Reportage / Au Valtom, l'innovation vient de nos déchets

Reportage / Au Valtom, l'innovation vient de nos déchets

Par Damien Caillard
Avec Alexis Echegut

Que peut-on faire à partir d’un déchet ? Plein de choses ! C’est le credo du Valtom, l’organisme chargé de l’économie circulaire sur la Métropole clermontoise et même au-delà (son périmètre englobe le Puy-de-Dôme et va jusqu’à Brioude). Son « vaisseau amiral » est le pôle Vernéa, ce gros bâtiment que chacun peut voir à l’est de Clermont, près de Lempdes. C’est ici que sont valorisés la quasi totalité de nos déchets ménagers, verts, industriels. L’objectif est de « redonner vie » à la plupart d’entre eux et de les réinjecter, sous une forme ou sous une autre, dans le circuit économique.


Dans le cadre de notre dossier « Innovation et environnement en Auvergne », nous avons pu rencontrer plusieurs acteurs du Valtom et visiter le Pole Vernéa. Un constat : il s’agit bien d’un dispositif territorial unique, impactant plusieurs agglomérations de la région avec de plus en plus d’effets sur les usages, les mentalités et bien sûr les ressources.

La grande ronde des déchets

L’économie circulaire porte bien son nom : créer, maintenir et développer des « boucles » ressources/produits/déchets dans notre économie locale. Elle pose les questions de réemploi, d’usage et de non-usage, de tri et de recyclage. En amont, il s’agit de considérer autant les matériaux utilisés (recyclables, valorisables, biodégradables voire compostables) que les techniques d’affichage et d’information pour sensibiliser le consommateur et faciliter le tri.

« Cela permet notamment de réduire l’extraction de matières premières à la source (…) et de transformer certains déchets en matières premières secondaires. » détaille Maxime Fritzen, coordinateur Territoire Zéro Déchets, Zéro Gaspillage au Valtom. Des « matières premières secondaires » ? Oui, quand on y pense il n’y a pas de raison de ne pas redonner vie aux matériaux employés dans nos biens de consommation. C’est toujours ça de moins à extraire du sol.

>> Voir l’interview vidéo ci-dessus de Maxime pour mieux comprendre le principe et les impacts de l’économie circulaire <<

Toute la démarche participe d’une approche écologique bien sûr, mais surtout d’économie de ressources et d’énergie – les deux étant très liées. Moins de matières premières à extraire, c’est aussi moins d’énergie pour les transformer ou les transporter sur de longues distances – le réemploi se faisant au niveau du territoire.

« C’est un changement de paradigme qui permet de découpler la croissance économique de la production de déchets » – Maxime Fritzen

Le consommateur, en « bout de chaîne » – dans une vision linéaire qui n’est pas la nôtre (si vous m’avez suivi) – a un rôle aussi important que le producteur ou le transformateur. C’est en effet juste après l’utilisation du produit que se décide son avenir, et qu’il doit être bien orienté vers le mode de valorisation approprié. Concrètement, il faut jeter ses déchets dans la poubelle de la bonne couleur, voire demander à sa ville d’installer des composteurs de quartier, voire faire un saut à la déchetterie pour y déposer les déchets spéciaux (électronique, produits chimiques …) … mais pourquoi pas réparer dans les tiers-lieux dédiés (type Repair Shop ou FabLab) ou donner à des associations spécialisées ?

« C’est un changement de paradigme qui permet de découpler la croissance économique de la production de déchets » conclut Maxime. Il faut en effet insister sur le fait que, par exemple, le PIB – l’indicateur principal de richesse dans notre société – ne prend pas du tout en compte l’impact sur l’environnement, et valorise surtout la production linéaire de biens et de services (extraction -> transformation -> consommation).

Biogaz, mâchefer, terreau …

Au vu du volume de déchets que nous produisons, le process de traitement et de valorisation doit forcément être à une échelle industrielle. C’est ce qui a été mis en place autour du pôle Vernéa, sis au « Petit Gandaillat », entre Lempdes et Clermont. Au pied de la colline de Puylong, qui grandit tout doucement – et pas pour des raisons géologiques.

Au pôle Vernéa – le siège du Valtom, autant que le centre de traitement et de valorisation des déchets – tout est réglé au millimètre. Ou plutôt au kilogramme, puisque les camions-bennes qui arrivent sont pesés à l’entrée comme à la sortie. Les 9 collectivités adhérentes sont ensuite facturées au poids de déchets traités.

