« Mobilités » : les ruraux rêvent de se déplacer autrement, avec Violette Auberger

« Mobilités » : les ruraux rêvent de se déplacer autrement, avec Violette Auberger

Violette Auberger est chargée de mission mobilités durables au sein de l’association Les Monts qui pétillent. Le sujet de l’inégalité dans nos modes de déplacements refait surface avec la flambée des prix du carburant. Comment organiser nos campagnes pour que la voiture ne soit pas la seule alternative ? La disparition des transports collectifs, est-elle un échec organisé ? On en parle avec Violette Auberger rencontrée lors de la semaine Orbimob.

Avant de nous parler de votre nouvelle mission au sein de l’association les Monts qui pétillent. Parlez-nous de votre parcours. Au Connecteur, on aime bien savoir “d’où les gens parlent”.

Violette Auberger : J’ai un parcours un peu atypique. Je suis originaire de la Loire, plus exactement de Feurs, où j’ai passé mon enfance. Après un bac littéraire option arts plastiques, j’ai fait une année de formation à Saint-Etienne, puis une année de formation à Villeurbanne en peinture décorative chez les Compagnons. J’ai eu une boutique pendant une dizaine d’années. Avec l’arrivée de mes enfants, avec mon ex-mari, nous avons eu envie de partir vivre à la campagne et j’ai eu le désir de porter un projet rural.
J’ai passé un brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole en Haute-Loire. J’ai décidé de me lancer dans une exploitation agricole diversifiée avec comme finalité la fabrication de savon avec des produits locaux et naturels.

Nous avons cherché un endroit pour nous installer et nous avons opté pour Noiretable qui cochait toutes les cases. J’ai commencé à faire des marchés tout en m’intéressant de plus en plus à la politique. Je me suis présentée aux élections départementales en 2015, et j’ai été élue dans l’opposition. J’ai terminé mon mandat en juillet 2021.

Qu’est ce que vous a appris ce passage en politique ?

A travers ce mandat, j’ai pu toucher à différents domaines que je ne connaissais pas. J’ai notamment découvert le domaine de l’insertion, de la formation, ainsi que toutes les thématiques autour des problèmes de mobilités et d’aménagement du territoire. J’ai réalisé qu’il n’y avait pas de solutions uniques, que les sujets étaient complexes, qu’un très nombre d’acteurs était impliqué sur chaque projet.

En parallèle, j’ai intégré le Bureau National de l’Association des Amis de la Confédération Paysanne. Le soutien à l’agriculture paysanne est devenu un élément important pour moi. D’ailleurs, je fais toujours partie du bureau. 

Comment êtes-vous arrivée aux Monts qui Pétillent ?

Une fois mon mandat terminé, j’ai eu envie de poursuivre avec un métier qui ait du sens. Je voulais continuer à agir pour mon territoire, à avoir une action concrète.
Pendant mon mandat, j’ai eu la possibilité de faire une formation. J’ai obtenu un Master en communication publique et politique. C’est un panel de compétences assez large et très utile pour répondre aux besoins d’interactions avec les élus et les citoyens. 

Et pour répondre à la question “comment suis-je arrivée aux Monts qui pétillent ?”. C’est un alignement des planètes. Je commençais à chercher un emploi et l’association avait besoin de quelqu’un à ce moment-là. Nous nous sommes rencontrés et ça a marché.

Est-ce que vous pouvez nous présenter brièvement les Monts qui pétillent ?

Violette Auberger : À la base, c’est un groupe de femmes et citoyennes engagées. Elles vivent heureuses sur un petit territoire et se disent qu’elles voudraient que cette qualité de vie perdure. On ne parle pas d’un territoire administratif, mais d’un bassin de vie. Il s’étend de l’ancienne Communauté de Communes de Noirétable jusqu’à celle de Thiers. Ce petit groupe a eu envie d’imaginer le futur souhaitable de ce territoire.

Elles ont monté un collectif, puis un festival en 2019. Il avait pour objectif de rassembler toutes les personnes qui souhaitaient s’investir pour leur territoire. Ça a permis de faire émerger des envies, des thématiques et des sujets notamment sur la santé, la mobilité. Depuis, des hommes ont rejoint le conseil d’administration.

Notre raison d’être, c’est avant tout de mettre en action le territoire, de mettre en relation les personnes. L’association n’a pas vocation à faire, mais plutôt à créer les conditions pour donner envie d’agir aux citoyens et aux différentes parties prenantes. Finalement, nous voulons rendre le territoire attractif, convivial et que ça pétille !

Vous êtes chargée de mission mobilités durables. Quels sont les sujets de mobilité en zones rurales aujourd’hui ?

Les enjeux sont multiples. Pour rédiger notre feuille de route de l’année, nous allons nous baser sur les éléments qui ont émergé lors du festival des mobilités qui a eu lieu fin septembre. Ça sera notre socle partagé. La feuille de route s’articulera autour de plusieurs axes.

