ROULEZ JEUNESSE ! #2 – Charles TISSIER

ROULEZ JEUNESSE ! #2 – Charles TISSIER

Par Joséphine CAPITANT

« Roulez jeunesse ! » c’est l’interview des jeunes entrepreneurs, ces audacieux qui créent sans un bagage de vingt ans d’expérience. Motivés et téméraires, ils réalisent les projets qu’ils portent ! 

Aujourd’hui, laissez-vous inspirer par l’original parcours de Charles Tissier.
À 25 ans il est co-fondateur de l’entreprise Le vent à la Française, une marque de bracelets made in France qui a su se faire une place et notamment sur les réseaux sociaux.
C’est l’histoire de deux amis d’enfance qui rêvaient de monter une boîte. 

 

 Bonjour Charles, tout d’abord est-ce que tu peux nous raconter ton parcours ? 

Il faut savoir que j’étais pas très scolaire, j’ai fait une seconde pro parce que je voulais découvrir le monde du travail. En fait j’ai toujours voulu créer mon entreprise. 
J’ai donc passé mon bac pro commerce en alternance, la première année chez Outdoor Equipement, et la deuxième chez Chaumeil, l’entreprise des parents de Louis qui est mon associé actuel et mon ami d’enfance. Je faisais du « calling » toute la journée, j’appelais des vignerons et j’ai pris pas mal de bâches (rires). C’était un peu compliqué mais ça m’a formé sur la partie commerciale.

Après avoir eu mon bac je me suis réorienté sur un parcours plus classique. Je jouais au rugby ce qui m’a permis d’avoir une formation sport-étude, j’ai donc fait un DUT GEA (Gestion Entreprise et Administration). J’avais cours le matin et ça me laissait du temps l’après-midi pour créer mon entreprise. 
Avec un copain j’ai lancé il y a cinq ans une petite entreprise d’impression 3D, on s’était dit qu’on allait démocratiser la maquette immobilière. Finalement ça n’a pas marché mais c’était une très bonne formation, et en parallèle j’ai créé Le Vent à la Française avec Louis Chaumeil. 

Vint le moment où l’entreprise a commencé à vraiment marcher, on avait entre 100 et 200 commandes par jour. Pendant cette période Louis était à Kedge, l’école de commerce de Bordeaux et il bossait beaucoup. Je me suis donc retrouvé un peu tout seul à faire les bracelets, envoyer les commandes et à faire de la publicité sur les réseaux, ça me prenait énormément de temps. 
Je suis donc allé voir mon directeur de DUT qui m’a proposé de faire passer mon DUT en VAE (Validation par Acquis d’Expérience), et j’ai également validé mon master comme ça. C’était fantastique que mon entreprise puisse valider mes cours, je ne pouvais pas rêver mieux. 
En parallèle j’avais ma prof de droit qui devant tout le monde en cours me disait que mes bracelets n’allaient pas marcher. On en rigole aujourd’hui avec mes potes, c’est vrai que ça m’avait aussi motivé de lui prouver qu’elle avait tort. 
Aujourd’hui la meilleure chose dans mon parcours c’est mon entreprise, c’est une belle revanche. Je ne suis pas scolaire, je n’ai pas le brevet des collèges, j’ai fait un bac pro commerce, c’est ça mon parcours.

 

Le vent à la Française ça part d’où ?

crédits photo : instagram Le vent à la Française

On était assis à la terrasse d’un café, c’était la fin de l’été, et on a pensé à des bracelets made in France. Alors au départ on en faisait pour nos potes du rugby, puis ça a marché, alors on a créé la boîte. 
On a fait une petite soirée d’inauguration chez le Sélecteur: on a vendu nos 80 bracelets, c’était ce qu’on avait investit, on avait remboursé la marque. 

Initialement on avait un troisième associé, Julien, qui est parti au bout de deux mois parce que il n’avait plus assez de temps, c’était son choix, on s’entend toujours aujourd’hui il n’y a pas de soucis. 

 

 

Vous avez 125 000 likes sur votre page Facebook et 37 000 sur Instagram, comment expliques-tu un succès aussi rapide ? 

