Fidèle à lui-même, Le Connecteur aime bien donner la parole aux jeunes projets. Petit passage au Squarelab pour une nouvelle série sur les projets en incubation, on commence avec Théo Véziand qui développe YCLI.
Peux-tu nous présenter Ycli et nous expliquer comment fonctionne cette technologie ?
Ycli, ça veut dire « You Can’t Lose It ». C’est une technologie que j’ai imaginée pour sécuriser les montres, en particulier dans le secteur du luxe. Aujourd’hui, les vols de montres sont de plus en plus fréquents et les agressions de plus en plus violentes. Pourtant, il n’existe pas vraiment de solution de sécurité intégrée.
L’idée, c’est d’associer un système d’alarme à la géolocalisation. Imagine que quelqu’un te déclipse ta montre dans la rue. Un détecteur de mouvement identifie le geste et déclenche une alarme, un peu comme une alarme de maison. Et si le voleur réussit quand même à partir, tu peux localiser ta montre grâce au GPS.
Tout est relié à une application mobile qui permet de déclencher l’alarme, de gérer son volume et de suivre les déplacements de la montre. Ça fonctionne aussi en cas de perte : si tu sais que ta montre est dans un bâtiment, tu peux la faire sonner pour la retrouver.
La particularité, c’est que toute cette technologie est intégrée à l’intérieur du boîtier. Elle est donc invisible et ne peut pas être retirée facilement.
Tu portes une innovation technologique, mais tu n’as pas de formation technique. Comment as-tu développé cette solution ?
J’ai fait un master en marketing digital et communication. Donc je n’avais pas les compétences pour développer une technologie comme celle-là de zéro. Je me suis formé et j’ai identifié plusieurs composants qui existaient déjà : GPS, Bluetooth, batterie, accéléromètre… Mon idée a été de les assembler sur un circuit imprimé flexible, suffisamment petit pour entrer dans une montre. Aujourd’hui, la solution imaginée fait 2,1 millimètres d’épaisseur.
Mais il reste deux gros défis : la miniaturisation et la transmission des ondes à travers le métal, notamment le titane utilisé dans certaines montres de luxe. Les premiers tests sont encourageants, mais il faut encore valider le fonctionnement dans les conditions réelles.
C’est l’objectif de l’étude de faisabilité menée avec French POC, qui permettra ensuite à Axandus de réaliser le prototype. Les deux sont à Lyon.
Tu as déjà suscité l’intérêt d’Audemars Piguet, l’une des grandes maisons horlogères mondiales. Comment s’est faite cette rencontre ?
Au mois d’avril, la CCI m’a permis d’être invité à Watches and Wonders, le grand salon de l’horlogerie de luxe à Genève. J’y ai rencontré plusieurs marques, dont Audemars Piguet. C’est une maison que j’admire depuis longtemps, parce qu’elle a une vraie identité. Quand tu vois une de leurs montres, tu la reconnais immédiatement.
On a discuté cinq ou dix minutes. Ils m’ont dit qu’ils allaient me recontacter. Franchement, je n’y croyais pas vraiment et trois jours plus tard, je recevais un mail pour organiser une visioconférence. Depuis, ils suivent le projet. Ils m’ont transmis une lettre d’intérêt et attendent maintenant les résultats de l’étude de faisabilité et le prototype pour envisager un engagement plus concret.
Ce qui leur a beaucoup plu, c’est ma volonté de rassurer leurs clients. Imagine que tu économises toute ta vie pour t’offrir une montre à plusieurs dizaines de milliers d’euros et qu’on te la vole dans la rue. C’est justement ce que je veux éviter.
Tu as terminé tes études il y a quatre ans. Quel a été ton parcours avant Yikli ?
J’ai d’abord essayé de monter un premier projet entrepreneurial, mais ça n’a pas marché. Ensuite, j’ai travaillé comme chargé de communication. Mais j’ai toujours voulu créer mon entreprise. Alors j’ai fini par quitter mon poste pour me consacrer pleinement à un nouveau projet.
Ça fait maintenant un an que je travaille sur Yikli. Et quand je vois le chemin parcouru, je suis quand même très content ! En un an, j’ai réussi à intéresser une grande marque, à trouver des partenaires techniques et à identifier des financements.
Pourquoi ton premier projet n’a-t-il pas fonctionné ? Et qu’en as-tu retenu ?
J’ai fait confiance à une entreprise avec laquelle je voulais nouer un partenariat. Ils ont essayé de me prendre mon idée. À l’époque, je sortais de mon master, je découvrais l’entrepreneuriat et je n’avais pas suffisamment de maturité.
