Covid-19 : Regard du Maroc

Covid-19 : Regard du Maroc

Interview réalisée par Anouar Afqir

La pandémie a poussé plusieurs gouvernements à déclarer l’état d’urgence sanitaire. Des mesures exceptionnelles ont été prises afin d’atténuer la propagation de ce virus dans le monde : suspension des vols, fermeture des frontières, couvre-feu total, etc. C’est le cas notamment de la France, l’Italie, l’Espagne et aussi du Maroc. 
Originaire de Casablanca et en stage au sein du Connecteur, j’ai voulu en savoir plus sur le confinement au Maroc et comment les Marocains vivent ce moment si spécial. J’ai recueilli le témoignage d’Amina une jeune Casablancaise de 24 ans. Elle est Project manager dans une agence de communication et nous raconte comment elle vit cette situation inédite. Bonne lecture à toutes et à tous !

 

Tout d’abord, un peu mot sur ton état d’esprit du moment. Le confinement a commencé le 20 mars tu arrives à garder le moral ? 

Oui, je garde toujours le moral, il faut positiver. C’est une période qui va nous rapporter beaucoup de choses. 


Le Maroc fait partie des premiers pays à avoir très bien anticipé la situation et à avoir déclaré très tôt l’état d’urgence sanitaire

Je trouve que c’était la meilleure décision prise par le Maroc depuis longtemps. Le confinement total a été décidé le 19 mars alors que nous avions à ce moment une soixantaine de décès dû au Covid19. Le gouvernement a vraiment bien anticipé par rapport à d’autres pays. Cette stratégie a permis de limiter la propagation du virus. À ce jour, nous avons 5 910 cas confirmés, 2 461 personnes guéries et 186 décès. Oui, je garde toujours le moral, il faut positiver. C’est une période qui va nous rapporter beaucoup de choses. 

Quelles mesures l’Etat marocain a-t-il mis en place pour lutter contre cette pandémie ?

Sa majesté le Roi Mohamed VI préside une séance de travail consacrée au suivi de la gestion de la propagation de la pandémie du Coronavirus

Le Roi Mohamed VI préside une séance de travail consacrée au suivi de la gestion de la propagation de la pandémie du Coronavirus. Source: Agence MAP

Franchement, l’État marocain fait du bon travail. Le chef de gouvernement Saâdeddine El Otmani, a mobilisé la police, l’armée et la gendarmerie Royale sur tout le royaume afin d’empêcher le regroupement et le rassemblement des gens dans la rue et dans les espaces privés. Des mesures sociales ont été mises en place notamment, un revenu pour les familles modestes et les personnes précaires. 
Par ailleurs, Sa majesté le roi Mohammed VI a créé un fond spécial COVID-19. Ce qui a permis de collecter sous forme de don plus de 32 milliards de dirhams afin de soutenir les populations les plus touchées par le ralentissement de l’activité économique. 

 

Quelles sont précisément les mesures qui ont été adoptées ?

Je peux dire que tout le monde a pris conscience de la gravité de la situation, grâce à une mobilisation de toutes les parties concernées (Santé, les médias, la police, la société civile, etc. …). Le gouvernement a mis en place un couvre-feu total, interdiction de se déplacer entre 18 h 00 et 6 h 00, car les Marocains ont l’habitude de se réunir en groupe après le travail. Les Marocains peuvent aller travailler, mais ils doivent être munis d’une attestation délivrée soit par la Préfecture, soit par l’employeur. Toutes les activités autres pendant la journée sont interdites en dehors des courses. Les visites, les balades ou la pratique du sport en extérieur ne sont pas acceptées.
Le port du masque est obligatoire dans l’espace public et sur le lieu de travail. Les masques chirurgicaux sont vendus à sept centimes pièce. Nous avons la chance d’être le deuxième producteur au monde.
Pour le moment, c’est le milieu urbain qui est le plus touché et notamment les villes touristiques les plus denses comme Rabat, Tanger, Casablanca, Marrakech et Fès. 

Au Maroc, comme partout dans le monde on a assisté et on assiste toujours à des scène de panique pour s’approvisionner en produits de premières nécessités. Que penses-tu de cela ? 

La panique des gens pour s’approvisionner des produits de première nécessité

La panique des gens pour s’approvisionner des produits de première nécessité. Source: Le360


Dans ce monde, il existe des personnes individualistes qui ont oublié la solidarité et qui se sont précipitées pour s’approvisionner en denrées alimentaires. On a vu des chariots remplis d’une valeur de plus de 1000 €. En comparaison, le salaire minimum au Maroc est de 270 €. Finalement, ce sont plutôt les familles aisées qui ont agi de cette manière, les personnes plus précaires n’avaient pas les moyens de faire des provisions. Cette pandémie est là pour éveiller notre conscience !

 

Quelle a été est la tranche d’âge la plus difficile à convaincre de l’importance de se confiner ?

Une Caïda qui essaye de convaincre une veille dame dans un souk au Maroc

Une Caïda qui essaye de convaincre une veille dame dans un souk au Maroc. © FADEL SENNA


Au début du confinement, c’étaient les seniors qui voulaient continuer à aller faire la prière dans les mosquées. Heureusement, que les ONG et la société civile étaient là afin de les sensibiliser, de les convaincre de rester chez elle et de respecter les consignes prises par les autorités sanitaires. 

 

 

 

Récemment, nous avons vu plusieurs entrepreneurs marocains développer des appareils innovantes notamment, un appareil respiratoire artisanal, un thermomètre infrarouge, et de tunnels de désinfection. Qu’est que ce ça t’inspire ?

