Karine Joncoux « pour redonner confiance dans la politique, il faut que les voix s’expriment »

Karine Joncoux « pour redonner confiance dans la politique, il faut que les voix s’expriment »

Karine Joncoux, est maire de Saint-Jean-des-Ollières et Vice-Présidente à la transition énergétique à Billom Communauté. Elle co-anime le club climat, qui rassemble une trentaine d’habitants de la comunauté de communes. Elle partage avec nous son engagement et sa vision du lien fragile entre élus et citoyens.

Avant de parler de participation citoyenne et de projets de territoires, on aimerait en savoir un peu plus sur votre parcours Karine Joncoux ? Racontez-nous votre jeunesse et ce qui vous a conduit à faire ce que vous faites aujourd’hui ?

Karine Joncoux : Je suis issue d’une famille d’artisans vivant à la campagne depuis toujours. J’ai presque toujours vécu dans un rayon de cinq kilomètres de la vie où j’ai grandi. La primaire et le collège se sont déroulés dans des petites écoles, et j’ai découvert la grande ville de Clermont-Ferrand en intégrant le lycée Jeanne-d’Arc. Sans fausse modestie, j’ai eu une scolarité assez brillante. La prépa Grandes Écoles ne s’est pas mal déroulée, mais je n’ai pas aimé le système. Je l’ai trouvé archaïque, les élèves étaient mis sous pression. Je n’ai pas trouvé que l’on respectait vraiment l’humain. Bien qu’étant acceptée dans des écoles d’ingénieurs, j’avais du mal à quitter mon Puy-de-Dôme et j’ai choisi de poursuivre en Licence et en Master Chimie à l’Université d’Auvergne.

Je suis quand même partie 3 ans à Toulouse pour faire mon doctorat. Je suis tombée enceinte au moment de soutenir ma thèse. Mon mari était encore sur le Puy-de-Dôme et je l’ai rejoint. La famille et l’éducation des enfants, c’est vraiment quelque chose de primordial pour moi. 

Dans le monde de l’innovation, on dit « vous avez effectué un pivot » ? Racontez-nous ce changement de cap.

A cette époque, mon mari était commerçant, fin 2012, on réfléchit à un projet commun. On a envie d’ouvrir une épicerie bio à Vic-le-Comte. On décide de se lancer en janvier 2013 et on ouvre en juillet. 
Ce projet m’a permis de m’occuper également de ma seconde fille qui venait de naître, mais assez rapidement, j’ai eu envie d’avoir mon propre projet professionnel. J’ai toujours beaucoup aimé les mathématiques et j’ai donc passé mon CAPES en candidat libre. Pendant 4 ans, j’ai été enseignante à Montluçon, Saint-Amand Roche Savine et Cunlhat.

Karine, vous avez un parcours assez atypique non ? 

Oui. Souvent, mes changements professionnels sont liés à mes enfants. D’ailleurs, c’est ce qui est arrivé aussi avec ma troisième fille. Pendant mon congé maternité, j’ai eu une opportunité professionnelle que j’ai saisie. De par l’activité de commerce bio, nous sommes en relation avec des petits producteurs qui rencontrent des difficultés dans la gestion financière et administrative. C’est comme cela que j’ai développé en 2019 une activité de secrétariat indépendant en télétravail. 

Mais là vous n’êtes toujours pas maire, ni élue de Billom Communauté…A quel moment se fait la bascule ?

Karine Joncoux : Haha. Finalement, c’est encore à travers mes filles. J’ai de profondes convictions autour du sujet de l’alimentation. Mes filles fréquentent la cantine et je n’étais vraiment pas satisfaite de la qualité des produits proposés. Avec d’autres parents, nous avons tenté d’interpeller les élus sur le sujet. Ils ont évacué toute possibilité de discussion, car le projet n’était pas dans le programme. J’ai trouvé ça très dommage.

Un jour, mon voisin est venu me voir avec un ancien élu. Ils cherchaient des personnes motivées pour monter une liste. C’est là que je me suis dit que si je voulais faire bouger les choses, il fallait que je me lance. J’ai négocié que le projet sur les cantines scolaires soit inscrit au projet. 
A un moment, au-delà d’une liste, il fallait un candidat. Bien que je sois plutôt une femme de l’ombre, et grâce au soutien de l’équipe, j’ai accepté et nous avons été élus. J’ai par la suite intégré le bureau de Billom Communauté, en tant que Vice-présidente chargée de la transition énergétique.

Aujourd’hui, à travers votre rôle d’élue, vous avez notamment en charge le Club Climat basé sur la participation citoyenne. Comment est-ce que cela fonctionne concrètement ?

Le club climat est né de la mise en place du Plan Climat Air Energie.  Lors de la mise en place du plan en 2019, un copil très ouvert intégrait les collectivités, les citoyens et les entreprises. Nous avions l’obligation légale de réaliser une enquête publique en ligne. Nous en avons profité pour proposer aux habitants de s’inscrire au club climat. Une centaine de personnes ont manifesté un intérêt.
Aujourd’hui, une trentaine de personnes ont participé aux différents ateliers du club. Ce sont les élus et les chargés de mission qui animent. L’élu est là pour noter ce qui ressort et s’imprégner des échanges. Il n’a pas vocation à décider.

