Raphaël Poughon – La Cie Rotative. L’innovation doit servir les transitions.

Raphaël Poughon – La Cie Rotative.  L’innovation doit servir les transitions.

Le Connecteur est un média associatif. Son conseil d’administration est donc le creuset du projet global. Une série de portraits pour comprendre ce qui rassemble ceux qui ont eu envie de rejoindre – ou poursuivre – l’aventure. Chacun a répondu aux mêmes questions: son lien au territoire, le sens de l’innovation, ses envies, ses valeurs, … avec sa sensibilité.

Raphaël Poughon, dit Rapou, est directeur de la compagnie Rotative, le Lab d’Innovation du Groupe Centre France.

Raphaël, qu’est ce qui t’anime dans le lien aux territoires ?

La notion de territoire est super importante pour moi. En fait, c’est notre terrain de jeu.

La nature de ce terrain permet des expérimentations différentes. Si on voulait développer Magma (NLDR : le collectif des incubateurs et accélérateurs du territoire) pour faire émerger des solutions collectives,  je ne crois pas que ça pourrait se faire de la même manière dans d’autres territoires, plus grands notamment.

L’envie de fédérer et de faire ensemble n’est possible que quand on se connait et qu’on se fait confiance. Sur des écosystèmes plus gros ce n’est pas possible. Je me sentirai noyé dans un environnement plus large, plus dense. Ce serait trop. Alors que pour certains à l’inverse, c’est étouffant.

Bref, il faut être bien sur son terrain de jeu, et moi je m’y sens bien.  Ici, les choses ne sont pas données. Il faut se remonter les manches pour faire avancer les sujets. Et on n’avance vraiment que quand on se met à bosser en collectif. Il n’y a pas de concurrence, c’est l’esprit Rugby … cette notion de mêlée est hyper importante. 

Je crois encore aux vertus de la collaboration, du partage, de l’ouverture et notre territoire accueille bien ce type de démarche.

Et puis, il y a un côté viscéral, instinctif : les pieds dans la terre, les volcans, … ça fait beaucoup de bien d’avoir un rapport sain, de se  rappeler quelle est notre place à l’échelle de la nature, qui est super présente. On ne peut pas l’oublier. Attention, je ne veux pas dire qu’on ne doit pas avoir de grandes ambitions mais il faut les penser à une échelle plus globale, avec recul et humilité.  Quand tu prends un peu de hauteur, dans tous les sens du terme, ton horizon s’élargit … 

L’enjeu : l’innovation, ça devrait servir à … ?

Alors ça c’est vraiment un questionnement à avoir toujours en tête. 

Je l’ai vécu personnellement ce cheminement : j’ai d’abord fait de l’innovation sans le dire, puis j’ai fait de l’innovation parce que j’aimais ça et puis ensuite j’ai cherché à savoir pourquoi… Il faut un sens, une finalité, un objectif.

Ce pivot, je l’ai vécu. Pour moi, l’innovation doit servir une transition nécessaire.  La notion de nécessité est fondamentale. Il ne peut pas s’agir de faire rouler des voitures plus vite, ou de stylos parfumés … c’est gâcher du talent, de la ressources, du temps … non, il faut que cela fasse sens au regard de l’intérêt commun.

Pour moi, l’urgence est là: une innovation destinée à faciliter les transitions d’où que l’on parte. La réalité, c’est qu’on part de plein de points différents, très avancés ou très loin et que chacun doit faire sa transition en fonction de son état. On ne doit laisser personne au bord de la route.

Les valeurs à défendre

Dans la continuité de ce que j’évoquais avant, je dirais l’inclusion et l’écoute. Pour se remettre en question: où on en est,  que font les autres… vérifier que l’on est aligné. Cette notion de cohérence entre ce que l’on dit et ce que l’on fait est centrale.

J’ajouterais humilité et simplicité.

Pour un média comme Le Connecteur, je dirais une forme de sobriété :  revenir à l’essentiel, creuser à fond des sujets de niche, épurer …

Et puis, la base du projet, c’est la facilitation : connecter l’écosystème, faire se rencontrer, imaginer ensemble, … donner envie et inspirer. C’est déjà un beau challenge 😉

Une action collective à laquelle tu participes fièrement ?

Deux en fait. Une pro et une perso.

