ALICE CORTEVAL et LA FONDATION ANALGESIA

ALICE CORTEVAL et LA FONDATION ANALGESIA

MOLÉCULES, APPLI, CHATBOT, REALITE VIRTUELLE … L’INNOVATION POUR LUTTER CONTRE LA DOULEUR

L’Institut ANALGESIA est une fondation de recherche, dédiée à l’innovation contre la douleur. Plus de 50 ans qu’aucun médicament antalgique innovant n’a vu le jour ! Le secteur est en panne d’innovation alors même que la douleur chronique touche plus de 10 millions de Français …

Créée en 2016 à Clermont, cette fondation porte l’ambition “que chacun retrouve une vie sans douleur”, véritable enjeu de santé publique. L’Institut ANALGESIA s’inscrit pleinement dans le challenge 3 du projet I-Site Cap 2025 “Mobilité humaine personnalisée pour une meilleure santé” (voir notre article Professeur Eschallier, faire de Clermont la référence Santé Mobilité)

Alice Corteval en est la directrice, elle a accompagné la mutation du cluster Analgesia Partnership vers la fondation de recherche. Elle  contribue aujourd’hui à instiller l’innovation dans tous les projets portés par l’Institut ANALGESIA.

Alice Corteval, raconte-nous ton parcours jusqu’à la  direction de l’Institut ANALGESIA ?  

Je suis auvergnate, j’ai fait mes études de pharmacie ici-même, très intéressée par tout ce qui avait trait au développement du médicament, mais pas à l’officine !

Je me suis donc naturellement tournée vers l’industrie pharmaceutique, avec un attrait pour la Recherche et Développement.

Je suis partie pour un stage en R&D, au sein des Laboratoires Servier, dans le service des affaires réglementaires. Je travaillais pour des produits de neurologie en tout début de développement et pour lesquels il fallait construire un plan de développement pertinent pour les autorités réglementaires.

Retour en Auvergne 

J’ai travaillé 6 ans à Paris, dans ce labo, c’était exaltant comme job, mais la vie parisienne avait quand même quelques limites, surtout avec une famille… Nous avions envie d’aller voir ailleurs … mon mari a trouvé un poste à Clermont-Fd… autant dire que ça ne se refuse pas !

J’ai quitté mon job, en me demandant sincèrement ce que je pourrais trouver en Auvergne… Et je suis tombée par hasard, sur une actu concernant la création du cluster Analgesia Partnership.

Heureux hasard

J’ai vu qu’il était présidé par Alain Eschalier, Professeur que j’avais pas mal cotoyé pendant mes études et mes différents stages universitaires. Il était chef de service du laboratoire de pharmacologie à l’hôpital et j’ai appris par ailleurs qu’il avait un poste à pourvoir en pharmacovigilance.

J’ai candidaté, et à la fin de l’entretien d’embauche, j’y ai été au culot : j’ai dit à Alain Eschalier que j’étais intéressée par ce poste mais plus encore par le cluster Analgesia Partnership.
Un peu pris au dépourvu, il m’a dit “Il n’y a pas de poste pour l’instant mais ça viendra peut-être”.  J’ai donc accepté le poste de pharmacovigilance et j’y suis restée quelques mois, jusqu’à la la création du poste au sein d’Analgesia Partnership.

Pour moi, c’était une synthèse hyper intéressante ; des start up, des entreprises, une ambition de valorisation, de la recherche académique, de l’innovation autour de la neurologie…

C’était le début d’une aventure, il y a  10 ans déjà. Avec cette particularité du petit monde des clusters, toujours complexe, en particulier concernant le modèle économique, une interrogation permanente …. J’ai très vite sensibilisé nos membres au fait que ce modèle  n’était pas pérenne dans notre cas particulier : nous avions trop peu de membres – par essence- et les financements publics étaient alors déjà menacés.

Assurer la pérennité pour porter l’ambition 

Au bout de 3-4 ans, nous avons réfléchi aux alternatives et comme nous avions un fondement très académique, nous nous sommes orientés vers une fondation de recherche. Elle a été créée en février 2016, en pleine période de fusions : celle des 2 universités, celle de l’école de chimie et de l’IFMA et enfin, celle des régions Auvergne et Rhône Alpes…. Autant dire que la période n’était pas la plus simple !

