Entretien / Adeline Vitrolles, hackeuse des champs.

Entretien / Adeline Vitrolles, hackeuse des champs.

Elle n’est à ce poste que depuis moins d’un an mais tout le monde connaît déjà Adeline Vitrolles, la déléguée territoriale Auvergne de Digital League, son sourire  et son énergie à toute épreuve. Lozérienne d’origine et de coeur, elle y a sans doute attrapé ce virus du développement territorial collaboratif et digital qui la guide dans un parcours professionnel déjà rempli de belles expériences.

Raconte-nous d’où tu viens, avec ton léger accent chantant?

Je suis originaire de la Lozère, mais j’ai fait une partie de mes études de Master 2 en communication publique et politique à l’étranger, au Canada, en Irlande et en Australie. Dès le début, les projets sur lesquels j’ai travaillé avaient une coloration “usages numériques” et “territoires”. 

Par exemple, au Québec, à l’Université de Laval où j’ai passé un an, la pédagogie inclut beaucoup de projets en partenariat avec les acteurs du territoire et j’ai par exemple travaillé avec la ville de Québec sur des sujets de marketing territorial et de développement touristique. À Bordeaux, j’étais sur un projet de cartographie des quartiers en reconstruction avec comme enjeu d’accompagner la revitalisation de la Rive droite, là où aujourd’hui il y a l’espace d’innovation “Darwin”. Et puis enfin, mon mémoire de fin d’étude, je l’ai fait à Nantes, en communication et accompagnement du changement dans un contexte de fusion et de restructuration interne.

J’ai  travaillé avec la ville de Québec sur des sujets de marketing territoriale et de développement touristique. À Bordeaux, j’étais sur un projet de cartographie des quartiers en reconstruction. Enfin, j’ai fait mon mémoire de fin d’étude à Nantes, en communication et accompagnement du changement.

Après, j’ai fait une parenthèse d’une petite année. Je suis revenue à Bordeaux mais je n’ai pas tout de suite trouvé du boulot dans mon domaine. J’ai donc saisi une opportunité en dehors de ma zone de compétences immédiate : j’ai été … chocolatière !  

En fait, j’ai reçu une proposition de la propriétaire d’une boutique où j’allais souvent qui préparait son départ en congés maternité, elle cherchait quelqu’un pour la remplacer. Elle m’a formée à la fabrication et à l’animation des ateliers pour enfants et pour la vente, j’avais fait pas mal de petits boulots de service dans des bars et des restaurants à l’étranger… C’était vraiment sympa comme parenthèse, c’est mon côté gourmande qui m’a permis cette expérience !

Après, j’ai fait une parenthèse d’une petite année. J’ai été … chocolatière ! C’était vraiment sympa, c’est mon côté gourmande qui m’a permis cette expérience.

Ensuite, je suis retournée en Lozère et j’ai bossé sur le développement et l’animation d’un réseau de tiers lieux (FEDER) Lozère et massif central : le réseau So Lozère. C’était le début d’une période très intense, très enrichissante, que j’ai adoré. 

L’idée était de prendre appui sur les Maisons de Services au Public (nota : au sein de collectivités locales, Mairie ou La Poste, des lieux d’accès aux services de dématérialisation), pour élargir leur fonction (coworking et usages pros),  pour favoriser l’émergence de tiers lieux, animer les communautés, développer de nouveaux services… Cette double fonction permettait de mutualiser certes, mais aussi et surtout d’hybrider les populations, de les faire se rencontrer. 

De retour en Lozère, j’ai bossé sur le développement et l’animation d’un réseau de tiers lieux Lozère et Massif Central, le réseau So Lozère. C’était le début d’une période très intense et enrichissante.

Cette idée de développer de nouveaux services et de s’adresser à des publics différents a amené à la création de la première Grande École du Numérique, Codi’n’Camp à Mende, portée par le GRETA, l’une des premières labellisées par l’Etat. 

C’était une super aventure, on a fait “rentrer des carrés dans des ronds” pendant de longs mois, mobilisé les acteurs économiques locaux  et collaboré avec les structures de formation du territoire pour que le projet voit le jour.

Aujourd’hui, ça doit être la quatrième promo, et c’est plutôt chouette de se dire que cela continue de fonctionner.

