ECLAIRAGE // Professeur Alain Eschalier "Faire de Clermont la référence Santé Mobilité"

ECLAIRAGE // Professeur Alain Eschalier "Faire de Clermont la référence Santé Mobilité"

L’Université Clermont Auvergne (UCA) est labellisée I-Site (Initiatives Science-innovation- territoires) depuis février 2017. Ce sigle ne vous est peut-être pas familier et pourtant, c’est important, voire stratégique pour la dynamique de la recherche et même pour la dynamique économique du territoire.

Alain Eschalier est professeur émérite de pharmacologie médicale, premier directeur de l’UMR Neuro-Dol, Président de l’Institut Analgésia et responsable jusqu’en 2019. Il est désormais en situation de passage de relai avec le nouveau responsable, le Professeur Frédéric Costes) du Challenge 3 Santé Mobilité du label I-Site. 

Pour lui, l’enjeu est de faire de Clermont la référence européenne en matière de recherche sur les sujets santé- mobilité.

Il nous explique pourquoi cette ambition est légitime et sur quoi elle prend appui.

I-SITE De quoi parle-t-on ?

L’État investit pour développer la recherche et l’innovation. Les projets Idex et I site en sont une illustration: ils visent à favoriser la structuration d’un site autour d’une dynamique de recherche d’excellence, dans un contexte international de plus en plus compétitif. Il existe d’autres labels comme les labex, les equipex … tous ont comme objet de soutenir l’excellence.

Les IDEX ‘Initiative d’excellence’ visent plutôt les grandes sites universitaires parce que leur  spectre est large. I-Site, quant à lui, a été créé pour identifier des universités qui valorisent des atouts scientifiques distinctifs, et qui en font un levier d’entraînement et un point d’appui de leur stratégie de développement.

L’idée était de les inciter à identifier des niches de Recherche et d’Innovation ayant potentiellement un impact économique.

Mais le label I-Site n’est pas un Idex au rabais ! 

Simplement le  périmètre est plus réduit, mais avec une plus forte ouverture au monde économique et un ancrage territorial démontré. L’exigence d’une  recherche de niveau international demeure la même, la structuration académique compte également beaucoup.

Alors qu’on compte environ 80 universités en France,  seulement 18 Idex ou Isites ont été retenus par un jury international. L’enjeu était majeur pour l’Université Clermont Auvergne, c’est une reconnaissance importante, une position sur la carte des zones de recherche d’excellence, aux côtés de villes plus grandes que nous, comme Montpellier, Nantes, Lille, …

Clermont Cap 20-25”  est l’appellation de notre projet I-Site

Il est porté et dirigé par le Professeur Pierre Schiano et articule recherche, innovation et économie territoriale.  L’objectif du projet est de consolider, au travers d’une démarche spécifique, le positionnement du site auvergnat dans la carte nationale et internationale de l’enseignement supérieur et de la recherche. Par là-même, il s’agit de consolider sa place dans la région résultant de la fusion d’Auvergne et Rhône-Alpes.

En 2014-2015, lorsque nous préparions le dossier, il fallait prendre appui sur les Labex. Il y en a 3 à Clermont:  Clervolc sur le volcanisme et les risques naturels / ImoBs3 sur la mobilité intelligente & la robotique et Idgm+ autour de l’économie et du développement.

C’était une base mais il n’y avait pas de labex ni autour de l’agriculture, ni autour de la santé.  Le milieu académique a décidé de créer les challenges scientifiques autour de nos points de force:

  • Challenge 1 :  Agrosystèmes durables dans un contexte de changement global avec en particulier l’Inra et Limagrain-
  • Challenge 2  : Systèmes et Services innovants pour la production et les transports, intégrant les questions liées à la coopération homme-robot, en partenariat avec Michelin et avec l’appui du labex ImoBs3
  • Challenge 4 : risques catastrophiques et vulnérabilité socio-économique, en prenant appui sur les Labex Clervolc et Idgm+
  • Challenge 3 : mobilité humaine personnalisée pour une meilleure santé ; domaine,  la santé, où il n’y avait ni Labex, ni equipex. Et pourtant, la biologie et la santé sont des points d’importance avec un CHU, le centre de cancérologie Jean Perrin, les 4 unités de recherche  Inserm, une unité Inra autour de la Nutrition.

2 à 300 chercheurs

Environ 250 personnes enseignants, chercheurs, ingénieurs techniciens, post-doctorants, doctorants mènent des travaux de réputation internationale dans différents domaines. Il y a une vraie reconnaissance internationale et une masse critique réelle. C’est un secteur qui a un réel poids économique en Auvergne, même s’il ne compte pas de locomotives aussi importantes que dans les autres challenges.

3000 entreprises

En effet, les membres du GIMRA (Groupement des industries de santé et du Médicament) emploient 3600 personnes en Auvergne.

La relation avec ce monde industriel  fait pleinement partie des objectifs du challenge et de nos plans d’actions.  Il est écrit que le fruit de nos recherches peut être des biomarqueurs,  de nouveaux probiotiques, de nouveaux médicaments, des produits d’origine végétale … Une fois la recherche avancée, l’objectif est de parvenir à une valorisation vers le monde économique régional.

