Parc Naturopôle Nutrition Santé : Living Lab avant les Living Lab

Parc Naturopôle Nutrition Santé :  Living Lab avant les Living Lab

Philippe Laurent pourrait donner l’impression d’un cumulard tellement il a eu de fonctions. Pourtant, à y regarder de plus près, on perçoit nettement la ligne guide qui structure son parcours professionnel et son engagement. Rien de moins que la passion du territoire et du collectif.

Tous ceux qui l’ont côtoyé connaissent son histoire : Philippe maîtrisait l’art du story telling avant que cela en devienne un.  Jeune pharmacien diplômé, Philippe voulait absolument travailler et faire sa vie à St Bonnet de Rochefort, le village de ses grands parents … trop petit pour y créer une pharmacie. Soit.

Il crée donc sa propre activité de préparations magistrales à base de plantes pour les officines (lire notre article « mes premières fois » ) et alors qu’elle se développe plutôt bien, le projet de faire naître un îlot d’activités économiques autour prend forme.

Pour Philippe Laurent, ce projet repose sur 5 axes fondateurs, inchangés -et renforcés- depuis 1995

  • un positionnement fort et clair de la zone :
    • une zone où s’invente une médecine de santé à base de végétaux. Les entreprises actuels sont parfaitement en phase avec ce positionnement (voir les entreprises installées). Deux nouvelles entreprises viennent d’être cooptées, elles complètent l’offre globale en 2020 ; il s’agit des Bougies de Charroux (dans une démarche de préservation de santé de l’homme et de la nature) et la D-Lab, cosmétique orale pour prévenir les méfaits du vieillissement
    • et une zone d’activité qui se déploiera en environnement préservé. A terme, elle sera d’ailleurs en 2010, la première zone d’activités labellisée Iso 14001 en Auvergne. « Aujourd’hui, nous sommes toujours fidèles à cet engagement.  Le parc vise à faire progresser son autonomie énergétique : nous travaillons sur un projet de retraitement de nos déchets qui devrait nous permettre d’atteindre cet objectif. »
  • un recrutement d’entreprises complémentaires ciblé, cherchant à la fois le partage des valeurs – en particulier le respect de l’environnement- et la complémentarité des offres. L’idée étant de construire une offre globale intégrant l’ensemble de la chaîne de valeur de transformation et de valorisation du végétal et de ses co-produits. Ce que l’on nomme aujourd’hui l’économie circulaire. Une façon d’ancrer la valeur sur le territoire et de consolider l’ensemble des maillons. C’est le cas par exemple d’Eskiss Packaging, spécialiste du packaging pharmaceutique, qui a fait évoluer ses pratiques en remplaçant ses encres avec solvant par des encres à base d’eau pour être en phase avec le positionnement de la zone

  • une recherche constante de mutualisation
    • soit de la promotion du parc (par exemple, une présence collective sur des salons thématiques)
    • soit de cohérence des stratégies d’entreprises (la mise en place des certifications telles qu’Iso 14001 en est une belle illustration)
    • soit de développement des capacités d’innovation des entreprises dans une logique de marketing de l’offre. « Il y a un gouffre entre les PME et la recherche académique, il s’agit donc de créer des ponts » Ce sera le cas au travers notamment d’un partenariat avec le CRNH et de l’ensemble de ses tutelles (INRA/ CHU/ UCA/ INSERM/Centre Jean Perrin) . C’est aussi ce qui conduit Philippe Laurent à présider Nutravita, le cluster des entreprises du secteur de la nutrition santé qui mènera de nombreux projets de recherche collaboratifs. Cluster qui vient d’intégrer Végépolys Valley. (lire notre article le mois prochain)
    • « Cette collaboration connaît aujourd’hui un développement inédit et très enthousiasmant avec la création d’une plateforme de recherche spécifique sur un projet sur lequel nous avons l’exclusivité pendant 10 ans : nous travaillons sur une plateforme de sélection variétale haut débit, destinée aux plantes médicinales. Nos recherches portent sur les conditions d’amélioration de la teneur en actifs de ces plantes sans modification génétique mais par hybridation classique par la sélection des parents. Aujourd’hui, il s’agit de créer une plate-forme performante, en permettant l’accélération du cycle végétatif (une année en 75 jours en reproduisant les variations de températures, de lumière, …) Nous pouvons mener ce genre de travaux ici, en Auvergne, parce que nous avons tout le continuum du champs aux usages santé avec l’INRA, le CRNH et ses tutelles, Végépolis Valley, Agritech, … et 4 entreprises auvergnates qui se sont mobilisées pour développer et co financer le projet.   C’est une expérience vertueuse qui apporte un ancrage de valeur fort grâce à une offre innovante qui combine les savoir faire et les expertises locales. C’est vraiment toute l’ambition du parc Naturopole qui travaille aux côtés des acteurs académiques, et entrepreneurs d’Auvergne rassemblés au sein de la labellisation I Site de notre territoire.

