En septembre 2024, BioUpp était lauréate du concours national d’innovation i-Lab. La startup clermontoise, issue de plus de six années de recherche à l’Institut Pascal, travaillait alors à transformer une technologie éprouvée en laboratoire en solution industrielle. Deux ans plus tard, le projet a changé d’échelle : BioUpp annonce avoir réuni près de 4 millions d’euros de financements pour engager l’industrialisation de sa technologie de biométhanation.
Transformer les surplus d’électricité en gaz stockable
Le développement de l’éolien et du solaire augmente la part d’une production électrique intermittente : elle ne correspond pas toujours au moment où l’énergie est consommée. L’enjeu consiste donc notamment à pouvoir valoriser les surplus produits. La technologie développée par BioUpp propose de les convertir sous une autre forme. La biométhanation. Elle utilise de l’hydrogène produit à partir d’électricité renouvelable et du CO₂, notamment celui rejeté par les unités de méthanisation, pour produire du biométhane. Ce gaz peut ensuite être stocké et injecté dans les infrastructures gazières existantes. (*)
En 2024, la technologie avait été testée à l’échelle pré-pilote au sein de l’Institut Pascal. BioUpp venait d’obtenir 375 000 euros dans le cadre du concours i-Lab et annonçait alors comme prochaine étape la mise en place d’un pilote pré-industriel.
Du laboratoire aux conditions industrielles
Ce changement d’échelle s’est depuis concrétisé. En avril 2026, le pilote de BioUpp a quitté le laboratoire pour rejoindre la plateforme industrielle de BIO-VALO.
Créée il y a plus de dix ans autour de Pierre Fontanille, le co fondateur de BioUpp, la structure est à la fois un bureau d’études spécialisé dans la méthanisation et une plateforme permettant de tester des procédés à différentes échelles, du laboratoire jusqu’aux conditions industrielles.
La technologie de BioUpp est elle-même issue de six années de recherche collaborative entre BIO-VALO et l’Institut Pascal. Cette proximité permet aujourd’hui à la startup de franchir une étape délicate pour les innovations issues de la recherche : sortir du laboratoire sans passer directement à une installation commerciale grandeur nature.
BIO-VALO dispose pour cela de plusieurs niveaux d’expérimentation : des réacteurs de laboratoire, des pilotes et un accès à une unité de méthanisation industrielle. C’est sur cette plateforme que le pilote BioUpp fonctionne depuis avril 2026. Les essais doivent permettre de confronter la technologie aux contraintes du terrain, d’améliorer ses performances et de préparer le dimensionnement des futures unités commerciales.
Selon BioUpp, cette phase a déjà permis de doubler les rendements de production de gaz et a conduit au dépôt d’un nouveau brevet.
L’enjeu est désormais d’observer le comportement du procédé dans des conditions proches de celles de futurs sites industriels.
C’est une étape importante dans le parcours d’une deeptech. Entre une technologie validée en laboratoire et un équipement pouvant être vendu et déployé chez des industriels, il reste à résoudre des questions d’ingénierie, de dimensionnement, de fiabilité, de coûts et d’intégration aux installations existantes.
C’est cette phase que doit financer le nouveau tour de table.
Près de 4 millions d’euros pour industrialiser la technologie
BioUpp annonce avoir bouclé près de 4 millions d’euros de financements : 2,4 millions d’euros levés auprès d’investisseurs et près de 1,6 million d’euros de financements non dilutifs.
Le tour de table associe plusieurs profils. UI Investissement et CACF Capital Innovation interviennent sur le volet capital-investissement. Le groupe d’ingénierie Ingérop entre également au capital via Ingérop Conseil et Ingénierie, avec un intérêt particulier pour la phase d’industrialisation. Le groupe Etellin apporte son expérience dans les énergies renouvelables, tandis que la plateforme Lita ouvre une partie du financement à l’investissement citoyen. L’opération est complétée par des obligations convertibles French Tech Seed de Bpifrance.