On avait de plus en plus de demandes de notre entourage et on arrivait plus à fournir, on les faisait nous même donc c’était compliqué, alors on a décidé de créer un site internet. 
Un soir on lance le site, on avait organisé une petite soirée de lancement avec nos parents pour se marrer. Au bout de cinq minutes on a une première commande, c’est quelqu’un de la Rochelle, on ne le connaissait pas. C’est à ce moment qu’on a réalisé que ça pouvait vraiment marcher, pour nous c’était incroyable. 
On a continué à partager sur les réseaux sociaux des photos qu’on prenait avec nos iPhones. En fait il y un aspect très communautaire sur les réseaux sociaux, les gens partagent et, petit à petit, les communautés grossissent. Aujourd’hui, tous réseaux confondus, on a un peu plus de 200 000 personnes qui nous suivent. On a une très grande force de frappe sur internet grâce à cette communauté qu’on a su réunir au fil du temps. 

 

Quelle était ta motivation première quand t’as créé ta boîte ? C’était quoi l’intention ? 

J’ai toujours adoré les gens qui montent leur boîte et qui arrivent à réunir des personnes, à developper une communauté, faire travailler des gens et puis créer quelque chose tout simplement. 
Alors oui il faut gagner de l’argent, notamment en France où il y beaucoup de taxes. Si on veut avoir des salariés ou autre il faut que ça marche financièrement, mais la motivation est plutôt sociale.
Il y a aussi la dimension de liberté, je ne voulais pas de patron, on a nos propres méthodes de communication. J’avais une prof qui nous demandait d’imaginer la communication pour vendre ses poules (rires), ça été le déclic. Je vendais déjà des bracelets sur internet à cette époque et j’étais tellement loin de tout ça, c’est pas du tout comme ça que je vois la communication, et donc j’ai très vite voulu me retirer de ça.

 

Quel moment a été le plus difficile dans ta vie d’entrepreneur ? 

D’après moi, un entrepreneur c’est quelqu’un qui se nourrit de ses échecs. J’en ai connu plein, quand j’était petit je voulais être professionnel au rugby, après il y a eu les imprimantes 3D, j’ai aussi bossé avec des potes sur une application pour placer les gens au cinéma, ça a pas marché (rires), mais j’avais à chaque fois cette résilience, je recommençais toujours. 
Et puis on a eu la chance d’en être arrivé là avec Le vent à la Française.

 

Concrètement, en quoi consiste ton travail ? Comment a-t-il évolué depuis la création de ta boîte ? 

Au début je faisais beaucoup d’opérationnel, la fabrication des bracelets, l’expédition, etc. Ça m’arrive encore de le faire pendant les grosses périodes, tout le monde chez nous peut tout faire, on est un peu des couteaux suisses (rires). 
Alors oui ça a évolué, aujourd’hui j’organise tout ce qui est service communication, B2B, je supervise peut être un peu plus, mon rôle c’est d’essayer de voir ce qu’on pourra faire demain.

 

Qu’en pense tes parents ? 

J’ai eu de la chance d’avoir des parents qui m’ont toujours soutenu. Je me souviens encore du directeur de mon collège qui me demandait, les yeux rivés sur mon bulletin, ce que j’allais faire de ma vie. Il y avait deux choses qui m’animaient : rugbyman professionnel, mais c’était un peu trop tard pour moi (rires) et chef d’entreprise. 
Mes parents ont toujours cru en ce projet et en moi, j’ai eu cette chance là. Ils m’ont toujours soutenu dans tous mes projets. J’ai reçu une éducation qui m’a ouvert l’esprit, j’ai pu voyager et avoir accès à certaines choses qui ne sont pas données à tout le monde. Malgré ça on m’a toujours dit « Si tu veux créer quelque chose, fais-le tout seul. », quand j’ai eu besoin de fond pour ma première entreprise je suis allé faire un prêt à la banque. 
Avec Louis on est parti de nos petits sous, je faisant la plonge dans un magasin et Louis vendait des affiches sur les marchés, c’est ça qui fait grandir aussi. 

 

Et tes potes ? 