Ces deux projets étaient très innovants et exemplaires en France, et cela nous a amenés à travailler pour d’autres organismes, au niveau national et in fine, à organiser les Assises nationale de la médiation Numérique autour de la thématique « Le numérique au service de l’équilibre et du développement des territoires », en présence de plusieurs secrétaires d’Etat, des réseaux de tiers lieux de partout (même d’Outre-mer)… Cela a été une très belle aventure professionnelle à organiser et qui a donné lieu à la rédaction d’un livret, que j’ai co-rédigé, et qui a participé à  inspirer beaucoup de politiques publiques d’aujourd’hui, notamment la création de la Coopérative Nationale MedNum, l’appel à projet national tiers lieux qui vient d’être lancé ou encore sur les sujets liés au développement du télétravail. 

C’était une période hyper stimulante.

Ensuite, j’ai eu une proposition pour rejoindre Human Booster et m’occuper de développement de projets et d’ingénierie, notamment autour des sujets formation et conseil, en lien avec la Grande École du Numérique (Human Booster propose des formations labellisées), le e-learning, les projets d’innovation orientés startup avec par exemple l’événement “La startup est dans le pré”… J’adore cet événement, il a quelque chose de magique, il génère des interactions très riches.

Tu mets beaucoup de passion et d’énergie dans ta façon de raconter tes expériences, comment tu te régénères?

En fait, je suis très sensible aux sujets territoires, et en particulier la Lozère, qui m’inspire beaucoup. C’est un territoire très créatif, comme souvent ceux qui ont plus de difficultés, ils sont résiliants : il y a un terreau très fertile pour faire naître des projets, beaucoup d’énergie et il s’y passe énormément de choses. 

Il y a plein de gens qui ont vraiment beaucoup à dire et à montrer, ils changent le monde à leur échelle, et on les voit peu. 

Je suis très sensible aux sujets territoires et en particulier la Lozère, qui m’inspire beaucoup. C’est un territoire très créatif, comme souvent ceux qui ont plus de difficultés ; il y a un terreau très fertile pour faire naître des projets.

Je fais de l’animation territoriale dans mon boulot, mais j’ai aussi envie de continuer à m’investir pour la Lozère, pour révéler justement tout ce que l’on ne se donne pas la peine de voir, d’où l’idée d’un TEDxAubrac ou Cévennes par exemple. 

J’aime bien hacker les concepts… 

Je pense que TEDx est un super concept, et que les lieux pourraient avoir un rôle tout aussi déterminant que les talks. 

Je pense à un TEDx rural, en pleine nature, inspiré aussi par son environnement, en plein air, au coeur d’un volcan ou dans un lieu magnifique pour une prise de conscience physique de son environnement et de ses enjeux.

J’aime bien hacker les concepts… Je pense à un TEDx rural, en pleine nature, au coeur d’un volcan… Pour une prise de conscience physique de son environnement et de ses enjeux.

J’étais co-organisatrice du Start Up Week End avec Manon Capitant (SquareLab puis Uniswarm désormais), et Justine Lhoste et bénévoles d’autres Start Up Week End du territoire. 

Cette année, je me suis investie un peu plus dans TEDxClermont pour apprendre, pour partager une véritable expérience humaine et j’ai aussi pris ancrage avec d’autres TEDx dans des territoires plus petits. J’aimerais le faire en Lozère bien sûr, mais le Sancy serait aussi un très beau décor… Il faut trouver les forces vives pour accompagner ce projet, c’est mon prochain challenge !

Revenons à ton métier actuel, déléguée territoriale Auvergne de Digital League ; quelles sont tes priorités quotidiennes?

Digital League est le cluster des entreprises de l’industrie numérique en Auvergne-Rhône-Alpes, l’une des plus importantes communautés du digital en France depuis qu’il a fusionné trois clusters (dont Auvergne TIC). Son objectif : favoriser la croissance économique et l’emploi en région en proposant des actions au service de quatre missions : fédérer, grandir, rayonner et transformer.  

Digital League est le cluster des entreprises de l’industrie numérique en AURA, dont l’objectif est de favoriser la croissance économique et l’emploi en région.

