« Pour un tourisme plus durable, plus digital … » Le cas WOOM.

« Pour un tourisme plus durable, plus digital … » Le cas WOOM.

A l’heure où le Premier Ministre,  annonçant un plan Marshall pour le secteur, affirme « Il faut qu’on ait un nouveau tourisme en sortie de crise, un tourisme qui soit plus durable, plus participatif et plus digital », cela nous a donné envie de creuser un peu du côté de chez Woom.fr 😉

Dans le dossier Résiliences French Tech réalisé par Le Connecteur il y a quelques semaines, Guillaume Vorilhon répondait à la question “La crise est-elle une opportunité pour innover et se réinventer ?” en évoquant le développement d’un tourisme plus local et plus responsable. Il affirmait aussi que Woom voulait être acteur de cette transformation sociétale en axant son développement sur la vente de loisirs de proximité et la reconnexion aux territoires. Et aussi sur leur intention de travailler sur l’amélioration de leur  impact social et environnemental. Et donc, concrètement, qu’est ce que cela signifie ?

Raconte-nous qui tu es, d’où tu viens, tes engagements, tes mantras ?

Avec Gaspard mon frère, nous avons monté Woom.fr, une plateforme de réservation de loisirs de proximité. Nous avons tous les deux un parcours “école de commerce”. Pour moi, l’Essec, et ensuite j’ai intégré Michelin sur des fonctions commerciales, marketing et stratégique sur une ligne de produit pour la France. Je suis Auvergnat, originaire d’Ambert, j’ai fêté mes 35 ans … en confinement.

Ce qui nous a animé ?

C’est plutôt l’envie de repenser, ré inventer, à notre échelle, un mode de management plus inclusif, une volonté créatrice, qui colle avec nos caractères et notre environnement familial, de maîtriser une idée d’un bout à l’autre, de la faire vivre.

J’ai aussi eu plusieurs expériences dans l’économie sociale et solidaire: il y a 12 ans, j’ai co-créé une plateforme de micro crédit au Pérou qui fonctionne toujours et qui promeut l’artisanat local et le tourisme équitable. J’ai aussi un engagement auprès de Cocoshaker en tant que mentor et jury (NDLR L’un de ses projet,  Koach Up, y a aussi été incubé).

Cette  notion d’impact social me tient à coeur, même si c’est aussi un luxe, plus accessible à des boîtes  plus solides. Notre mission première, nous l’entendons au travers de notre mode de management et de la responsabilité qui est la nôtre pour nos équipes.

Concernant la dimension environnementale, nous nous sommes aperçus que l’essentiel de ce que l’on propose comme activités est à faible impact, même s’il y a quelques activités motorisées dans notre portefeuille, c’est faible.

“Vous vous êtes aperçus”, cela signifie que c’est fortuit ?

Pas fortuit mais peut être intuitif. En fait, nous démarchons des segments de marché sur lesquels on a envie de se développer et je pense que c’était plus de l’intuition que de la véritable stratégie mais désormais ça va changer …

Nous sommes sur un secteur en plein essor : le loisir expérientiel.  Notre mantra, ce serait la pleine conscience, la vie au temps présent et le respect de l’environnement.

En fait, cela interroge l’origine et l’évolution historique de cette notion de loisirs.

Dans “Le Droit à la Paresse” paru en 1880, Paul Lafargue cite Adolphe Thiers en introduction

« Je veux rendre toute puissante l’influence du clergé, parce que je compte sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l’homme qu’il est ici-bas pour souffrir et non cette autre philosophie qui dit au contraire à l’homme : “Jouis”. »

En 100 ans, à coup d’acquis sociaux, de laïcisation croissante etc, le travail n’est plus cette valeur cardinale. Le temps a été libéré de ces contraintes, il a fallu apprendre à l’occuper autrement. D’abord dans une recherche de confort et de détente (la télé, le baladeur, …) puis on est passé à des expériences à vivre activement.

Woom n’est pas un acteur du tourisme, mais du loisir, ce n’est pas la même chose, il y a cette notion de proximité, de fréquence, et de saisonnalité plus large, même si elle est aussi rythmée par les vacances, les fêtes, etc

Les plateformes de commercialisation dans cette optique de transition vers un autre modèle sont critiquées pour ce qu’elles imposent comme relation commerciale à leurs fournisseurs notamment. Comment positionnes-tu Woom ?

Si les plateformes fonctionnent si bien c’est parce qu’elles apportent des avantages : elles agrègent des offres invisibles, garantissent la transparence des prix , la sécurité des transactions … c’est certes une approche très libérale mais elle bénéficie aux consommateurs.

Moi, j’y vois aussi un levier formidable de changement. Dans leur fonction d’intermédiation, de relation avec tout un secteur d’activité, elles peuvent avoir un rôle de régulateur, déclencher la prise en compte de changement en sensibilisant leurs partenaires.

Aujourd’hui, on cherche des leviers d’innovation. Il faut bien puiser dans l’économie actuelle pour basculer vers des modèles plus durables, on ne part pas de zéro.

Quel est le sujet central dans ton univers/secteur pro ?

Là tout de suite, c’est notre survie. On se bat comme des diables

Mais pour l’avenir, ce sera la manière dont nous allons collaborer avec d’autres acteurs de la chaîne de valeur du tourisme. Nous sommes sollicités par des Tour Opérateurs qui veulent revoir leur approche et qui sont sensibles aux changement de consommation, aux nouveaux usages.

