Fidèle à lui-même, Le Connecteur aime bien donner la parole aux jeunes projets. Petit passage au Squarelab pour une nouvelle série sur les projets en incubation, après Théo Veziand -Ycli et les luminaires de Floriane Bayle, on continue avec Samuel Minkoa qui porte O.V.R.
Après quatre années passées au Canada, Samuel Minkoa a choisi de s’installer en Auvergne pour développer On Vous Ramène (OVR), un service de chauffeurs qui raccompagnent les personnes à leur domicile dans leur propre véhicule. Accompagné par SquareLab, il prépare une première expérimentation à Clermont-Ferrand, avec l’ambition de déployer son concept à l’échelle nationale.
Peux-tu nous présenter On Vous Ramène ?
On connaît tous le slogan « Boire ou conduire, il faut choisir ». Avec On Vous Ramène, on veut justement proposer une autre solution.
L’idée est simple : si tu es au restaurant, dans un bar ou chez des amis et que tu n’es pas en état de conduire, parce que tu as bu, pris des médicaments ou que tu es simplement fatigué, un chauffeur vient te chercher. Il prend tes clés, conduit ta voiture avec toi à bord et te ramène chez toi. Le lendemain matin, tu te réveilles avec ta voiture devant chez toi !
J’ai interrogé plus de 100 personnes et 70 % trouvent que le système du SAM est contraignant ou incomplet. Parfois, la personne désignée pour conduire finit elle aussi par boire. On veut donc apporter une solution supplémentaire.
Tu prépares une première expérimentation à Clermont-Ferrand. Comment va-t-elle se dérouler ?
On a signé un partenariat avec les Halles du Brézet pour tester notre service en conditions réelles au mois de novembre. Des chauffeurs seront directement présents sur place pour proposer la solution aux clients. On travaille en parallèle avec Decathlon sur la question du retour du chauffeur une fois qu’il a raccompagné son client.
On envisage deux solutions : une navette qui récupère les chauffeurs ou alors, des vélos et trottinettes électriques transportés dans le coffre des clients. C’est là qu’intervient Decathlon en nous prêtant du matériel pour cette expérimentation.
L’objectif est de vérifier que le service répond à une vraie demande, mais surtout que les gens sont prêts à payer pour l’utiliser. Parce qu’entre dire « ça m’intéresse » et payer réellement, il peut y avoir une différence !
Avant de te lancer, tu as eu un parcours assez international. Peux-tu nous le raconter ?
J’ai 32 ans et j’ai fait des études d’ingénieur à Centrale Supélec, en Île-de-France. J’ai ensuite travaillé deux ans et demi chez Total Energies, au siège de La Défense, sur des projets liés au pétrole et au gaz. Mais je ne m’y retrouvais pas. Dans une grande entreprise, j’avais l’impression d’être une goutte d’eau dans l’océan, de ne travailler que sur une toute petite partie des projets.
Et puis, je voulais aussi améliorer mon anglais, alors je suis parti au Canada, un peu à l’aventure.
Finalement, j’y suis resté presque quatre ans. J’ai découvert une autre culture, une autre manière de travailler et notamment des solutions de mobilité différentes.
C’est là-bas que j’ai découvert un service similaire à On vous ramène. En me renseignant, j’ai vu que ça existait également en Chine ou en Corée du Sud.
Je me suis dit qu’on pouvait développer quelque chose de comparable en France, avec un véritable enjeu de sécurité routière.
Et qu’est-ce qui t’a amené à t’installer à Clermont-Ferrand ?
Une histoire de cœur ! J’ai rencontré ma compagne au Canada et sa famille vit à Clermont-Ferrand. On est revenus en France et nous portons le projet ensemble, nous sommes associés.
Quel modèle économique envisages-tu pour ce service ?
On veut proposer une solution qui reste attractive par rapport aux taxis et aux VTC, avec l’avantage de rentrer chez soi avec sa propre voiture. Par exemple, entre Clermont-Ferrand et Thiers, où j’habite, un Uber peut coûter autour de 90 euros. Avec On vous ramène, notre tarif envisagé serait d’environ 75 euros.
On développe une application qui doit combiner deux activités : le VTC et le convoyage, c’est-à-dire le fait de conduire le véhicule du client. Les chauffeurs seraient indépendants, libres de choisir leurs horaires. Le convoyage pourrait notamment représenter un complément de revenus pour des personnes qui ont déjà une autre activité.
Quelles sont les prochaines étapes après l’expérimentation ?
La priorité, c’est de mesurer combien de personnes utilisent réellement le service, leur satisfaction et ce qu’on doit améliorer. Ensuite, on veut convaincre d’autres bars, restaurants et établissements de nuit de devenir des ambassadeurs du projet.
Les Halles du Brézet vont nous permettre de disposer de premières données concrètes pour aller voir de nouveaux partenaires et les financeurs. Notre ambition est de construire une méthode de déploiement reproductible d’une ville à l’autre.
Parce qu’à terme, on ne veut pas rester uniquement à Clermont-Ferrand. On aimerait proposer On vous ramène dans les grandes métropoles françaises.
Ce type de service existe-t-il déjà en France ?
Oui, il y a notamment un concurrent qui intervient autour d’Angers et de Nantes. Mais c’est encore une activité assez récente en France. D’ailleurs, on l’a bien vu quand on a cherché une assurance capable de couvrir notre activité. Ça n’a pas été simple !
On doit encore prouver notre modèle, organiser la logistique et convaincre les partenaires. C’est pour ça que l’expérimentation est importante. Elle va nous permettre de confronter nos hypothèses à la réalité du terrain.
Qu’est-ce que tu trouves le plus difficile dans l’entrepreneuriat ?
C’est de devoir convaincre en permanence.
Quand tu arrives avec un projet un peu nouveau, il faut toujours expliquer pourquoi c’est pertinent, pourquoi ça peut fonctionner.
Et selon la personne que tu as en face, ce n’est pas toujours évident. Quelqu’un peut ne pas voir l’intérêt du service pour lui-même, alors qu’il pourrait être très utile à ses clients. Il faut aussi apprendre à ne pas prendre les refus personnellement. Ce n’est pas parce que tu n’arrives pas à convaincre quelqu’un que ton projet n’a pas de valeur.
Ça demande beaucoup de recul et de motivation.
Et à l’inverse, qu’est-ce qui te donne le plus de plaisir ?
C’est de me dire que cette solution pourrait un jour exister dans toutes les grandes métropoles françaises. Si, dans dix ans, On vous ramène est devenu un service de référence qui permet à des gens de rentrer chez eux en sécurité, ce serait incroyable.
Quand j’en parle autour de moi, les gens me disent souvent : « Finalement, ce n’est pas si bête comme idée ! »
Alors si on peut transformer cette idée en un vrai service, utile à beaucoup de monde, ce serait une immense satisfaction.
Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui veut se lancer dans l’entrepreneuriat ?
De ne pas rester seul chez soi avec son idée, en ayant peur qu’on la lui vole.
Des idées, tout le monde en a. Le plus difficile, c’est de passer de l’idée au projet. Et pour ça, il faut de la méthode, des contacts et surtout être bien accompagné. J’ai parfois rencontré des personnes, notamment dans les banques, qui m’ont surtout expliqué pourquoi mon projet était trop compliqué ou trop ambitieux.
Ce dont j’avais besoin, ce n’était pas qu’on me décourage, mais qu’on m’aide à comprendre les étapes pour avancer.
C’est ce que j’ai trouvé à SquareLab : de la méthodologie, un accompagnement et des personnes bienveillantes qui m’aident à transformer mon idée en véritable entreprise.