Comme un Living Lab

La philosophie du Parc Naturopole est aussi celle d’un Living Lab avant l’heure : expérimenter, analyser et développer un modèle extrapolable ailleurs en environnement préservé. En 15 ans, un autre Naturopole (3D) est né à côté d’Aix les bains et un 3ème est en projet dans le Cher, d’autres tentatives n’ont pas abouti.

 

Pourquoi est-ce si long ?

C’est plus complexe qu’il n’y paraît, notre expérience nous a permis d’identifier quelques facteurs clés nécessaires au succès ; Nous évoluons en zone rurale : si le projet n’est pas porté par un tandem fort public privé, ça ne marche pas, il faut un entrepreneur piqué au territoire et un élu engagé pour trouver des solutions ; il faut aussi que le projet soit en lien avec la génétique du territoire. Ici ca a été le rôle d’Anne Marie Defay notre maire et conseiller général du canton de Gannat.

Le Parc Naturopole Nutrition Santé a été labellisé 2 fois pôles d’excellence rurale. C’est une démarche de fond : il s’agit à la fois de soutenir la dynamique économique des territoires en favorisant les interactions chercheurs / entreprises autour de projets d’innovation mais aussi, pour les collectivités de déployer l’écosytème favorable pour l’acceuil d ‘entreprises.

Si on prend l’exemple de la certification iso 14001, il y a les champs d’actions du ressort des entreprises, sur leurs propres pratiques mais il y avait également des pans entiers du ressort de la collectivité (gestion des déchets, entretien des espaces verts, …)

Il faut que ce soit un vrai projet pour animer et développer tout un bassin de vie : les destinées sont étroitement liées.

    • Par exemple, une belle zone d’activité sans développement parallèle de logement, ce sera un échec. Ici, 230 salariés travaillent sur la zone : 53% habitent à moins de 15kms.
    • Saint Bonnet et Charroux ont fait un regroupement pédagogique pour garder les écoles, nous avons cherché des solutions pour organiser un service de garderie d’urgence avec les nounous à proximité…
    • nous n’avons pas créé de restaurant d’entreprises mais plutôt donné des tickets restaurant pour que nos salariés aillent manger dans les restaurants environnants: cela contribue à l’économie du territoire.
    • C’est très pragmatique, mais c’est ce à quoi sont sensibles les familles quand elles décident de venir travailler et vivre quelque part. Réfléchir à tout ça ne peut se faire qu’en duo entrepreneurs-collectivités.
    • On ne peut pas se plaindre tout le temps et n’avoir qu’une réflexion égocentrique.

Finalement on s’est rebiffé contre l’inexorable déclin qu’on nous promettait et on l’a réussi en équipe. J’adore ça   !

Quel est ton moteur Philippe ?

Globalement, je suis convaincu depuis toujours que l’innovation se fait à l’interface des savoirs être, des savoirs et des savoirs faire . Il faut permettre ces rencontres, mélanger les horizons. J’ai toujours ressenti fortement et instinctivement tout l’intérêt qu’il y avait à faire ensemble, plutôt que seul, c’est peut être la culture de nos territoires ! Après plusieurs expériences à différents niveaux, le concret, c’est bien de penser global et d’agir local !

 

Crédit Photos : @DenisPourcher

À propos de Véronique Jal

Forte d'une dizaine d'années d'expérience de direction de projets à forte composante de management transversal de partenaires très variés (élus, collègues, partenaires privés et publics), je me suis jusque là passionnée pour des produits à fort "sens ajouté" ;-) Les fromages AOP, les hébergements touristiques, la démarche d'attractivité d'une région... Toulousaine d'origine, j'ai découvert et choisi l'Auvergne que mon parcours pro m'a amenée à connaître sous plein de facettes Passionnée aussi de cuisine, j'ai créé et animé pendant 10 ans Slow Food Auvergne en arrivant à Clermont, puis plus récemment passé un titre de restaurateur entrepreneur à l'Institut Paul Bocuse, une chouette aventure ! J'aime aussi beaucoup le collectif.