Mes premières fois. David Cabal, Art Air Festival.

Mes premières fois. David Cabal, Art Air Festival.

David Cabal dirige Kube, une agence événementielle avec laquelle il organise des événements pour ses clients. A côté, comme un jardin secret, sous une forme associative, il organise chaque année Art Air Festival  avec l’équipe de l’association Terre ou Art. Un festival qui mêle nature & culture. Un festival en petite jauge auto imposée qui veut faire la part belle à la rencontre de qualité, aux rencontres inspirantes, aux rencontres qui font changer de point de vue, à celles qui font qu’on n’est plus tout à fait comme avant de les faire … Un temps qui raisonne assez bien avec la définition des vacances de Ghislaine Borie, ou avec la notion de  fonction sociale des vacances évoquée par Jean Pinard. Une expérience qui renforce la capacité à se comprendre… une forme de contribution à une meilleure cohésion

David, d’où vient cette idée ?

D’abord, je voudrais rendre à César ce qui lui appartient…  l’ancêtre de Art Air Festival en Auvergne, ce sont les RandoBades de Bernard Quinsat, qui avec cette idée de mêler randonnée et dimension artistique, a ouvert la voie  (NDLR Bernard Quinsat a crée Chamina, et beaucoup oeuvré autour de la dimension spirituelle de la marche) 

Mais en même temps, ce n’est pas de là qu’est née l’inspiration. C’est un cheminement personnel. J’ai eu la chance de pouvoir faire un voyage initiatique d’un an.

Initiatique tu dis ?

Oui. Je travaillais dans une régie publicitaire média. Puis, envie de changer de voie, j’ai fait une formation de sommelier. Après, j’ai eu la chance -et l’argent aussi- de partir pendant un an. J’avais construit un parcours pour visiter des pays viticoles, anglais et espagnols.

Ce voyage s’est transformé en voyage initiatique dans le sens où j’ai appris à me connaître, je me suis mis en danger, pas littéralement mais en me plaçant dans une situation de perte de repères, ou tu fais face à l’inconnu … 

J’avais deux options en tête avant de partir pour mon retour:  soit monter une cave à vin soit une agence d’événementiel pour organiser mes événements.

Cette deuxième idée a guidé mon voyage. J’ai commencé à regarder ce qui se faisait,  j’ai beaucoup marché, beaucoup vu de paysages, beaucoup rencontré des gens. J’étais carrément boulimique de rencontres,  j’allais frapper à la porte des artisans, …

Je suis revenu avec l’envie de mettre en avant ma région, tout aussi magique et magnifique que les paysages que j’avais découvert loin. Et avec aussi du point de vue humains, une profusion de richesses, de métiers, de patrimoine, de personnages … C’était ça, mon point de départ. Auquel il faut ajouter un goût pour l’art.

C’est cette émulsion que l’on retrouve dans Art Air Festival ?

En 2011, nous avons organisé notre première session dans le Cantal et dans le Sancy. 

L’idée centrale étant de proposer de la culture en pleine nature, plutôt que dans des salles, avec un principe d’itinérance, au milieu de paysages grandioses et jalonné de rencontres avec des gens du territoire, des artistes; Et puis aussi une dimension gastronomie, à la fois sur les parcours, sur les étapes, en développant les liens avec filières locales (fromage, charcuterie, vin…)

Quand tu marches, tu as toujours un moment où tu es seul, contemplatif et le soir, quand tout le monde se retrouve,  tu peux revenir sur ce que tu as vu, partager…  

J’aurai adoré qu’on fasse les 4 départements mais on a commencé par 2 sessions Cantal et Puy de Dôme, avec cette notion de parcours, de progression, en ligne. Sur une session de 4 jours, nous partons chaque matin pour une randonnée jusqu’à une étape, où s’installe le camp de base et le lendemain, on repart de là, jusqu’à l’étape suivante. Ceux qui ne font qu’une journée nous retrouvent au point de rendez vous.

Pendant 6-7 ans, il n’y a jamais eu deux éditions similaires: jamais les mêmes ‘intervenants’ ni les mêmes lieux, … Chaque édition repartait d’une feuille blanche.

Ce festival a dit 10 ans pour autant, il semble très actuel, très en phase avec l’époque.

On a l’impression que c’est très actuel aujourd’hui mais il y a 10 ans, la majorité n’a pas cru en nous, sauf la région. Il fallait commencer par faire ses preuves et puis surtout, il y avait un élément qui bloquait pour les collectivités. C’était notre principe de vouloir absolument limiter le nombre de participants à 100 personnes. C’était un principe très critiqué et pourtant, pour nous, tout à fait fondamental. La [vraie] rencontre ce n’est pas compatible avec les grands nombres Aujourd’hui, on va y revenir semble-t-il.

Et en effet, un de mes tous premiers souvenirs, c’est la rencontre avec un éleveur bovin. Nous étions 40 ou 50 personnes autour de lui. Cela permet d’échanger vraiment. C’est ce prisme que nous cherchons: toutes nos randonnées sont guidées par des accompagnateurs de moyennes montagnes, ils ont des choses à dire, à apprendre. C’est enrichissant.

Ces deux dernières années, nous avons fait évoluer quelques éléments, comme la base de vie fixe, à Royat en l’occurrence. Cela allège la logistique. Nous donnons un point de rendez vous chaque matin et amenons les participants en navette sur le point de départ de la rando du jour. Cela évite aussi la profusion de voitures sur nos lieux de randonnées. 