D’abord, nous souhaitons favoriser la multimodalité. Comment, en zones rurales, pouvons-nous imaginer nous déplacer sans notre véhicule personnel? Sur ce volet, nous comptons beaucoup sur les initiatives autour du covoiturage, du stop, etc. Nous sommes conscients qu’en moyenne montagne l’alternative vélo ne peut bien souvent pas se suffire à elle-même.

On s’interroge également sur la mobilité subie. La mobilité n’est pas forcément une liberté, elle peut devenir une contrainte. Dans nos territoires ruraux, on doit faire de la route pour rejoindre notre lieu de travail. C’est ce qui nous amène à nous interroger sur la relocalisation de notre économie.
Par exemple, le Pôle de compétitivité CARA souhaite impulser une dynamique afin de recréer une chaîne de production du cycle au niveau régional. Il y a de vraies opportunités à saisir.
Nous voulons nous positionner comme relais local. L’association souhaite favoriser la mise en relation entre les entreprises du territoires et celles du bassin lyonnais. Nous avons plein d’idées, à voir ce qu’il est possible de mettre en place à notre échelle.

C’est ambitieux et ce sont des projets qui vont prendre du temps. Est-ce que vous travaillez sur d’autres sujets à court ou moyen terme ?

Violette Auberger : Dans notre feuille de route, nous travaillons également sur les espaces d’activités partagés. Avec le développement du télétravail, de nombreux professionnels sont en recherche de lieux collectifs.

Par ailleurs, certaines universités développent des cursus en distanciel pour des étudiants. Ça devient possible pour les jeunes du territoire d’avoir accès à un large panel de formations. Eux aussi sont à la recherche d’un lieu de travail ou d’études plus vivant.
Au sein de l’association, nous avançons bien sur ces sujets. Plusieurs projets sont en cours. Il y a une envie forte. Par exemple, la mairie de Vollore-Ville a acquis un bâtiment. Elle va ensuite travailler avec les acteurs locaux pour comprendre quels sont leurs besoins et co-construire le lieu.

Vous mentionnez l’Etude TenMod sur votre site internet. Pouvez-vous nous en dire deux mots ?

C’est un appel à projet de l’ADEME pour que les territoires s’emparent des questions de mobilités. La volonté, au niveau national, est d’identifier des projets d’envergure à accompagner. Les résultats de l’étude TenMod seront présentés fin novembre. L’étude doit faire ressortir les besoins des habitants.

Des financements seront ensuite alloués pour financer, par exemple, des référents mobilités pour accompagner les habitants de A à Z dans leurs problématiques de mobilités.

Quel est votre réseau de partenaires aux Monts qui pétillent ?

Nous travaillons avec un écosystème large. Des institutions comme la ville de Thiers, mais également des petites communes. Le syndicat de transports de la ville de Thiers est également très dynamique sur l’intermodalité. On est aussi en lien avec d’autres associations, notamment pour la remise en route de la ligne de chemin de fer entre Boën et Thiers.

Je connais bien ce problème. Lorsque j’étais élue, j’ai voulu utiliser le train pour me rendre à Saint-Etienne. La fréquence était déjà à l’époque vraiment limitée. Ensuite, certains trains ont été remplacés par des cars. Certains de ces cars étaient complets à mi-parcours et ne pouvaient pas faire monter de nouveaux passagers. C’est la mise en place d’un échec organisé.

Violette Auvergne, lorsque nous nous sommes croisées pendant la semaine Orbimob, vous avez parlé de la place du citoyen dans la transformation de la mobilité. Que voulez-vous dire ?

Il y a eu une programmation très riche avec la semaine Orbimob. On a beaucoup parlé de technologie, d’innovation, de transformation et de croissance. Pourtant, la place des citoyens dans la transformation des mobilités à été peu ou pas abordée.

Point intéressant cependant. L’approche du Massif Central laisse une large place à la société civile, nous comptons bien creuser cette piste. L’accent est mis sur la cohésion sociale et le bien vivre sur notre territoire. Cela nous semble plus que pertinent. 

Avec les Monts qui pétillent, comment embarquez-vous les citoyens sur les sujets de mobilités ?

Violette Auberger : Tout est une question de méthode. On ne va pas communiquer de la même manière vers toutes les cibles. Par exemple, lors du Festival des mobilités, nous avons proposé une randonnée musicale à vélo, vélo électrique, à cheval et à pied.

Les personnes présentes ne sont peut-être pas venues pour le sujet mobilité, mais elles ont été sensibilisées à travers une programmation culturelle de pleine nature. Nous avons pu entamer la discussion. Comme l’offre culturelle est limitée sur notre territoire, cet événement a attiré un public large et diversifié.

De notre point de vue, pour parvenir à sensibiliser à la mobilité durable, il faut avoir des approches diversifiées en fonction des publics. Par exemple, nous avons proposé une lecture d’un poème sur la mobilité avec un casque assis sur un transat. Ça a également eu beaucoup de succès.

