« On a beaucoup trop déconnecté le traitement de l’information et le monde de la recherche. Il faudrait réconcilier les deux. » Barbara Goncalves, Radio campus

« On a beaucoup trop déconnecté le traitement de l’information et le monde de la recherche. Il faudrait réconcilier les deux. » Barbara Goncalves, Radio campus

Radio campus est née en 1995. La radio-école vient de fêter ses 25 années d’existence. Barbara Goncalves, chargée de développement, la présente comme une radio alternative, participative, locale, bénévole et apolitique. Comment ce  concept participe-t-il à réconcilier citoyens et médias ? La méthode scientifique peut-elle être appliqué aux médias ? Barbara partage avec nous sa vision sur les médias de proximité et les grands enjeux qui attendent les médias pour 2021.

Avant de commencer, est-ce que tu peux nous expliquer rapidement ton parcours ? Comment es-tu arrivé à Radio Campus ?

J’ai un parcours qui n’est pas classique. Pendant mes études de droit et ma thèse, je me suis investie comme bénévole dans de nombreuses associations.
Notamment Doct’Auvergne qui proposait une émission à Radio Campus, et c’est comme cela que j’ai découvert le projet. À la fin de ma thèse, j’ai postulé puisqu’un poste se libérait et que j’aimais bien l’administratif et le média radio. J’ai été retenue et c’est comme cela que l’aventure a débuté.

On ne peut débuter un échange sans la fameuse question : Quelle est la ligne éditoriale de Radio Campus ?

Nous sommes enregistrés au CSA comme radio de découvertes musicales. Ce qui signifie nous devons respecter des engagements, comme 50% de nouveautés chaque mois, un quota de chansons françaises et un collectif de programmateurs. 
La particularité de Radio Campus, c’est que ce sont les (environ) 150 bénévoles qui font la programmation. Nous avons une grande liberté de paroles puisque l’idée, c’est de laisser les bénévoles parler des thématiques qui les intéressent. 

Bon 2020, c’est l’année dont on se souviendra, parce que bon … ça on ne l’avait pas vu venir. Quel regard portes tu sur le traitement médiatique de la crise sanitaire ?

On a vu les grands médias, reprendre la même information en boucle. A un certain moment, ce focus prend toute la place et ne laisse aucun espace pour le reste de l’actualité. C’est ce sur-traitement du sujet qui a révélé certaines failles médiatiques. On a entendu tout et son contraire sur les plateaux. Les médias n’ont pas forcément donné la parole aux personnes qui étaient les plus compétentes pour le faire.
Même au niveau de l’Etat, j’ai eu l’impression qu’il y avait cette volonté de mettre en avant des chiffres, toujours des chiffres et de faire peur à travers les médias. Je trouve ça dommage. 

On a un l’impression que l’on a une France de plus en plus divisée avec des clivages qui semblent irréconciliables. Peut-être n’est-ce pas vraiment le cas… qu’en penses tu ?

J’ai l’impression que la fracture sociale était déjà présente et que la crise a créé un fossé encore plus grand. Finalement, ce sont les personnes les plus défavorisées ainsi que des petites entreprises qui se retrouvent dans des situations très difficiles.. 
En ce qui concerne les médias, la fracture était aussi déjà identifiée. La presse écrite n’est plus aussi lue qu’auparavant, certaines personnes vont se contenter de TF1 et de BFMTV pour s’informer ce qui est réducteur.
Je ne fais pas de jugement de valeur, mais ce sont toujours les mêmes discours paramétrés qui suivent des codes précis. On va être sur le constat et pas dans la construction de l’explication. Finalement, ça augmente la fracture sociale en termes de connaissances.

Nous posons la même question à chaque invité. Aujourd’hui on parle beaucoup de la nécessité de mieux s’informer. C’est quoi « bien s’informer » ?

Je pense que pour bien s’informer, il faut vérifier la ligne éditoriale d’un média. Bien entendu, nous avons tous des affinités plus fortes avec certains médias en fonction de nos convictions et ce n’est pas un problème. En revanche, on constate que certains médias sont vraiment biaisés dans leur ligne éditoriale, qu’il délivre une information totalement partiale.
C’est pour cela qu’il est important de garder un esprit critique. Un information va être traitée différemment en fonction du média mais normalement à la base, il y a les mêmes faits.

Cette crise sanitaire en a révélé une autre; la crise de l’expertise . Le citoyen a entendu tout et son contraire. Comment lui reprochez dans ce cas là de douter de la véracité des propos vus, lus ou entendus ?

C’est une bonne question. Il n’y a jamais de fumée sans feu. Je pense que le choix de traitements de l’information sont parfois exagérément orientés, et ce, de manière flagrante. C’est ce qui peut nous amener à douter de ce qui nous est raconté.
D’ailleurs, il y a un autre problème derrière cette crise de l’expertise. On a beaucoup trop déconnecté le traitement de l’information et le monde de la recherche. Maintenant, il faut réconcilier les deux. Il existe de très bons médiateurs qui vont bien retranscrire, mais certains peuvent parfois dévoyer les informations.