J’en ai perdu, mes vrais amis sont restés. Dans la vie il y a des gens qui sont contents pour toi, et d’autres qui sont peut être un peu jaloux, ça fait parti du propre de l’homme. Je leur en veux pas, ça a fait le tri très tôt dans ma vie, ça n’a pas toujours été facile mais au final ça m’a recentré. Pour être honnête des potes j’en ai pas énormément, mais ceux que j’ai sont des personnes sur qui je peux vraiment compter. 

 

Ton âge est-t-il un frein ou un atout dans ta vie entrepreunariale ? 

Ça dépend. Soit les gens trouvent ça super et ils ont envie de t’aider naturellement parce qu’ils ne te considèrent pas comme un concurrent: t’as pas leur âge, tu débutes alors ils ont pas envie de te descendre, t’es les jeune qu’ils ont envie d’aider. Ça pour le coup c’est super. 
Le côté moins positif, ça va être par exemple au niveau des fournisseurs qui au début n’avaient pas forcément confiance en notre projet.
On est pas parfait, on a 25 ans et on se forme sur le tas. On est des juniors et on a encore beaucoup à apprendre.

 

Qu’as-tu appris depuis la création de ta boîte ? 

L’importance de la remise en question ! J’ai appris plein de trucs, j’ai rencontré plein de gens. J’ai surtout compris que tout est possible, cette idée me motive énormément. 
Mon leitmotiv c’est que ce n’est pas parfait aujourd’hui, ce ne le sera probablement pas demain, mais ce le sera surement après-demain. 

 

Ta plus grande fierté ? 

C’est les autres, il y a Yann, Antoine, Alexis, Marie qui travaillent avec nous, nos fournisseurs, les personnes qui travaillent pour nous dans les ESAT, la dimension sociale est très importante pour nous. 
Plus personnellement je suis content de pouvoir voler de mes propres ailes, d’autant plus avec mon parcours, je prouve à mon entourage que je suis capable de faire quelque chose qui me correspond. 

 

Place à l’inévitable question Covid, quel est l’impact du confinement sur ton entreprise ? 

On a 130 revendeurs qui vendent notre marque, on était dans un progrès permanent grâce à eux, donc là on a deux mois d’inactivité parce que les magasins sont fermés. 
Le plus important c’est qu’on est tous en bonne santé ! Je préfère regarder le bon côté des choses, par exemple on vend plus aujourd’hui que l’année dernière à la même période. Cette situation nous permet d’avancer sur plein de choses dont on ne s’occupait pas par manque de temps. Le drame concerne surtout l’impact sur l’économie général et sur certains de nos revendeurs aussi. 

 

Quel est ton projet de vie ?  

Je me sens réellement entrepreneur, j’adore ça, avoir des idées, porter des projets. 
On s’est lancé dans l’immobilier avec mon associé, on crée un nouveau site de location à la nuitée qui va s’appeler Les Nuits à la Française dans un peu moins d’un mois. Le vent à la française ça restera toujours notre bébé et on va le porter le plus loin possible.

 

Comment imagines-tu Le vent à la Française demain ?

Je peux pas vraiment répondre, il y a trois ans quand on était à la terrasse des Beaux-Arts avec Louis on n’imaginait pas une seule seconde la tournure que ça allait prendre et il y a quatre mois je n’imaginais pas la crise sanitaire actuelle et ses conséquences. 
Finalement je ne sais même pas si je veux l’imaginer, ce serait une mauvaise idée de trop en attendre et d’être déçu, et surtout je veux continuer à être surpris. 

 

Qu’est-ce que tu dirais au Charles de 2016 ? 

J’ai une anecdote, quand on est arrivé dans nos bureaux on a tout refait, et j’ai mis une photo des anciennes toilettes délabrées dans les nouvelles avec la phrase « peu importe le chemin parcouru tant qu’il y a du chemin parcouru ». (rires)

 

Le mot de la fin ? 

Il ne faut pas entreprendre pour les mauvaises raisons. J’écoute beaucoup de mentors qui parlent de personnes qui entreprennent seulement pour gagner de l’argent. Ça ne marchera pas. Il faut être animé, c’est un tout, c’est une philosophie de vie. Ce que j’aime c’est entreprendre, sans nuire à personne et en restant dans le droit chemin.