Nous avons proposé une mini rando en début de soirée pour accéder à un concert dans un lieu tenu secret. C’était André Minvielle, avec une scénographie minimaliste, en pleine nature. Nous avions envie de surprendre les gens et l’artiste, sortir des sentiers battus, même avec des ressources minimalistes. C’est un souvenir extraordinaire, un moment très fort, exceptionnel. Nous avons juste regretté de ne pas avoir prévu de temps post concert pour boire un coup ensemble. Tout le monde avait envie de prolonger le moment.

Tes plus beaux souvenirs ?

J’en ai énormément. Mais s’il faut en choisir un, je dirais le tout premier jour, la première programmation. C’était sur la place de l’église à Murol. Nous avions programmé un artiste japonais, que j’avais vu au festival d’Avignon, dans la rue. 

Daïchi  est un artiste de rue, de théâtre burlesque, mime, contonsortionniste, danseur. Il fait pleurer de rire puis d’émotion 2 minutes après. Pour cette première édition, nous étions bien loin de notre objectif en terme de fréquentation … mais vraiment, à la fin du spectacle, tout le monde était scotché, emballé, ému… Si on se limitait aux chiffres et aux résultats quanti, on aurait arrêter tout de suite mais en fait, ce que l’on veut vraiment, c’est ça, des moments forts, uniques et intenses.

Par la suite, notre programmation artistique a toujours été très hétéroclite mais ce qui nous a guidé, c’est qu’il y ait  toujours du fond dans le propos : apprendre quelque chose, s’ouvrir, réfléchir… Ce n’est d’ailleurs pas que le cas de la programmation artistique mais de toutes les rencontres. C’est intéressant d’entendre ce qu’un berger a à raconter de son univers, ses contraintes, ou un éleveur, selon où on vit, on n’a pas souvent cette occasion.  

Donc notre crédo, c’est de donner la parole à des gens qui bousculent,  font changer les regards.

C’est presque une forme de militantisme ? 

Non, je n’irais pas jusque là. Mais c’est une réflexion écologique qui nous a toujours animés. Dès la première édition, nous avons fait nos décors et nos installations en ayant ce souci du recyclage, de la récup, du circuit court, de la gestion de nos déchets … Nous voulions être durable dans notre manière de faire et le partager. 

L’édition 10 n’aura pas lieu cette année, mais elle reprendra dès 2021. Dans quel sens aimerais-tu voir Art Air évoluer ? Des collaborations qui te feraient rêver ?

Des nouvelles collaborations, on en invente à chaque édition, c’est notre raison d’être de trouver des personnalités de chaque territoire, des histoires ou des savoirs faire à faire connaître, 

Sans doute que le sujet environnemental est celui sur lequel nous avons le plus envie de sensibiliser. 

Il y a aussi les thèmes de l’immigration, de l’insertion, des mélanges en fait. Cette idée de rencontres qui est dans l’ADN d’Art Air, c’est sans doute aussi quelque chose d’important : rencontrer des gens différents, prendre soin de son voisin, ne pas avoir peur de ce qui est différent … c’est hyper important. 

Cette dimension humaine, Art Air l’incarne vraiment. Plus  qu’on ne le pensait même.  Art Air, je n’en ai pas encore parlé mais l’investissement des bénévoles est incroyable. Cet engagement bienveillant, attentionné est ressenti très fortement par les participants. On ne choisit pas ses bénévoles mais spontanément, ils partagent l’état d’esprit et notamment cette énorme envie de partager des moments, de faire des rencontres nouvelles, d’être ensemble. 

Et en fait, je trouve que quand on est bien comme ça, détendu, entouré de bonnes ondes, on est réceptif  à plein de messages, plus ouvert, plus disponible à écouter.

Notre monde très techno fait perdre cette dimension humaine, c’est ça la singularité d’Art Air. 

Un rêve ?

Au début, je voulais qu’il y ait des sessions Art Air sur les quatre départements de l’Auvergne, pas forcément seulement en été d’ailleurs. On n’a pas pu le faire parce que notre structure est très légère, nous n’avons pas de salarié. Le modèle économique des festivals est assez fragile, ils ne s’autofinancent jamais. Il faut le soutien des collectivités sinon ce n’est pas possible. La Région nous a soutenus au départ, ce n’est plus le cas. Désormais c’est le département, la Métropole de Clermont et la ville de Royat qui nous accompagnent. Pour les communes hors métropole, c’est plus compliqué, il y a toujours un malaise par rapport au fait que l’équipe ne soit pas ‘du cru’. 

En fait, je pense que pour impliquer les communes, il faut repenser la forme de l’organisation du Festival en apportant une sorte de méthodologie, un appui sur la programmation artistique et sur la communication mais en laissant les associations locales porter d’avantage d’éléments du programme, mobiliser leurs équipes de bénévoles…et en faire un événement qui corresponde à la fois à l’esprit Art Air et à celui des communes organisatrices.

 Dernier mot ?

Pas d’édition anniversaire 10 ans cette année mais quand même une perspective de retour aux origines d’Art Air, une journée organisable en mode agile et léger mais avec tout l’esprit : 

On espère vous retrouver le 29 août à Royat pour une rando et un concert. 

À propos de Véronique Jal

Forte d'une dizaine d'années d'expérience de direction de projets à forte composante de management transversal de partenaires très variés (élus, collègues, partenaires privés et publics), je me suis jusque là passionnée pour des produits à fort "sens ajouté" ;-) Les fromages AOP, les hébergements touristiques, la démarche d'attractivité d'une région... Toulousaine d'origine, j'ai découvert et choisi l'Auvergne que mon parcours pro m'a amenée à connaître sous plein de facettes Passionnée aussi de cuisine, j'ai créé et animé pendant 10 ans Slow Food Auvergne en arrivant à Clermont, puis plus récemment passé un titre de restaurateur entrepreneur à l'Institut Paul Bocuse, une chouette aventure ! J'aime aussi beaucoup le collectif.