Le Upheros de rentrée était dédié aux « nouveaux médias », organisé par Le Connecteur, en partenariat avec Le Damier, le Club de la Presse Auvergne et Auvergne Ambition. 

Un choix de thématique issu d’une part du constat d’une dynamique de création de nouveaux médias et d’autre part, d’un questionnement profond de l’univers des médias « classiques » quant à la relation en pleine mutation avec  les ‘créateurs de contenu’.

Les 6 pitcheurs invités représentent différents modèles, une discussion-débat s’en est suivie pour alimenter la bonne compréhension des enjeux.

Les 6 pitcheurs

Cédric Motte – Le temps des robustes

Raphaël Poughon – Imagine Papillon

Nadine Mathieu – Mocko

Opaline Martraix – Graines de science

Denis Chervaux – Vichy Radio

Sonia Reyne – Mag’Eruptif

Les termes du débat

Au FIL – Festival de l’Info Locale à Nantes, constat était fait d’une sorte de convergence croissante entre média et créateurs de contenus. Une étude menée par Ouest Media Lab montre que les rédactions voient plutôt des collaborations possibles et une opportunité d’atteindre de nouveaux publics. De leur côté, les créateurs perçoivent souvent les médias traditionnels comme des sources de crédibilité quant aux journalistes, ils intègrent de plus en plus leurs codes narratifs pour dynamiser leur information.

Néanmoins, ils se questionnent aussi sur la définition des genres et la différentiation nécessaire. Leurs rôles et postures sont de nature différente: l’un informe selon des méthodes professionnelles rigoureuses (vérification des faits, recoupement des sources) et une charte déontologique stricte, l’autre produit des récits, vulgarise, décrypte ou raconte des histoires sur des sujets ciblés ou des niches spécifiques (sciences, météo, histoire, etc.) avec une incarnation forte et un ton direct adressé à leur communauté.

Quand c’est flou …

Pour les publics, les plus jeunes mais pas seulement, la frontière perçue entre les deux univers est de plus en plus floue.  Or, ils n’ont pas du tout la même déontologie. En journalisme, la déontologie exige une séparation stricte entre le contenu éditorial et la publicité alors que de nombreux créateurs vivent de partenariats directs avec des marques.

Entre journalisme, production de contenu et communication, la véritable ligne de partage réside finalement dans la démarche et le destinataire de l’information. Le communicant ou le producteur de contenu émet un message au bénéfice de son commanditaire ou de ses financeurs, sans rechercher le contradictoire. Le journaliste produit lui une information élaborée exclusivement pour ses lecteurs qui se caractérise par un processus méthodique et collectif. La confrontation des points de vue garantit l’objectivité et l’indépendance vis-à-vis des attentes des sources. Un média peut tout à fait avoir une ligne éditoriale qui va orienter sa hiérarchie des sujets traités par exemple mais qui ne modifie en rien l’engagement de méthodo envers le public.

Distinguer et qualifier

Ce modèle hybride empêche l’accès des créateurs au statut officiel de journaliste, même quand ils produisent un travail d’information ou de vulgarisation de haute qualité. C’est flou et le loup est qu’il n’y a pas de distinguo entre influenceurs dubaïotes et vulgarisateurs scientifiques adoptant une démarche journalistique.

Le syndicat UMICC engage d’ailleurs des démarches pour formaliser une charte éthique et déontologique propre aux créateurs de contenu d’information. Pour ce qui concerne les journalistes, le cadre légal du statut en France est encadré par des organismes tels que la  CCIJP, la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels. L’attribution de la carte de presse est régie par un critère financier objectif: percevoir plus de 50 % de ses revenus annuels d’une entreprise de presse reconnue. Reconnaissance elle-même attribuée par une autre commission, la  Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP). Vous êtes journaliste si vous travaillez pour un média reconnu comme tel,  ce qui prévient toute évaluation politique ou qualitative arbitraire du travail réalisé.

Ce cadre juridique comporte  quand même plusieurs limites : des rigidités administratives importantes notamment pour les médias indépendants, une fragilisation des indépendants ou pigistes et finalement pas de « contrôle qualité » sur le mode de production de l’information.

Mais ça c’est un sujet touchy ! Lire « Coulisses » à ce sujet.