Le cluster régional de la robotique Coboteam a rejoint CIMES cet été. Avec 35 nouveaux adhérents, principalement fabricants et intégrateurs de solutions robotiques, le pôle de compétitivité ajoute une brique qui lui manquait encore : l’accompagnement concret des projets de robotisation industrielle. Entretien avec Jean Christophe Baudez, directeur de CIMES (lire aussi notre interview).
Des pôles qui cherchent à élargir leurs écosystèmes
Créés au milieu des années 2000, les pôles de compétitivité ont eux-mêmes beaucoup évolué. Initialement très attachés à un territoire et à une spécialisation, ils sont progressivement devenus des structures de mise en réseau plus larges, chargées d’accompagner leurs adhérents depuis la R&D jusqu’à l’industrialisation, mais aussi vers les financements et les marchés européens.
La phase V de la politique nationale des pôles de compétitivité, qui court de 2023 à 2026, pousse particulièrement cette logique. L’État et les Régions ont notamment fixé comme objectif de faire émerger des « écosystèmes plus forts, mieux interconnectés », y compris par des rapprochements, et de mieux accompagner les PME dans leurs projets d’innovation et d’industrialisation. Cette évolution s’inscrit dans les priorités de France 2030 autour de la réindustrialisation, des transitions numérique et écologique et de la souveraineté économique.
CIMES s’inscrit pleinement dans cette évolution. Le pôle, dédié aux systèmes de production manufacturiers, se définit aujourd’hui lui-même comme un « pôle d’interface » : son rôle est de connecter technologies, procédés et besoins industriels pour faire émerger des solutions de production. Pour sa phase V, il affiche trois priorités : transition verte, industrialisation et Europe.
Nouveau maillon de la chaîne
L’intégration de Coboteam permet à CIMES d’ajouter la robotique à un écosystème qui réunissait déjà des compétences sur les procédés industriels et les solutions numériques.
Il aura fallu près de deux ans pour finaliser l’opération. Le cluster, jusque-là rattaché à Thésame (centre d’expertise français dédié à l’innovation, à la mécatronique et au numérique), apporte avec lui 35 adhérents et son salarié, ainsi qu’un réseau historiquement très implanté entre Lyon et Grenoble. L’action du pôle se démarque en couvrant la chaine des « offreurs de solutions robotiques », en écho à la communauté des offreurs de solution, c’est-à-dire en apportant un soutien aux développements de la robotique (conception et intégration).
CIMES est historiquement un pôle de compétitivité dédié à l’industrie manufacturière. Il fédère entreprises, laboratoires et acteurs de l’innovation autour des enjeux de performance industrielle, de transformation des procédés et d’intégration de nouvelles technologies. Jusqu’ici, le pôle réunissait déjà des entreprises capables d’accompagner la transformation numérique des industriels, notamment autour de la donnée et du pilotage des procédés. Mais pas véritablement de roboticiens. Avec Coboteam, CIMES rassemble désormais davantage d’acteurs allant de la conception et de l’intégration des équipements jusqu’à leurs utilisateurs industriels.
Un robot ne s’achète pas sur catalogue
« Une entreprise qui veut se robotiser cherche un fournisseur de robot. Mais comment elle l’intègre ? On n’avait pas cette compétence », résume Jean-Christophe Baudez. L’intégration de Coboteam doit permettre au pôle de disposer d’une chaîne de compétences allant du concepteur et de l’intégrateur jusqu’à l’entreprise utilisatrice.
Car contrairement à d’autres équipements, la robotisation ne relève pas simplement d’un achat sur catalogue. Elle suppose de partir du besoin de l’entreprise et de son organisation industrielle avant de choisir la technologie. Quel équipement choisir ? Pour automatiser quelle opération ? Comment l’intégrer dans une ligne de production existante ? Quelles compétences faudra-t-il ensuite conserver ou développer en interne ?
Un enjeu particulièrement important pour les PME, qui constituent une part importante du tissu industriel français et ne disposent pas toujours, en interne, des ressources permettant de piloter ce type de projet.
C’est sur cette interface que CIMES veut renforcer son accompagnement.
Faire dialoguer ceux qui fabriquent les solutions et ceux qui en ont besoin
C’est aussi l’un des intérêts du rapprochement entre CIMES et Coboteam : mettre autour de la même table les entreprises qui conçoivent les solutions et celles qui devront demain les utiliser.
Coboteam rassemble historiquement des fabricants et intégrateurs d’équipements robotisés, avec une implantation particulièrement forte entre Lyon et Grenoble. Avec son intégration à CIMES, 35 adhérents ont rejoint l’écosystème du pôle. Pour Jean-Christophe Baudez, cette proximité doit également permettre aux offreurs de solutions de mieux comprendre les contraintes des PME manufacturières et de développer des réponses adaptées à leurs besoins réels.
La logique est proche de celle déjà mise en œuvre avec les entreprises proposant des solutions numériques : faire circuler les besoins industriels d’un côté et les compétences technologiques de l’autre.
La robotisation revient au centre du jeu industriel
Derrière ce rapprochement se joue aussi un enjeu plus large de compétitivité industrielle. Avec le vieillissement de la population active, les difficultés de recrutement dans certains métiers et la pression croissante sur la productivité, la robotisation n’est plus seulement envisagée comme un moyen de réduire des coûts. Elle devient aussi une façon de maintenir des capacités de production lorsque la main-d’œuvre manque, d’automatiser certaines tâches répétitives ou pénibles et de permettre aux salariés de se concentrer sur des opérations à plus forte valeur ajoutée. (Lire aussi Industrie: le manque de bras pourrait accélérer la robotisation)
Jean-Christophe Baudez insiste sur ce changement de perspective : là où la robotisation reste encore souvent associée en France à la crainte de la substitution des salariés par les machines, elle pourrait au contraire devenir un outil pour accompagner un renouvellement démographique insuffisant et maintenir la compétitivité des entreprises industrielles.
L’enjeu est aussi stratégique. Si les entreprises françaises doivent davantage se robotiser dans les prochaines années, la question est de savoir avec quelles technologies, quels intégrateurs et quelles compétences. Pour CIMES, maintenir une offre régionale et nationale capable de répondre aux besoins des industriels participe également d’un enjeu de souveraineté.
Pour les PME, un sujet d’investissement mais aussi de compétences
Reste que passer de la nécessité à la mise en œuvre est loin d’être automatique.
La question se pose avec une acuité particulière dans les PME. Contrairement aux grands groupes, elles ne disposent pas toujours d’équipes dédiées à l’automatisation ou à l’ingénierie industrielle.
Investir dans un robot signifie donc financer l’équipement, mais aussi être capable de définir le besoin, de conduire le projet et de faire monter les équipes en compétences.
« Une entreprise de 50 salariés, est-ce qu’elle veut investir dans un robot ou pas ? Mais pourquoi et quelles compétences elle va devoir mettre en face ? », interroge Jean-Christophe Baudez.
Le rapprochement entre CIMES et Coboteam doit permettre de rapprocher une offre technologique de PME qui n’ont pas toujours les moyens ou les compétences pour aller la chercher seules.