Mais nous y sommes arrivés ! Notre fondation bénéficie de l’agrément du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la  Recherche. L’établissement fondateur est l’Université Clermont Auvergne et nous avons plusieurs autres membres fondateurs : le CHU de Clermont-Fd, l’école SIGMA, le Conseil Régional ARA et bien sûr Analgesia Partnership. Cela nous permet de rester en contact avec le monde socio-économique et notamment les entreprises historiques du cluster.

La fondation de recherche, un statut d’intérêt général

La fondation fonctionne notamment en mobilisant des financements sous forme de mécénat, auprès d’entreprises à l’échelle nationale (Nota : le mécénat est un régime fiscal propre à la France). L’un de nos premiers mécènes, c’est IKEA ! Comme souvent, c’est une histoire de personne et d’opportunité, de conjoncture.  IKEA travaillait sur les questions de douleur au travail et la rencontre s’est faite sur cette base: ils sont à la fois mécène et partenaire de travaux de recherche sur la douleur en environnement professionnel.

Nous sommes également soutenus par Crédit Mutuel Arkéa, Théa, Crédit Agricole Centre France, EDF, Dômes Pharma, Klesia, une Fondation Suisse. Les mécènes soutiennent principalement les projets de recherche et de soin, sur nos 3 missions prioritaires.

Accompagner / Soulager / Sensibiliser : Trois axes majeurs 

  1. Accompagner les patients dans leur parcours de soin, grâce notamment à la e-santé.
  2. Soulager grâce au développement de nouveaux candidats médicaments contre la douleur.
  3. Informer, sensibiliser et former les personnels soignants, les patients mais aussi le grand public, notamment sur le bon usage des médicament antalgiques.

eDOL un compagnon digital du quotidien pour les patients

  • Pour agir pour l’accompagnement des patients douloureux chroniques, l’Institut a développé ‘eDOL’, un projet 3 en 1, dans le but d’aider  :
    1. le patient, en lui proposant un compagnon digital, une appli smartphone qui récolte des infos sur sa vie réelle et permet de visualiser comment sa douleur et sa qualité de vie, son sommeil évoluent.

eDOL se veut également un outil de soin digital. Il  propose des contenus personnalisés en matière d’éducation thérapeutique sur la douleur et ses répercussions, sur la gestion des médicaments…

Cette appli dans sa première version est disponible en test depuis 1 an sur 130 patients, dans 12 centres antidouleur en France.  Les retours sont très positifs alors même que de nouvelles fonctionnalités importantes restent encore à intégrer !

L’intérêt du digital c’est d’apporter des activités personnalisées au patient, à domicile

Chatbot et réalité virtuelle

Pour la V2 qui sortira en juin 2020, nous sommes en train d’intégrer un chatbot : un  agent conversationnel qui “dialogue” avec le patient et creuse ses réponses pour lui proposer des conseils et des activités qui soient le plus personnalisés possible. Et nous avons également une V3 dans nos projets, qui intégrera de la réalité virtuelle…

    1. Pour le soignant, le bénéfice est direct aussi : il visualise l’évolution de son patient entre 2 consultations, il peut détecter les effets indésirables, identifier si la réponse au traitement est positive ou pas. Des infos qu’il n’avait pas jusque-là et qui lui donnent la possibilité d’adapter au mieux ses prescriptions.
    2. Enfin, pour le chercheur, c’est la constitution d’une e-cohorte de données pointues et massives sur la caractérisation des patients et leur réponse aux traitements.

Une e-cohorte unique au monde

Cette base sera unique au monde puisqu’elle combine les données de suivi dans les centres antidouleur à des données de vie réelle. 

On est là dans le Big Data et le machine learning, pour mieux comprendre les patients douloureux chroniques. A terme, en identifiant des sous-groupes de patients, cela  permettra de personnaliser au mieux la prise en charge, c’est-à-dire prescrire le bon traitement, au bon patient, au bon moment.

Un modèle vertueux de transfert de la recherche

  1. Développer de nouveaux candidats médicaments mieux tolérés ou plus efficaces

C’est vraiment le coeur de l’activité historique d’ANALGESIA. Nous menons des projets de recherche sur des produits plus efficaces que le paracétamol et, en parallèle, sur des molécules de substitution aux dérivés de morphine, qui n’auraient pas leurs nombreux effets indésirables.