S’ensuit tout un circuit où les déchets sont impitoyablement déversés, entassés, séparés, secoués, brassés, centrifugés. Les moins sages (et les plus verts) passent à la broyeuse et fermentent pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Tous vénèrent comme maître le grappin. Et tous finiront sous plusieurs formes bien différenciées : en énergie ou en chaleur pour le biogaz, en terreau pour les déchets verts, en mâchefer destiné au revêtement routier ou en morceaux de métaux à refondre … et bien sûr en enfouissement – hautement contrôlé – dans la colline voisine de Puy-Long.

>> Le plus simple pour comprendre les processus est de voir la présentation du pôle Vernéa ci-dessus, ou d’entrer dans les vidéos explicatives des étapes de valorisation <<

Les différentes étapes de l’ensemble du processus de valorisation sont techniquement plus ou moins complexes, allant de la macération lente dans des « casiers » de béton jusqu’à la génération de biogaz à partir de déchets fermentés. C’est d’ailleurs sans doute cette étape qui est la plus prometteuse en termes énergétique : il permet ainsi non seulement de rendre autonome en électricité le pôle Vernéa, mais aussi d’alimenter le réseau de chaleur urbain de 57 000 habitants de la métropole.

Présentation des projets de développement du Valtom par Jérôme Véryrières, responsable de la valorisation du pôle Vernéa :


Lire notre entretien avec David Slaney de GRDF qui nous parle notamment du biogaz


Enfin, l’ultime complexité vient des « flux tendus » imposés par le traitement des déchets sur un vaste territoire. Pour le Valtom, il s’agit d’accueillir les déchets de 548 communes, dont la « production » ne connaît pas de pause ! L’économie circulaire impose donc une vraie fluidité dans l’ensemble de sa chaîne de valeur, qui doit boucler sur elle-même.

Un dispositif partenarial

Parmi les points forts du Valtom se trouve la grande variété des acteurs locaux engagés dans le projet. Outre les 9 collectivités adhérentes sur deux départements, le Valtom bénéficie en effet de partenariats avec le Conseil Régional, le Conseil Départemental, Clermont Auvergne Métropole, des associations et des entreprises.

« On développe une culture commune pour participer à un changement d’approche » – Olivier Mezzalira

« Le Valtom a fédéré les collectivités sur le Puy-de-Dôme et une partie de la Haute-Loire pour oeuvrer à un projet commun« , résume Olivier Mezzalira, directeur du Valtom. Au premier chef : le pôle multifilière Vernéa, mis en service en 2013. Mais de nombreux autres projets sont en cours de développement, et « l’on développe une culture commune (…) pour participer à un changement d’approche » sur le territoire.

Le directeur du Valtom porte une attention particulière à l’intégration des entreprises, avec « une nécessité à mieux se connaître et travailler ensemble » précise-t-il. C’est un des objectifs majeurs de la labellisation Territoire Zéro Déchett, Zéro Gaspillage, qui se traduit de nombreuses manières sur le territoire mais qui vise notamment à appliquer les principes de l’économie circulaire au monde de l’entreprise.

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En conclusion, c’est bien ce changement d’approche, combiné à un dispositif territorial d’envergure et à plusieurs technologies industrielles au service de l’environnement, qui font du projet du Valtom une véritable innovation écologique. Si on n’en est pas encore à la Delorean de Retour vers le Futur 2 (qui carburait littéralement aux déchets), la volonté d’appliquer- à terme –  un système cohérent sur l’ensemble du territoire est clairement là.

Cela insiste sur le caractère quasi « comportemental » de l’innovation, qui dépasse les aspects techniques ou même procéduraux : innover, c’est avoir l’état d’esprit, le « mindset », permettant d’envisager les changements permanents et donc à venir du monde comme des opportunités de transformation et non uniquement comme des contraintes qui nous forceront à sortir de notre zone de confort.

Dans le cadre du nouveau modèle sociétal qui s’invente sous nos yeux, mais qui reste largement à appliquer, le nouveau paradigme sera de recréer des liens organiques entre l’homme et la nature. L’économie circulaire, de par son respect des ressources, sa volonté de valoriser voire de réduire les déchets, et son besoin d’impacter au minimum l’environnement, en est un maillon clé. En Auvergne, c’est le Valtom qui en est le fer de lance.


Pour en savoir plus : le site du Valtom


Réalisation vidéo par Alexis Echegut, interviews par Damien Caillard. Merci à Olivier Mezzalira, Maxime Fritzen, Céline Joulin pour leur aide précieuse.