Magma, j’en parlais tout à l’heure. L’idée de fédérer des équipes, d’identifier les passerelles mais aussi les zones de ‘choc’,  pour ensuite permettre de partager nos savoir faire, nos réseaux dans un esprit de vraie collaboration… ce n’est pas toujours facile mais par contre toujours hyper motivant ! Après la mise en réseau opérationnelle des structures, ce que nous aimerions réussir ce serait la création d’une communauté des projets accélérés et incubés. Que chacun puisse identifier ses leviers, les ressources intéressantes à partager …

L’idée c’est d’être l’étincelle qui fait un joli feu

Et à titre perso, je suis très fier d’être le président de l’association musicale d’Auvergne,  qui essaie toujours de se réinventer. C’est né comme une petite asso, quasi familiale, et aujourd’hui, on a un chouette orchestre, avec plus de  70 adhérents, des violonistes, pianistes, percussionnistes,  violoncellistes, de 2 mois à 60 ans … 

Ce que j’aime particulièrement, c’est que chacun y a sa place. Petits et grands, même s’il ne joue qu’une note dans un morceau.

Cette mentalité me plait beaucoup. Le jeu d’orchestre est une discipline très particulière : il faut écouter pour progresser, c’est très formateur.

Savoir s’arrêter et se taire quand c’est au tour de l’autre… Des valeurs très inspirantes en musique … comme ailleurs !

Concernant le Connecteur, sur quoi aurais-tu envie de t’investir ?

Le premier sujet sur lequel il y a vraiment des connexions à faire, c’est celui des Tiers Lieux. Nous avons un potentiel de cross fertilisation autour des questions de publics et de territoires. Les tiers lieux permettent le brassage ds populations, notamment dans des endroits plus éloignés. Ils ont un vrai rôle pour faire éclore des talents, créer des connexions, faire naitre des projets…  Ces sujets font écho aussi avec La Montagne. Le groupe pense à ouvrir ses agences locales par exemple, en faire des lieux ouverts, de rencontres, de contacts avec les lecteurs … On pourrait envisager d’aller plus loin, de  proposer des événements ensemble … Etre physiquement proche, c’est quand même la forme la plus aboutie de la recherche de proximité. Et ça, c’est la quintessence du média de proximité… Un média, littéralement, c’est quand même un  intermédiaire

Le meilleur conseil jamais reçu

Sans hésitation aucune : s’écouter, suivre son instinct, se faire confiance. 

J’ai appris à écouter les vibrations: ce qui vibre ou ne vibre pas, et quand ça ne vibre pas bien,  je sais qu’il faut réagir, réajuster …

Ca parait presque un peu étrange et en tout cas pas très rationnel, mais j’en suis sûr aujourd’hui, il faut l’entendre et accepter que ça puisse être un vrai argument.

Ton plus bel échec

Un souvenir pro : il s’agissait d’un premier programme d’innovation participative en interne. Nous avions lancé un appel aux bonnes idées, …  c’était génial, le programme a  embarqué beaucoup de monde, généré beaucoup d’enthousiasme … et plof, on n’avait pas vraiment pensé l’après … qu’est ce qu’on fait de tout ça, comment on traite et met en oeuvre … In fine, cela a généré beaucoup de frustrations …

J’ai appris qu’il ne faut jamais créer d’espoirs si on n’est pas capable de les traiter et cela m’a permis de penser le programme d’incubation et les dynamiques d’intrapreneuriat de la compagnie autrement.

Ton épitaphe de rêve 

Il ne savait pas que c’était impossible alors il l’a fait.

Tes respirations/ inspirations : lectures, podcasts, …

Makestorming, le guide de Corporate Hacking

Edition Diateino / Stéphanie Bacquere & Marie Noéline Viguié

 

Podcast Croisement (s) : de longs entretiens sur l’innovation, très intéressants

Je regarde aussi des fictions, des séries, … genre House of Cards ou Peaky Blinders,…

Ca peut paraitre bizarre mais ce genre d’univers m’inspire beaucoup !

Et enfin, mon coup de coeur,

La Revue Dessinée : c’est un média papier, une revue trimestrielle, assez militante, qui traite de sujets de société, confronte différents horizons … J’adore et j’adore l’offrir …

 

Alerte BDphiles : c’est une très belle idée de cadeau de Noël !

 

À propos de Véronique Jal

Ma ligne guide depuis 15 ans, c'est le management de projets collectifs à fort "sens ajouté" : les fromages AOP, les hébergements touristiques, la démarche d'attractivité d'une région... et aujourd'hui l'innovation territoriale via un média associatif Toulousaine d'origine, j'ai découvert et choisi l'Auvergne que mon parcours pro m'a amenée à connaître sous plein de facettes. Passionnée aussi de cuisine, j'ai créé et animé pendant 10 ans Slow Food Auvergne en arrivant à Clermont, puis plus récemment passé un titre de restaurateur entrepreneur à l'Institut Paul Bocuse, une chouette aventure !