Ce sont ces travaux, par exemple, qui ont conduit à la création de la startup Innopain. Issue des projets de recherche des équipes de l’Institut ANALGESIA, INNOPAIN est en quelque sorte une spin off, qui continue de collaborer avec ces équipes de recherche (NEURO-DOL et ICCF).

Il y a également des projets de repositionnement de médicaments : c’est à dire des médicaments qui sont déjà sur le marché mais sur des indications qui n’ont rien à voir avec la douleur. Les travaux de recherche de NEURO-DOL ont montré que certaines molécules n’étaient pas mono-cibles et qu’elles agissaient aussi sur des cibles d’intérêt pour la douleur. Et comme elles sont déjà sur le marché, pas besoin de refaire tout le parcours laborieux de développement, on peut aller très vite chez l’homme. Plusieurs molécules font actuellement l’objet d’études cliniques, notamment dans les douleurs neuropathiques induites par les chimiothérapies anticancéreuses.

Un travail de fond pour rendre la douleur visible

  1. Informer, sensibiliser et former à l’usage des médicaments

L’Institut Analgesia est très actif aussi sur cet axe : conférences, ateliers, supports d’information…

Par exemple, une campagne de sensibilisation construite avec un groupe d’étudiants a été lancée sur les réseaux sociaux. Son objectif ? Montrer la diversité des profils concernés par la douleur, sensibiliser au fait qu’elle n’est pas toujours visible et faire connaître l’Institut et ses travaux.

Voir les autres visuels de la campagne

Un partenaire majeur : l’observatoire Français des Médicaments Antalgiques (OFMA)

La question de fond qui sous tend l’enjeu d’information autour de la douleur et de son traitement, c’est d’abord la capacité à mieux comprendre comment on utilise les médicaments actuels et sécuriser au mieux leur prescription par les médecins et leur usage par les patients. Cette question a connu un pic d’intérêt avec la situation de crise américaine autour des opioïdes. La prescription a été tellement libéralisée qu’il y a aujourd’hui  plus de 70 000 morts par overdose chaque année !

C’est devenu un vrai problème de santé publique: les opioïdes tuent plus que les armes à feu… C’est une situation incroyable ! Et comme des dizaines de milliers d’américains sont dépendants à ces traitements, il faudra probablement plusieurs décennies pour se débarrasser de ce fléau.

Eviter de reproduire la crise américaine des opioïdes

Comment en est-on arrivé là ? Parce qu’il y a une vraie panne d’innovation en matière de lutte contre la douleur ! Aujourd’hui, on a le paracétamol, les anti inflammatoires, l’aspirine et  puis on passe très vite aux dérivés de la morphine, bons antalgiques certes mais sources de nombreux effets indésirables, et notamment de dépendance.

Il y a donc un vrai besoin d’informer et de sensibiliser à la problématique de la douleur et au bon usage des médicaments antalgiques pour ne pas se retrouver dans une telle situation en France.

La création de l’Observatoire Français des médicaments antalgiques s’est faite dans ce contexte.

Nicolas AUTHIER, PU-PH au CHU de Clermont-Fd et secrétaire de l’Institut ANALGESIA, a créé l’OFMA pour éviter à la France de connaître une telle crise ! Les travaux de pharmaco-épidémiologie qu’il mène avec son équipe ont pour objectif d’analyser la situation de la France, de mieux comprendre l’usage des médicaments antalgiques dans notre pays et d’élaborer des documents d’information et de formation à destination des soignants et des patients. L’OFMA s’inscrit ainsi totalement dans la 3ème mission de l’Institut ANALGESIA : “Informer, sensibiliser et former”.

Voir ici le Guide “Je prends des médicaments anti douleur à bon escient”

À propos de Véronique Jal

Forte d'une dizaine d'années d'expérience de direction de projets à forte composante de management transversal de partenaires très variés (élus, collègues, partenaires privés et publics), je me suis jusque là passionnée pour des produits à fort "sens ajouté" ;-) Les fromages AOP, les hébergements touristiques, la démarche d'attractivité d'une région... Toulousaine d'origine, j'ai découvert et choisi l'Auvergne que mon parcours pro m'a amenée à connaître sous plein de facettes Passionnée aussi de cuisine, j'ai créé et animé pendant 10 ans Slow Food Auvergne en arrivant à Clermont, puis plus récemment passé un titre de restaurateur entrepreneur à l'Institut Paul Bocuse, une chouette aventure ! J'aime aussi beaucoup le collectif.