Cette composition du tour de table raconte aussi le changement de nature du projet. Après la recherche scientifique et la preuve technologique, BioUpp doit désormais faire travailler ensemble financement, ingénierie et connaissance du marché de l’énergie.
La startup compte aujourd’hui six collaborateurs dont les 4 co fondateurs, Pierre Fontanille, Nadia Belkleir Auclair, Jean Sébastien Guez et Christophe Vial.
BioMéthapole, un premier terrain pour préparer le déploiement
En parallèle de cette levée, BioUpp avance sur un cas d’usage concret. Lauréate d’un appel à projets « Innover pour valoriser la biomasse et améliorer la performance économique des méthaniseurs » lancé par GRDF qui vise à soutenir des solutions technologiques capables d’accroître la production de biométhane et à aider GRDF à atteindre son objectif de 20 % de gaz renouvelable dans ses réseaux d’ici 2030. La startup travaille avec GRDF et Agrametha autour du projet BioMéthapole.
Agrametha exploite une unité de méthanisation sur l’Écopôle de Marmagne, dans le Cher, où sont également installés des panneaux photovoltaïques et des éoliennes. L’étude doit évaluer l’intégration d’une unité de méthanation biologique BioUpp et d’un électrolyseur afin d’utiliser à la fois le surplus d’électricité solaire et le CO₂ biogénique produit par la méthanisation pour fabriquer davantage de biométhane.
Pour BioUpp, il s’agit de connecter plusieurs briques déjà présentes sur certains territoires : production d’électricité renouvelable, méthanisation, CO₂ et réseau gazier.
Une startup issue de la recherche
BioUpp a été créée en octobre 2024 par Nadia Belkreir, Pierre Fontanille, Christophe Vial et Jean-Sébastien Guez, après plus de six années de travaux menés à l’Institut Pascal de l’Université Clermont Auvergne. Depuis, après I Lab, l’entreprise a également été lauréate en 2025 du programme européen Women TechEU, destiné aux startups deeptech dirigées par des femmes.
Le parcours de BioUpp illustre celui de l’innovation Deeptech. Après la recherche puis la preuve de concept, arrive le « mur » de l’industrialisation. En 2024, l’enjeu était de savoir si la technologie née dans un laboratoire clermontois pouvait en sortir. En 2026, c’est fait et cela ouvre désormais la voie à la question d’après: à quelles conditions cette technologie peut-elle être produite, installée et exploitée à une échelle suffisante pour trouver sa place dans le système énergétique ?
A suivre donc !
(*) Les propos les plus techniques sont issus d’un communiqué.
Parcours
Nadia Belkreir Auclair, une expérience déjà éprouvée du passage de la recherche à l’industrie
Scientifique de formation, spécialisée dans les matériaux polymères, Nadia Belkreir Auclair a construit une grande partie de son parcours à l’interface entre recherche, innovation et industrie. Après un passage dans l’automobile chez Valeo, elle rejoint Limagrain, où elle travaille sur les bioplastiques, avant de prendre la direction de Carbiolice, startup auvergnate spécialisée dans les solutions enzymatiques appliquées à la biodégradation des plastiques.
Cofondatrice et présidente de BioUpp, elle porte aujourd’hui la structuration et le développement de l’entreprise, aux côtés de Pierre Fontanille sur le volet scientifique et technologique.
Pierre Fontanille, à l’interface entre recherche et industrialisation
Pierre Fontanille est enseignant-chercheur à l’Institut Pascal, cofondateur de BioUpp et président de BIO-VALO. Il accompagne donc le projet sur toute la chaîne qui mène de la recherche académique à l’expérimentation industrielle. En 2024, il expliquait déjà que le concours i-Lab avait contribué à structurer le projet et à renforcer ses liens avec l’écosystème de l’Université Clermont Auvergne. Aujourd’hui, c’est notamment sur la plateforme BIO-VALO que le pilote de BioUpp est testé en conditions industrielles, avec l’objectif de préparer les premières unités de biométhanation commercialisables.