J’y suis arrivée en septembre 2018, pour moi c’était  une opportunité de revenir sur des questions de développement territorial et de transposer ce que j’avais vécu à l’échelle d’un département autour d’une filière numérique. 

Quand je suis arrivée, la fusion était passée, mais la redéfinition de l’offre de services toujours en cours. Vania de Oliveira, que j’ai remplacé, avait déjà fait un gros travail de repositionnement du cluster localement, je l’ai poursuivi.

Le territoire de ma délégation c’est le Puy de Dôme, l’Allier, le Cantal et la partie brivadois de la Haute-Loire. 

Notre quotidien est d’accompagner les entreprises en faisant vivre la dimension réseau, avec nos adhérents mais également tout l’écosystème, en organisant des événements, des formations, en montant des opérations collectives autour d’enjeux communs…

Notre quotidien est d’accompagner les entreprises en faisant vivre la dimension réseau, avec nos adhérents et l’écosystème.

Par exemple, on travaille sur une opération de sensibilisation des collégiens du Puy de Dôme à l’automne, pour améliorer l’attractivité des métiers. Nous menons aussi des actions autour de la mixité -sociale et de genre – on accompagne aussi les enjeux de la transformation digitale avec d’autres secteurs économiques. 

C’est varié !

Difficile j’imagine de choisir, mais qu’est-ce qui te paraît prioritaire dans tout ça?

Vraiment difficile, oui ! Mais ce qui me tient à coeur dans cet échiquier régional, c’est de mettre en lumière les expertises auvergnates, encore insuffisamment reconnues. 

Et puis également, notre culture du travail collaboratif : l’Auvergne est assez exemplaire en la matière. On se connait bien, on a envie de travailler ensemble et surtout, on se retrouve autour de l’enjeu commun de développement économique de notre territoire, c’est notre identité cet esprit d’équipe.

Ce qui me tient à coeur dans cet échiquier régional, c’est de mettre en lumière les expertises auvergnates, encore insuffisamment reconnues; ainsi que notre culture du travail collaboratif.

Par exemple, chaque année, il y a le Digital Summer à Lyon et bien,  on imagine un nouveau format, en Auvergne pour déplacer les gens, et leur montrer ce qui se passe ici. 

J’aimerai aussi beaucoup aller plus sur les départements du Cantal et de l’Allier, développer des projets avec des partenaires locaux comme BourboNext, Connecting Bourbon dans l’Allier, je sais qu’il s’y passe plein de choses, en termes d’innovation, de tiers lieux…

Je fais le parallèle avec le réseau des tiers lieux de Lozère, c’était un vrai réseau d’appui pour faire vivre la proximité. L’émergence de projets ne peut se faire qu’en proximité, il faut y être… Ce sujet en appelle un autre, celui de l’itinérance : en Lozère, un “tiers truck” par exemple avait été expérimenté : un camion tiers-lieux itinérant, qui s’installait sur  les marchés, proposait des ateliers d’initiation (3D, code, Informatique…) > cela sème des graines, crée un lien, inspire une dynamique… et fait émerger de vrais projets qui répondent à des besoins territoriaux. 

C’est un vrai travail de fond et on n’est pas assez structuré pour ça, c’est dommage parce que c’est vraiment ce qui m’anime, ce genre de réflexion (et d’actions) a une valeur sociétale forte ; il s’agit rien de moins que de trouver un équilibre territorial harmonieux entre métropoles et campagnes… 

Pour conclure, une chose que tu aimerais transformer?

Pas forcément transformer, mais renforcer : j’aime quand l’innovation reste dans son plus simple appareil, la simplicité, la réponse à des vraies problématiques, celles qui ont du sens et en se débarrassant un peu de ce qui peut irriter dans la Start Up Nation, le bling bling, la superficialité, l’excès…

Par mon métier, je rencontre des personnes qui portent des projets super innovants, avec humilité et discrétion et qui avancent tout autant. J’aime bien ces valeurs-là !

