 ans pour affiner, creuser, compléter, challenger le concept.
Cinq ans plus tard, le PIC ouvre ses portes avec une ambition assumée : devenir un démonstrateur de nouvelles façons de travailler, d’innover et de fabriquer du collectif à l’échelle d’un territoire.