Comment se déroule un atelier du Club Climat ?

On choisit une thématique comme la mobilité douce et active par exemple. Ensuite, il y a une plénière puis quatre ateliers de travail :

  • le schéma directeur cyclable sur Billom Communauté
  • le système vélo: abri vélo, réparation de vélo etc…
  • le covoiturage classique comment faire connaître Moov’ici pour inciter les gens à l’utiliser
  • le covoiturage innovant

Enfin, les élus se réunissent lors d’une commission Transition. Nous reprenons les pistes d’actions et nous faisons émerger des actions concrètes.

Quelle est votre vision du développement d’initiatives autour de la participation citoyenne ?

Karine Joncoux : Ça me parait important. Si on veut redonner confiance aux gens dans la politique, il faut que les voix s’expriment. Pourtant, on le voit aujourd’hui, il n’y en a plus beaucoup qui veulent s’exprimer. Beaucoup se sentent exclus. 
Il y a aussi l’impression que l’élu est inaccessible. Au niveau du maire, c’est moins le cas, on garde cette proximité, mais c’est déjà différent quand on est Président de Comcom. 

Comment vivez-vous la fracture entre les élus et les citoyens ?

D’une manière générale, il y a une défiance vis-à-vis de la politique. D’ailleurs, personnellement, je dis que je ne fais pas de la politique. Mon rôle, c’est d’agir, de faire avancer les choses mais je ne veux pas faire de politique. 
J’ai la chance d’avoir dans ma commune des gens impliqués, mais où sont les autres ? Les gens qui râlent sont souvent ceux qui ne veulent pas contribuer.  D’ailleurs, les citoyens qui participent aux commissions sont également ceux qui sont investis dans des associations, qui s’intéressent au bien commun.

On aimerait qu’il y ait plus d’engouement, c’est important d’avoir des détracteurs sur certains sujets. Ça nous permet de regarder les choses sous un autre angle. Je pense qu’aujourd’hui la société est comme ça, que l’on devient de plus en plus individualiste et je ne sais pas si on pourra changer cela. Celui qui arrivera à inverser la tendance, je lui tire mon chapeau. 

Quels sont les projets à venir ?

Avec le club climat, nous avons déjà travaillé sur le sujet des mobilités, maintenant, on s’intéresse au rôle de l’arbre dans la captation de CO2. D’ici peu, nous allons rentrer dans le concret avec la mise en place des actions issues des différents ateliers.

Du côté de ma commune, on travaille sur la cantine scolaire. Je ne pilote pas le projet, mais on essaye de faire entendre notre voix. Nous souhaitons aller au-delà des objectifs gouvernementaux qui imposent 50 % de produits à hautes valeurs environnementales, dont 20 % de produits bio dès 2022. 

Vous portez aussi beaucoup d’intérêt au développement économique du territoire….

Oui. Je souhaite aussi développer le tissu économique local. Dès juin 2020, en tant qu’élue, nous avons sollicité les habitants afin de créer un association pour promouvoir l’alimentation locale et de qualité. C’est ainsi qu’est née l’association « Panier de la dernière pluie ». Il permet aux habitants de commander des paniers de légumes. Les producteurs livrent dans les locaux de l’association et les bénévoles font les paniers et les distribuent. Nous faisons une moyenne de 25 paniers par semaine. Ce qui est plutôt pas mal pour une commune de 490 habitants. Ça génère un chiffre d’affaires supplémentaire pour les producteurs et c’est notre objectif. 

Je voudrais également aider à l’installation des jeunes agriculteurs. Ils ont aujourd’hui beaucoup de difficultés à trouver des terres disponibles et elles sont souvent trop chères pour un projet naissant. Ici, en zones rurales, le sujet de la terre reste très compliqué pour tout un tas de raisons.

Dans la tête de Karine Joncoux

Ta définition de l’innovation : Le fait de proposer un produit ou une méthode nouvelle

Une belle idée de start-up : cagette.net

La start-up qui monte : cagette.net

Où est-ce que tu vas à la pêche à l’info ? Sur internet

Une recommandation pour s’instruire (livre, podcast, magazine, série) : Un monde en docs (LCP)

Une recommandation pour rire (livre, podcast, magazine, série) : Friends

une femme qui t’inspire/experte : Greta Thunberg par la façon dont elle ose dire les choses 

L’Auvergnat.e d’ici ou d’ailleurs avec qui tu aimerais bien boire un coup : Mon amie d’enfance que je n’ai pas revu depuis presque 20 ans

À propos de Pauline Rivière

Pauline Rivière est journaliste et rédactrice en chef du média en ligne le Connecteur. Elle est aujourd'hui, réalisatrice, reporter d’images et formatrice au sein du média en ligne Le Connecteur. Elle s'intéresse également à l'innovation éditoriale. Avec sa société SmartVideo Academy, elle anime différentes formations à la réalisation de vidéos (au smartphone notamment) et à l’écriture audiovisuelle. Elle intervient également dans l'Enseignement Supérieur auprès d'étudiants en communication digitale.