Ça m’a appris à ne plus faire confiance les yeux fermés et à mieux protéger mes projets. C’est aussi pour ça qu’aujourd’hui, je préfère avancer seul dans un premier temps. Si les choses fonctionnent, c’est que j’ai bien travaillé. Et si elles ne fonctionnent pas, c’est à moi de comprendre pourquoi et de corriger ce qui ne va pas.
Finalement, cette première expérience a été un mal pour un bien. Elle m’a permis de revenir avec un projet plus mûr et mieux réfléchi.
Comment t’es-tu entouré pour développer Yikli ?
J’ai rencontré Axandus au SquareLab (lire aussi notre interview de Fabrice Cailloux, son directeur). Ils s’intéressaient à plusieurs projets et on a commencé à échanger. Ce sont eux qui m’ont mis en relation avec French POC pour l’étude de faisabilité et le prototype. Axandus pourrait ensuite m’accompagner dans l’industrialisation. La communication est rapide, ils sont à l’écoute et prennent bien en compte les besoins du projet.
Localement, j’ai surtout mobilisé la CCI et SquareLab. Je suis aussi en train de créer mon entreprise pour pouvoir bénéficier d’une aide de la Région Auvergne-Rhône-Alpes destinée à financer l’étude de faisabilité.
Justement, comment vis-tu cette phase de recherche de financements ?
C’est ce qui me faisait le plus peur au départ ! J’avais peur qu’on me dise que mon projet n’était pas suffisamment innovant pour obtenir des financements.
Heureusement, ma conseillère à la CCI m’a beaucoup aidé à identifier les dispositifs adaptés.
Aujourd’hui, ce qui est le plus difficile, c’est l’attente du prototype. Il faut d’abord financer l’étude de faisabilité, qui doit démontrer que la technologie peut fonctionner. Puis il faudra trouver d’autres financements, plus importants, pour fabriquer le prototype.
On parle de plusieurs dizaines de milliers d’euros. Je vais notamment me tourner vers les banques et Bpifrance.
C’est stressant, parce que ça prend du temps, mais ça avance.
En tant que jeune entrepreneur, qu’est-ce qui te donne le plus de plaisir ?
Le fait que cette idée vienne vraiment de moi !
Je m’en souviens très bien. Un après-midi, je faisais une carte mentale pour essayer de trouver une idée qui pourrait aider les gens. Au bout d’un moment, j’ai baissé la tête, regardé ma montre pour voir l’heure et je me suis dit : « Tiens, il y a peut-être quelque chose à faire dans l’horlogerie ! »
J’ai commencé une étude de marché, j’ai découvert qu’il n’existait pas vraiment de solution de ce type et j’ai pris rendez-vous avec ma conseillère de la CCI.
Et voilà où j’en suis aujourd’hui !
Quand je vois qu’une idée d’un petit jeune de Clermont-Ferrand de 31 ans peut intéresser une marque comme Audemars Piguet, je me dis que ce n’est quand même pas rien !
Si tu pouvais donner un conseil à celui que tu étais il y a quatre ans, quel serait-il ?
De ne pas foncer tête baissée, d’être vigilant, de faire attention aux personnes avec qui j’échange et de ne pas crier mon projet sur tous les toits.
Une bonne idée peut être reprise très rapidement, surtout quand elle est innovante. Et la protéger coûte cher.
Avec Yikli, j’ai attendu d’avoir signé des accords de confidentialité avec mes partenaires avant de communiquer plus largement.
Tu es accompagné par le SquareLab. Qu’est-ce que ce programme d’incubation t’apporte ?
Énormément ! Je pensais déjà savoir pas mal de choses, mais je me rends compte que j’ai encore beaucoup à apprendre. Ce que j’aime aussi, ce sont les rencontres. Il y a des entrepreneurs avec des projets incroyables, auxquels je n’aurais jamais pensé. On échange, on se conseille, on donne un regard extérieur sur les projets des autres.
On a fait un exercice de pitch récemment et c’était génial. Chacun donnait des conseils aux autres, sans aucune malveillance.
L’équipe de SquareLab est aussi très présente. Ils sont patients, ils nous accompagnent et rendent les choses accessibles.
Franchement, quand je viens ici le matin, je suis content parce que je sais que je vais apprendre quelque chose.
C’est pour ça que je conseille vraiment aux jeunes entrepreneurs de se faire accompagner. Quand on entreprend, on peut vite se sentir seul. Avoir des personnes sur qui compter, ça rassure énormément.