Quels sont les projets à venir pour les prochains mois ?

Nous devons nous réunir très prochainement pour faire le bilan du festival des mobilités.

Il y a quelque temps, nous avons évoqué la création d’une SCIC des mobilités durables. Elle pourrait regrouper des entrepreneurs et des collectivités. Nous devons être vigilants à ne pas faire doublon sur certains sujets, mais l’idée est sur la table.

Nous avons également des personnes qui ont envie de travailler sur le cheminement piéton autour des villages. Cela permettrait aux habitants de couper par des chemins pour rejoindre un autre lieu. Pour que cela soit possible, il faut mettre en place du balisage. Nous devons travailler avec les associations de marche ou de VTT et avec les communes.

Enfin, nous essayons d’imaginer des solutions pour centraliser les informations, comme les horaires de bus de la région. Aujourd’hui, c’est très compliqué de s’y retrouver, surtout si on n’est pas à l’aise avec le numérique.

C’est l’instant carte blanche, quelque chose à ajouter ?

Violette Auberger : J’ai entendu, pendant la semaine Orbimob, cette remarque: “ce sont pour 50 %, des ruraux qui engorgent les entrées de centre ville” mais il n’y a aucune analyse du pourquoi, aucune suggestion pour y remédier, juste un constat.

Aujourd’hui, notamment en zones rurales, on doit se déplacer toujours plus, parce que les services publics de proximité tendent à disparaître. Pour certains habitants, il faut faire 40 km pour se rendre à la CAF, c’est quand même délirant.
En zones rurales, nous sommes prisonniers de nos voitures. Nous n’avons pas le choix dans nos transports. Pourtant, nous sommes conscients qu’il faut changer nos modes de déplacements pour faire face au réchauffement climatique, mais en face nous n’avons aucune alternative.

Pour moi, la mobilité durable ce n’est pas plus bouger, mais avant tout mieux bouger. J’espère que dans les prochaines années, on parviendra à trouver les alternatives qui manquent tant sur nos territoires. La technologie et l’innovation doivent être au service de cette recherche de solutions. Elles doivent être au service des citoyens et des habitants de nos territoires avant tout.

Dans la tête de Violette :

Ta définition de l’innovation : rendre la vie plus pétillante à tous 

Une belle idée de start-up : une start-up qui aurait pour objet de redonner le pouvoir de rêver, de désirer à chacun  

La start-up qui monte : même si ce n’est pas une entreprise je dirai les monts qui pétillent ! 

Où est-ce que tu vas à la pêche à l’info : internet beaucoup , j’écoute la radio aussi 

Une recommandation pour s’instruire (livre, podcast, magazine, série) : ça ne parait pas très fun , mais les rapports sénatoriaux, ils sont souvent trés complet notamment celui d’Olivier Jacquin sur les mobilités en zones peu denses à l’horizon 2040 ou celui sur l’alimentation durable des sénateurs Françoise Carton et Jean Luc Fichet. 

Une recommandation pour rire (livre, podcast, magazine, série) : rien ne vaut un bon moment avec des amis , la convivialité, la rencontre reste la meilleur manière de rire et de sourire 

une femme qui t’inspire/experte : Arlette Maussan, une femme remarquable qui oeuvre depuis des dizaines d’années pour que ORANO entretienne le site de l’ancienne mine d’uranium de Saint Priest la Prugne, des tonnes de déchets radioactifs y sont stockés. C’est une militante hors paire qui est devenue experte en déchets radioactifs.
L’énergie c’est aussi cela, limiter la production quand on se sait pas recycler et ne pas laisser nos enfants se débrouiller car “ils auront des technologies pour le faire” ce report de responsabilité est inacceptable  …il ne faut pas la gaspiller, cet axe n’a pas non plus été beaucoup développé pendant Orbimob hormis par REN 21.

L’Auvergnat.e d’ici ou d’ailleurs avec qui tu aimerais bien boire un coup : tous, j’adore discuter autour d’un apéro et écouter les histoires que l’on veut bien me faire partager, politiques, citoyens, j’aime ses bribes de vie qui font le territoire et me permettent de le comprendre.  Cependant, je n’ai jamais rencontré André Chassaigne,qui œuvre beaucoup pour la ruralité, je serais ravie de partager un apéro avec lui.

À propos de Pauline Rivière

Pauline Rivière est journaliste et rédactrice en chef du média en ligne le Connecteur. Elle est aujourd'hui, réalisatrice, reporter d’images et formatrice au sein du média en ligne Le Connecteur. Elle s'intéresse également à l'innovation éditoriale. Avec sa société SmartVideo Academy, elle anime différentes formations à la réalisation de vidéos (au smartphone notamment) et à l’écriture audiovisuelle. Elle intervient également dans l'Enseignement Supérieur auprès d'étudiants en communication digitale.