Le ministre de l’Industrie Moulay Hafid Elalamy en compagnie avec le comité scientifique afin de visionner la production de respirateurs “100 % marocains”. Source : Agence MAP

Le ministre de l’Industrie Moulay Hafid Elalamy en compagnie avec le comité scientifique afin de visionner la production de respirateurs “100 % marocains”. Source : Agence MAP

 

 

Ces initiatives ont mis en lumière le savoir-faire des entrepreneurs marocains. C’est pour cela que je me dis que c’est peut-être un mal pour un bien cette pandémie. Le Maroc s’est rendu compte qu’il fallait donner sa chance à ces ressources humaines internes (ingénieurs, techniciens et chercheurs). C’est cette liberté et confiance qui leur a permis d’innover en si peu de temps.

 

 

 

D’un point de vue plus personne comment ton entreprise s’est-elle organisée ?

Lorsque le gouvernement a pris la décision de fermer les écoles le 19 mars, notre directeur d’agence a pris les précautions nécessaires afin de passer en télétravail dès la première semaine du confinement. Le gel hydroalcoolique était à notre disposition et notre technicien a bossé durement pour que nous ayons tous les outils nécessaires pour communiquer plus facilement. Pour les personnes qui utilisaient les transports publics, le directeur de l’agence leur a demandé de ne plus venir travailler et de continuer le travail chez eux. Pendant la première semaine, le reste de l’équipe s’est mobilisé pour récupérer dans l’agence le matériel nécessaire afin d’aménager nous nouveaux espaces de travail à la maison.

Quels sont les points positifs du télétravail et ses inconvénients . 

En fait, j’ai remarqué qu’on perdait beaucoup de temps au bureau, en plus du trajet aller-retour. C’est-à-dire, parfois une tâche que l’on pourrait réaliser en deux heures, on va mettre 8 heures pour la faire. 

Les inconvénients, c’est que tu es obligé d’attendre le retour de tes supérieurs par mail. Quand tu es à l’agence, tu peux demander directement à ton supérieur ou tes collègues l’information que tu recherches. Le flux d’informations est un peu long. En plus, je n’ai pas vraiment un espace de travail chez moi. Pour moi, l’environnement de travail joue un rôle essentiel. Et puis à la maison, je vis avec mes parents, et il y a beaucoup de distraction qui m’empêche de me concentrer.

A quoi ressemble une journée type de confinement au Maroc ? 

Avant le confinement, je me réveillais vers 6 h 30 et 7 h 30, je prenais mon petit-déjeuner et je me préparais pour aller à l’agence. Maintenant, je ne suis plus aussi matinale. Je me réveille entre 10 h et 10 h 30, je consulte mes emails, je fais le ménage, j’aide ma maman pour ses tâches quotidiennes, je fais ma prière, je travaille. Après le déjeuner en famille, j’essaye de finaliser mes tâches quotidiennes avant 18h00 pour pouvoir aller faire un tour sur la terrasse du toit de l’immeuble. Après je passe la soirée sur les réseaux sociaux et je regarde des live sur Instagram. Ces live restent pour moi une source d’énergie positive afin de m’échapper de la réalité actuelle. Parmi les influenceurs que je préfère il y a : Mustapha Swinga, Ridouane Erramdani, Bouchra Ddeau et Ezzoubair HilalJ’ai aussi commencé à faire de la méditation en lisant le Coran.

Quelles leçons peut-on tirer de cette pandémie ? 

On voit beaucoup de solidarité en ce moment mais les gens devraient s’entraider tout au long de l’année. On a aussi pris conscience que l’argent ne sert à rien. Pour moi, la morale est la suivante : il faut s’attendre à tout : tu peux toujours planifier, tout faire, mais la vie peut te réserver des surprises. Il faut être discipliné et surmonter les différents obstacles. Je crois que la pandémie va nous éduquer à changer nos habitudes et nos façons de faire. Finalement, il faudra aussi apprécier les petites choses que la vie nous procure.

Quelle sera la première chose que tu feras une fois que le confinement prendra fin le 20 mai ?

Manger un Big Tasty chez McDonald’s et faire de la marche.

Le mot de la fin ? 

La force d’une nation réside dans son peuple. Je suis très fière de mon pays, de ce que nous avons fait jusqu’à maintenant, et j’espère que l’on va garder ces bonnes habitudes après le confinement. Je pense que face à cette pandémie, nous avons pris conscience que ce sont les hôpitaux publics qui peuvent nous sauver la vie. Je crois que tout le monde regrette de ne pas avoir plus soutenu la cause des étudiants en médecine.
J’espère que l’on va continuer à encourager les jeunes de mon pays, car c’est une vraie ressource à exploiter (réussir à fabriquer des machines sans dépenser des milliards d’euros pour les importer).
Je suis fière de mon pays qui a donné l’exemple et maintenant le Maroc est sollicité pour aider d’autres pays à faire face à cette crise sanitaire. J’espère de tout mon cœur que nous allons sortir gagnants et avec le moins de dégâts possibles. Et enfin, je souhaite un prompt rétablissement à toutes les personnes qui sont malades et toutes mes condoléances aux personnes qui ont perdu des proches.

À propos de Pauline Rivière

Pauline Rivière est journaliste et rédactrice en chef du média en ligne le Connecteur. Elle est en charge du choix des dossiers spéciaux mensuels. Elle développe également des outils de datavisualisation à destination de l'écosystème de l'innovation et s'intéresse à l'innovation éditoriale. Avec sa société SmartVideo Academy, elle anime différentes formations à la réalisation de vidéos (au smartphone notamment) et à l’écriture audiovisuelle. Elle intervient également dans l'Enseignement Supérieur dans le cadre de projets pédagogiques digitaux, mêlant techniques de communication et sujets d'innovation.