Les médias nous influencent-t-ils ?

Les médias nous influencent-t-ils ?

Comment les médias jouent-ils avec nos émotions ? C’est le titre exact de la conférence animée par la journaliste Déborah Adoh au Kap Learning le 18 février 2025. Elle s’intéresse à la manière dont cette tempête médiatique joue sur nos émotions. L’objectif ici est clair, faire de l’éducation aux médias pour ne pas se laisser submerger par nos émotions. Ainsi, dans la lignée de cette conférence, on peut voir une chose, les médias ont une influence cruciale sur nos vies. De ce principe découlent forcément des conséquences sur nos sociétés.

Un média, c’est quoi ?

Mais tout d’abord, qu’est-ce qu’un média ?
Si on prend la définition de base, un média est un moyen de communication, de diffusion interpersonnelle. Celui-ci utilise différents supports pour être diffusé. Que ce soit par le son (radio) ou bien par l’image (télévision), il faut bien admettre que l’arrivée de ces réseaux sociaux a eu le plus fort impact sur notre façon de nous informer. À partir de ce moment, les médias de masse sont nés. L’information est constante, en quasi-direct. Une course effrénée se crée entre les médias dans une concurrence constante pour être les premiers à sortir l’information, rendant quasi inévitable le risque de faire des erreurs au profit d’un accroissement de l’audience.

Dans la conférence de Déborah Adoh, l’exemple le plus parlant est un extrait vidéo qu’elle a montré de la chaîne d’information CNews. Dans cet extrait, on y voit une femme se plaindre d’une gêne et sortir quelques secondes plus tard un rat de sa manche. Les journalistes sauteront sur l’occasion pour diffuser la scène toute la journée en parlant des problèmes de rongeurs dans la capitale. Bien entendu, en accusant ouvertement la maire de Paris, Anne Hidalgo, de ne pas faire ce qu’il faut contre ces nuisibles, et ne manquant pas, au passage, d’avoir des réactions similaires de la part d’hommes et de femmes politiques. Mais… cette vidéo a été tournée à Boulogne-Billancourt.

Cet extrait illustre parfaitement la dynamique actuelle de produire du sensationnel au détriment d’une information vérifiée. Même si cela peut paraître anodin, l’information est un outil particulièrement puissant.

Une puissance informationnelle convoitée

L’information est une arme. Au vu de l’actualité récente, cela ne fait aucun doute. Depuis le début de la guerre en Ukraine, par exemple, la Russie lance une campagne massive de désinformation pour tenter d’abîmer la cohésion occidentale et de créer des tensions sur l’envoi d’aides à l’Ukraine. Ainsi, elle a par exemple tenté d’influencer les élections législatives allemandes en calomniant la CDU (Union chrétienne-démocrate allemande), majoritaire dans les sondages d’opinion, pour amener au pouvoir l’AfD (Alternative für Deutschland), parti allemand d’extrême droite pro-russe.

Au-delà de l’ingérence étrangère, l’évolution technologique a des conséquences directes sur nos opinions et donc sur nos démocraties. Dans sa conférence, la journaliste nous parle des réseaux sociaux, responsables en grande partie de la tempête médiatique. Elle évoque également les algorithmes de ces plateformes. En effet, ceux-ci sont particulièrement puissants et peuvent nous représenter un monde erroné. Ainsi, comme l’évoque Déborah Adoh, l’affaire Cambridge Analytica est le scandale le plus parlant du risque de ces plateformes.

Cambridge Analytica est une entreprise britannique de conseil responsable de la captation illégale de données de 87 millions d’utilisateurs Facebook. En 2016, son implication est dévoilée dans la manipulation des élections présidentielles aux États-Unis. Celle-ci a, en partenariat avec le comité de campagne de Donald Trump, établi le profil de millions d’Américains pour déterminer les plus influençables et leur envoyer des publications dans l’objectif de les encourager à voter pour Trump. Ainsi, une personne vivant près de la frontière mexicaine se voyait, par exemple, proposer des publications négatives sur des immigrés venant du sud, quand une autre pouvait, si elle était pro-armes, se voir proposer de fausses informations sur la prétendue remise en cause de l’article 2 de la Constitution sur le port des armes par Hillary Clinton. Tout ceci dans le but de générer de la peur et de pousser les citoyens à voter pour le candidat conservateur.

C’est exactement ce que tente de faire la vidéo du rat dans la manche. Celle-ci génère du dégoût et influence le vote en faveur d’un candidat qui réglerait ce problème, même si ce problème est à nuancer ou alors tout simplement faux.

L’arrivée de l’intelligence artificielle augmente fatalement cette menace. De plus en plus puissante, celle-ci peut créer une image ou une vidéo de toutes pièces. Cet outil, s’il est mal intentionné, peut tout autant influencer à tort les lecteurs que les algorithmes.

Mais que faire pour s’en prémunir ?

Plusieurs solutions existent. Lors de la conférence, Déborah Adoh évoque la possibilité de prendre du recul sur ce que l’information veut nous transmettre comme émotion. Cela nous permet de mieux comprendre quelle est la volonté du média et de voir si l’information n’est pas à nuancer.

Au-delà de l’aspect émotionnel, il est important de ne pas prendre une information comme acquise et d’attendre quelques heures que l’information soit bien vérifiée. En effet, l’aspect du direct amène souvent des erreurs. On peut par exemple parler d’une erreur commise par les journalistes en 2019. Ceux-ci ont, sans aucune nuance, affirmé l’arrestation de l’homme le plus recherché de France, Xavier Dupont de Ligonnès, par les autorités écossaises. En réalité, il s’est avéré que ce n’était pas la bonne personne. Tous les médias ont dû rectifier leur erreur. L’IA nous pousse aussi à être plus prudents. Une photo ou une vidéo n’est plus du tout une preuve irréfutable. Il est essentiel, au-delà du temps d’attente, de vérifier l’information sur plusieurs médias différents.

L’information est une arme puissante, pouvant faire des dégâts considérables sur nos démocraties. Nos émotions peuvent être notre pire ennemi, et l’éducation aux médias (EMI), qui est l’un des objectifs de la conférence de Déborah Adoh, est le meilleur moyen de prendre conscience de cela et de lutter contre les volontés d’influence de certains médias ou pays.

Au-delà des questions d’influence, l’EMI investit dans une approche plus large, le développement de l’esprit critique. L’un des enjeux les plus importants de ces prochaines années. Dans un monde où la massification de l’information est le mot d’ordre, paradoxalement, il est de plus en plus difficile de se faire une opinion. Par ce type d’éducation, les citoyens peuvent dès lors se forger leur propre avis en ayant et en comprenant toutes les informations qu’ils ont à leur disposition. Ce qui est indispensable pour le bon fonctionnement d’une démocratie où le peuple décide de ses dirigeants.