Chronique pour les jeunes publics réalisée confinée en partenariat dans le cadre du programme l’info se dévoile.
« Les mots de la communication » par Pauline Rivière

Comment éviter que chacun s’enferme dans sa bulle de filtres .. Que faites-vous pour que votre programmation ne soit pas une sur-présentation d’un seul discours ? Comment faire en sorte que vos programmes soient représentatifs de la société ?

Nous sommes une radio-école avec comme raison d’être de donner la parole à toutes et à tous.  Pour ce faire, nous accompagnons et formons tous les bénévoles qui participent à la programmation.
En traitant l’information à travers les thématiques que les bénévoles ont envie d’aborder, on évite justement cet enfermement. On va avoir des sujets autour du cinéma, de la musique ou des questions de société. Nous avons environ soixante dix programmes. C’est très varié
Comme le milieu associatif de manière générale est plutôt à gauche et plutôt engagé sur les questions sociales, ça se retrouve forcément dans la programmation. Cette réalité-là n’est pas figée. Elle s’est construite à travers les bénévoles au fil des ans et se modifient chaque année.
Nous avons une commission d’antenne qui étudie les projets d’émission pour vérifier qu’il est bien construit. Ensuite, on laisse une liberté de paroles la plus large possible.

Avant de conclure, pour toi quels sont les enjeux et les défis pour le monde médiatique en 2021 ?

Tout d’abord, il faut continuer de développer les actions d’éducation aux médias. D’ailleurs, le CLEMI est très actif dans sur la question en ce moment et c’est tant mieux. Je reste persuadée que ce sont plutôt les jeunes qu’il faut former parce que ce sont les adultes de demain. Soyons honnêtes, il est beaucoup plus compliqué de faire bouger les lignes quand les personnes sont plus âgées et déjà tellement ancrées dans leurs habitudes.
Ensuite, ,ous devons mieux former les jeunes à l’esprit critique. C’est quelque chose que l’on a un peu perdu de vue. Il y a vraiment un programme à construire entre les établissements scolaires et les journalistes et les médias.
Enfin, je constate des actions assez antinomiques de la part de l’Etat. D’une part, le souhait de développer l’éducation aux médias, et d’autre part celui de censurer l’information à travers de nouvelles lois. Il faut que l’on reste très vigilant car c’est inquiétant.

Et quels sont les projets de Radio Campus ?

On espère être enfin réellement déconfinés pour reprendre nos émissions et faire vivre la radio. C’est dur de créer du lien avec et entre les bénévoles si on est chacun chez soi. Nous voulons également poursuivre le développement des ateliers d’éducation aux outils radiophoniques. 
Enfin, l’équipe change, mais c’est aussi bien, parce que je pense que chacun vient avec ses idées et c’est une bonne chose. Une équipe qui tourne sur un média associatif redonne à chaque fois un nouvel élan et propose de nouvelles directions.

Donc, tu pars vers ne nouveaux horizons ? Tu nous en dis un peu plus avant de partir ?

Je retourne dans le domaine juridique. Je vais travailler auprès des procureurs du Puy en Velay et d’Aurillac. Concernant les médias, j’ai encore plein de projets bénévoles.
Avec l’association Décoder nous mettons en place de la médiation scientifique à travers l’explication de la construction d’un article scientifique après des scolaires. D’ailleurs, nous allons proposer la co-écriture d’articles mathématiques et informatique puis des conférences faites par les enfants dans le cadre du festival Exposciences.
On devrait également participer à un programme de festival d’éducation aux médias sur Clermont-Ferrand. Pour moi, la médiation scientifique est vraiment une porte d’entrée intéressante pour être en lien avec les médias et le traitement rigoureux de l’information. Aujourd’hui plus que jamais.

Dans la tête de Barbara

Ton format préféré : le podcast 
Un  nouveau format qui ne te laisse pas indifférente :  les vidéos Youtube
La meilleure innovation éditoriale de tous les temps : donner la parole au citoyens 
Ton média préféré  : Radio Campus
Le petit média qui monte : le journal Décoder
Où est ce que tu vas à la pêche à l’info : Beaucoup sur internet et sur les sites de podcasts, sur Binge audio, france culture, france inter
une recommandation : les podcasts sur Binge audio comme kiff ta race ou miroir-miroir, ce sont des programmes engagés. Et sinon en livre « Beautés Fatales » de Mona Chollet
un voeu pour 2021 : un monde meilleur, c’est très miss France mais j’aimerais bien un monde plus égalitaire. 



À propos de Pauline Rivière

Pauline Rivière est rédactrice en chef du média en ligne le Connecteur. Elle est aujourd'hui, réalisatrice, reporter d’images et formatrice au sein de l'association. Elle s'intéresse également à l'innovation éditoriale. Avec sa société SmartVideo Academy, elle anime différentes formations à la réalisation de vidéos (au smartphone notamment) et à l’écriture audiovisuelle. Elle intervient également dans l'Enseignement Supérieur auprès d'étudiants en communication digitale.