C’est pour nous l’opportunité de pousser une offre la plus pertinente possible. Une nouvelle  offre qui pourrait avoir un impact: plus créatives, plus innovantes, plus axées sur le partage (ateliers DIY) entre habitants et touristes…

En fait, il va falloir se questionner sur la manière de répondre localement à ce que les gens allaient chercher à l’international. Il faut renforcer l’aspect expérientiel dans l’offre de proximité, qui a beaucoup de facteurs positifs : moins cher, moins long en déplacement, plus de temps en vrais vacances et pas en transit …

Il faut une sorte de tourisme augmenté pour renforcer la qualité des expériences, en faire des moments mémorables, tout autant que les chocs de culture qu’on peut aller chercher loin.

Le truc qui finit par t’agacer ? (trop vu, trop entendu, trop bullshit, …)

Je ne suis pas certain que tout change demain. La nature humaine réagit au pied du mur. Le basculement, il va s‘inscrire dans le temps par la force des choses, parce que le trafic aérien et les déplacements internationaux seront impactés pendant 2 ans … et puis, plus largement, ce genre de crise fait sauter les tabous politiques (endettement, collaborations, …)

En ce moment, le multilatéralisme de crise est hyper fort. Sera-t-il pérenne ? Non c’est peu probable mais pourtant c’est la seule chose qui peut vraiment faire changer les choses. Les leviers décisifs sont politiques. La crise c’est celle de l’offre, elle doit changer et elle fera  changer la demande.

Ce qui tu aimerais engager pour ce qui te concerne ? Ton monde d’après il ressemblerait à quoi ?

Il y a une chose à laquelle nous sommes très sensibles, c’est la dimension sociale, les enjeux d’inégalité dans la pratique des loisirs.  Les temps libres sont  inégalement répartis … dans leur ‘quantité’ et leur qualité, entre urbains et ruraux,  entre hommes et femmes et surtout  entre enfants selon leurs conditions de vie. Le chiffre de ceux qui ne partent pas beaucoup ou du tout en vacances est énorme. Nous allons travailler sur ce sujet, on va se rapprocher des associations de terrains qui s’occupent de l’enfance et essayer d’imaginer des contributions, en termes de  pricing,  de système de micro dons…

Nous n’avons pas les moyens d’abonder nous-mêmes aujourd’hui, nous sommes 6 et n’avons pas encore atteint notre taille critique. Par contre, nous pouvons être médiateurs, proposer des solutions, offrir de la visibilité pour ce sujet.

Sur la dimension environnementale, nous avons engagé une réflexion il y a 2 ou 3 mois suite à une sollicitation de ZEI  par l’intermédiaire de France Digitale. ZEI est une start up qui développe à la fois un comparateur de performance environnemental des marques pour les consommateurs et un outil de diagnostic pour que les entreprises mesurent leur impact environnemental et sociétal et identifient leurs pistes d’amélioration. C’est une approche qui nous intéresse beaucoup : il y a la dimension empreinte carbone liée au digital et également celle liée aux activités de loisirs que nous proposons.

Demain, nous pourrions créer un label et  peut être segmenter notre portefeuille d’activités en fonction des empreintes de différentes activités. C’est un levier de transformation. Et aussi un critère d’achat.

Ce qui était une intuition au départ  va nous tirer vers le haut!

Et si Woom acceptait les monnaies locales ?

J’aime beaucoup la philosophie des monnaies locales, elles sont réinvesties en local et donc profitent au territoire. Mais techniquement, aujourd’hui, je ne sais pas faire. A ma connaissance, il n’y a pas de carte bancaire en monnaie locale.

La Doume propose un système de paiement électronique.

Pour nous ca ferait vraiment sens !

Mais bon, Woom est sur le territoire national, il faudrait que l’on puisse les accepter toutes, sécuriser les transactions …

Ce serait une belle idée, à creuser

Ton inspiration lecture / podcast

Le Petit traité des grandes vertus d’André Comte Sponville. C’est une très chouette lecture,  il nous rappelle qu’une vision purement sanitaire est sans doute une grosse erreur, il faut se poser la question du spirituel et de l’origine de nos peurs.  On l’a un peu entendu dans les médias récemment mais ça ne remplace pas ses bouquins (voir aussi Le gai désespoir). La lecture scientifique triomphe en ce moment mais je reste persuadé que le combat pour l’environnement est aussi (et d’abord) spirituel. Il faut repenser notre rapport à la Nature… Redonner du sens au-delà de l’urgence “matérielle”.

Ta respiration musicale 

Tous les concerts confinés de M, sur sa page facebook

Un message à faire passer ?

Une pensée plutôt. Le confinement exacerbe les inégalités sociales, géographiques et les violences. Nous adressions modestement avec notre association Koachup les questions d’(in)égalités des chances. Je souhaite que cette période troublée soit aussi une “destruction créatrice” sur le plan social, pour repenser et consolider la fraternité et l’entraide.

À propos de Véronique Jal

Ma ligne guide depuis 15 ans, c'est le management de projets collectifs à fort "sens ajouté" : Les fromages AOP, les hébergements touristiques, la démarche d'attractivité d'une région... et aujourd'hui l'innovation territoriale via un média associatif Toulousaine d'origine, j'ai découvert et choisi l'Auvergne que mon parcours pro m'a amenée à connaître sous plein de facettes. Passionnée aussi de cuisine, j'ai créé et animé pendant 10 ans Slow Food Auvergne en arrivant à Clermont, puis plus récemment passé un titre de restaurateur entrepreneur à l'Institut Paul Bocuse, une chouette aventure !