A échéance 10 ans, l’objectif est donc de mettre sur le marché des produits issus de la recherche.

Pour y arriver, cela peut passer par de la recherche purement académique ou des recherches collaboratives entre les mondes industriel et académique, spontanée ou stimulée par des appels d’offres par exemple.

Ce challenge 3 a une orientation particulière, c’est le fruit de longues réflexions pour trouver un dénominateur commun qui  soit original, distinctif et identifiant pour Clermont à long terme.

Un choix distinctif “Mobilité humaine personnalisée pour une meilleure santé”

Le choix s’est arrêté sur ce thème en se basant beaucoup sur les UMR (Unité Mixte de Recherche). Nous avons, en effet, identifié des thèmes de recherche menés par ces équipes sur l’appareil musculaire lui-même : son développement, son métabolisme, sa  fonctionnalité tout en considérant que se limiter à ces thèmes n’était pas, dans le contexte compétitif des I-Site, assez distinctif. Nous avons donc, en fonction du potentiel de recherche local, inclus l’étude de facteurs susceptibles de modifier les capacités motrices et là, cela devient très original : travailler sur épigénétique et mobilité, sur microbiote et mobilité, sur les liens entre douleur et motricité, nutrition et motricité, pathologies chroniques et mobilité …

En synthèse, la vidéo explicative …

Sur chaque facteur étudié, un -ou plusieurs- acteur(s)  de référence académique et économique est associé

Une démarche appuyée sur nos forces

  1. Se baser sur ses forces,
  2. Via ces forces, obtenir une réputation internationale
  3. Etre distinctif
  4. Changer de braquet, faire une véritable  inflexion thématique vers la mobilité

In fine, notre objectif est de devenir un centre référence d’étude et recherche sur la mobilité humaine, avec la perspective de créer un ‘centre européen’ mobilité santé, qui sera l’organisme fédérateur de tout cet écosystème.

A ce stade, on parle de recherche mais il faut également qu’il y ait de la formation, des projets de diplômes universitaires, d’évolution des Masters.  Il faut aussi que  la recherche ne se limite pas à la recherche fondamentale mais qu’elle s’ouvre à la recherche clinique et également au soin. Avec l’idée que, dans le quotidien de la prise en compte des patients, ce questionnement sur la mobilité soit  intégré.

Une plateforme d’exploration de la mobilité

C’est pourquoi, nous avons soutenu la création d’une plateforme d’exploration de la mobilité des patients (bilan des capacités motrices et recommandations pour corriger si besoin …) commune au CHU et Centre Jean Perrin. Les patients sont intégrés dans un cohorte qui permettra un développement de travaux de recherche originaux.

Un projet « E santé / Big Data / Mobilité « 

Pour aller plus loin, nous avons lancé le projet « e santé / Big Data / Mobilité ». Dans plusieurs domaines cliniques, il y avait recours à la santé connectée et nous voulions favoriser la collaboration des différents acteurs pour qu’ils bénéficient d’un enrichissement réciproque lié à leurs compétences complémentaires. Nous avons donc incité à la création d’un projet collaboratif qui doit permettre à Clermont de faire un saut sur le thème santé connectée – mobilité et pathologie chroniques.

On aura la capacité de suivre des patients à long terme, en particulier en termes de mobilité et sédentarité, d’analyser l’impact de ces facteurs sur leur évolution, d’établir des recommandations …

Une ambition sociétale

Ce challenge a certes vocation à imprégner la recherche mais aussi  la formation et la société : il s’agit ainsi de contribuer à modifier les comportements des citoyens au profit d’une plus grande mobilité et d’une moindre sédentarité.

Nous travaillons sur la mise en oeuvre de certains projets, par exemple

    • Les vélos bureau pour certaines écoles, par exemple à Riom et Vichy ; un projet qui sera concrétisé au premier semestre 2020, en lien avec le rectorat !
    • Un projet de City Lab à Vichy,  pour asseoir leur positionnement santé.  On les accompagnerait sur  plusieurs actions pour inciter les citoyens à agir pour leur santé. C’est également un terrain de recherche
    • Cette dimension sociétale a donc également un impact sur la dimension territoriale avec les projets évoqués à Riom et Vichy, mais d’autres par exemple à Mauriac …
    • Il y a la question aussi de la diffusion scientifique. Par exemple, il y a la formidable réalisation des ‘Nuées Ardentes‘, ce festival se construit sur l’alliance entre la science et l’art. Il vulgarise les travaux scientifiques dans des conditions vraiment très originales et attractives. Nous allons faire en sorte que les sujets santé mobilité soient intégrés dans la prochaine édition.

À propos de Véronique Jal

Ma ligne guide depuis 15 ans, c'est le management de projets collectifs à fort "sens ajouté" : Les fromages AOP, les hébergements touristiques, la démarche d'attractivité d'une région... et aujourd'hui l'innovation territoriale via un média associatif Toulousaine d'origine, j'ai découvert et choisi l'Auvergne que mon parcours pro m'a amenée à connaître sous plein de facettes. Passionnée aussi de cuisine, j'ai créé et animé pendant 10 ans Slow Food Auvergne en arrivant à Clermont, puis plus récemment passé un titre de restaurateur entrepreneur à l'Institut Paul Bocuse, une chouette aventure !