 

Résumé/sommaire de l’article (cliquez sur les #liens pour accéder aux sections)

  • #OriginesEtParcours : Adeline Vitrolles est originaire de la Lozère. Elle a fait une partie de ses études de Master 2 – communication publique et politique – au Canada, en Irlande et en Australie. Au Québec, elle a travaillé sur des sujets de marketing territoriale et de développement touristique. À Bordeaux, elle était sur un projet de cartographie des quartiers en reconstruction. Son mémoire de fin d’étude, à Nantes, était sur la communication et l’accompagnement du changement dans un contexte de fusion et de restructuration interne. Après une parenthèse d’une année comme chocolatière, elle est retournée en Lozère et a bossé sur le développement et l’animation du réseau So Lozère ; « Le début d’une période très intense et enrichissante. » L’idée de développer de nouveaux services et de s’adresser à des publics différents a amené à la création de la première Grande École du Numérique, Codi’n’Camp à Mende, l’une des premières labellisées par l’Etat. Cela l’a amenée à travailler pour d’autres organismes, et à organiser les Assises nationale de la médiation Numérique autour de la thématique « Le numérique au service de l’équilibre et du développement des territoires ». Elle a ensuite eu une proposition pour rejoindre Human Booster et s’occuper de développement de projets et d’ingénierie.
  • #Expériences : Adeline Vitrolles se dit très sensible aux sujets territoires, en particulier la Lozère : c’est un territoire très créatif, avec un terreau très fertile pour faire naître des projets. Dans son travail, elle fait de l’animation territoriale et souhaite s’investir pour la Lozère, pour révéler tout ce que l’on ne se donne pas la peine de voir, d’où l’idée d’un TEDxAubrac ou Cévennes par exemple : un TEDx rural, en pleine nature, dans un lieu magnifique pour une prise de conscience physique de son environnement et de ses enjeux. Adeline a aussi été la co-organisatrice du Start Up Week End avec Manon Capitant et Justine Lhoste. Cette année, elle s’est investie un peu plus dans TEDxClermont pour apprendre. 
  • #DigitalLeague : Digital League est le cluster des entreprises de l’industrie numérique en Auvergne-Rhône-Alpes, l’une des plus importantes communautés du digital en France depuis qu’il a fusionné trois clusters. Son objectif est de favoriser la croissance économique et l’emploi en région en proposant des actions au service de quatre missions : fédérer, grandir, rayonner et transformer. Adeline y est arrivée en septembre 2018, une opportunité pour elle de revenir sur des questions de développement territorial et de transposer ce qu’elle avait vécu à l’échelle d’un département autour d’une filière numérique. Le territoire de sa délégation est le Puy de Dôme, l’Allier, le Cantal et la partie brivadois de la Haute-Loire. Son quotidien est d’accompagner les entreprises en faisant vivre la dimension réseau avec les adhérents et l’écosystème, en organisant des événements, des formations…
  • #Projets : Ce qui tient à coeur à Adeline dans cet « échiquier régional », c’est de mettre en lumière les expertises auvergnates, encore insuffisamment reconnues. Et puis aussi, « notre culture du travail collaboratif : l’Auvergne est assez exemplaire en la matière. » Elle souhaiterait aussi aller plus sur les départements du Cantal et de l’Allier, développer des projets avec des partenaires locaux. Elle ajoute : « L’émergence de projets ne peut se faire qu’en proximité, il faut y être. » Puis : « C’est un vrai travail de fond et on n’est pas assez structuré pour ça, c’est dommage parce que c’est vraiment ce qui m’anime, ce genre de réflexion (et d’actions) a une valeur sociétale forte. »
  • #Transformer :  « j’aime quand l’innovation reste dans son plus simple appareil, la simplicité, la réponse à des vraies problématiques, celles qui ont du sens et en se débarrassant un peu de ce qui peut irriter dans la Start Up Nation, le bling bling, la superficialité, l’excès… »

À propos de Véronique Jal

Ma ligne guide depuis 15 ans, c'est le management de projets collectifs à fort "sens ajouté" : Les fromages AOP, les hébergements touristiques, la démarche d'attractivité d'une région... et aujourd'hui l'innovation territoriale via un média associatif Toulousaine d'origine, j'ai découvert et choisi l'Auvergne que mon parcours pro m'a amenée à connaître sous plein de facettes. Passionnée aussi de cuisine, j'ai créé et animé pendant 10 ans Slow Food Auvergne en arrivant à Clermont, puis plus récemment passé un titre de restaurateur entrepreneur à l'Institut Paul Bocuse, une chouette aventure !