Collège St Régis (43) “Un usage du numérique raisonné, raisonnable et efficace »

Collège St Régis (43) “Un usage du numérique raisonné, raisonnable et efficace »

Lorsque nous avons contacté Pascal Bringer, PDG de Maskott (voir la vidéo), pour explorer l’écosystème de l’EDTech en Auvergne, il nous a tout de suite parlé d’ Emmanuel Belledent, directeur du collège St Régis au Puy en Velay. “Vous verrez, il est incroyablement dynamique”.

Et, en effet, on a vu !

Ce qui nous a passionnés dans cet échange, dont la motivation première était l’apport du numérique dans la pédagogie, c’est l’ambition globale :  contribuer à l’épanouissement de l’individu où le numérique, les langues, l’engagement ne sont “que” des outils au service de l’ambition.  Nous avons donc parlé numérique mais … pas tout de suite !

L’établissement se situe dans la ville haute du Puy, au milieu de ruelles pavées et d’hôtels particuliers, l’endroit est charmant et l’ambiance dans l’Hôtel Renaissance dédié aux élèves de 6ème tout à fait exceptionnelle. Imaginez un bâtiment dans lequel on entre par la plus ancienne porte de la ville, avec un heurtoir classé, des escaliers en pierre, des salles voûtées … beau, vraiment mais pas toujours très pratique, comme en témoignait le niveau sonore infernal du restaurant scolaire voûté où mangeaient 450 élèves. En témoignait parce que, depuis, Emmanuel Bellendent a agit …   il l’a transformé avec l’aide d’anciens élèves, avec des panneaux acoustiques, un mur végétalisé, une terrasse et aussi un espace dédié aux ados, qui ressemble davantage à un diner américain qu’à une cantine ! 

“Les enfants sont bien, ils ont le droit de respirer, de se reposer … de bien manger, local, sans gaspiller…”

 

Ca fait partie d’un tout 

Emmanuel Belledent est le directeur de l’établissement depuis 2013. Avant, il y enseignait. Autant dire qu’il a l’histoire et le projet d’établissement chevillés au corps. L’établissement est plus que centenaire, créé en 1915  par des soeurs pour  scolariser les jeunes filles du Puy. Ces religieuses, qui “confient l’oeuvre à des laïques comme moi, nous demandent d’accueillir tous les élèves sans distinction : je fais tout pour que les tarifs n’augmentent pas et que l’argent ne soit pas un critère. On touche aux racines fondatrices et quand on est missionné pour diriger ce type d’établissement, on est obligé d’en avoir le souci. Intégrer St Régis, pour les enseignants comme pour les élèves, c’est ‘juste’ un engagement à apporter une contribution positive au projet” 

Ce qui frappe, c’est la cohérence du projet et le sens du détail. 

“On ne le cultive pas, c’est un état d’esprit”  Par exemple, vous vous souvenez forcément du son strident de la cloche de votre enfance … et bien à St Régis, c’est une petite musique mélodieuse qui marque les récrés et ça change radicalement l’ambiance “ça fait partie d’un tout” répond Emmanuel Belledent à notre remarque. 

La cohérence du projet, c’est une ossature de valeurs mais surtout une volonté de  les mettre systématiquement en application : des idées et des actions concrètes. 

“C’est bien d’en parler dans une salle mais après, il y a aussi l’école pratique”

Ce projet global  est orienté vers l’épanouissement de chacun, le vivre-ensemble, l’ouverture aux autres et la préservation de la “maison commune”. Et derrière chacune de ces ambitions, il y a une équipe et des programmes. Concrets donc.

Des projets “colorés” … comme les façades !

Crédit @Etablissement St Régis

“Ce que j’attends d’un enseignant ? Qu’il aime son métier, qu’il y soit heureux,  ça transpire forcément dans sa manière d’enseigner et les élèves le ressentent. Il faut aimer les enfants, les comprendre … et ça dépasse le cadre horaire d’un emploi du temps  d’un maître … ici, les enseignants sont très investis dans les projets qu’ils construisent avec soin, cet engagement fait partie intégrante du projet auquel ils adhérent en intégrant St Régis.” 

Du temps- beaucoup- et de l’attention 

A St Régis, à l’heure de la récré, les élèves ont le choix entre la cour ou la salle de bien-être, aménagée pour se reposer, lire, dessiner. En silence … Il y en a aussi pour les professeurs. Le but est d’accompagner l’épanouissement des enfants, il faut donc organiser l’école pour qu’elle soit attentive, bienveillante, transparente, ouverte … cela se traduit par beaucoup de petites actions qui ensemble donnent corps à l’ambition : des conseils de classe toutes les 5 semaines, c’est un lien qui se tisse dans le temps; une organisation en 3 outils seulement pour la période de confinement, c’est une manière de donner de la sérénité, de la simplicité à la situation; une vraie salle de visio sonorisée, c’est une garantie de pouvoir faire participer les enfants à distance dans de bonnes conditions tout le temps, …

Un but : coopérer & coproduire

Un établissement doit avoir une identité forte, un projet, c’est sa raison d’être et mon rôle est d’en être l’animateur et surtout de le partager avec les hommes et les femmes qui le font vivre. C’est pourquoi la formation des enseignants est aussi importante.

Les enseignants travaillent déjà en équipe pluridisciplinaires autour de projets, on peut aller encore plus loin en incitant à développer la co production comme cela a été le cas pour gérer la crise sanitaire :” la solidarité qui s’est mise en oeuvre pour trouver des solutions a été non seulement efficace mais aussi bénéfique sur le plan social et relationnel, sur la progression commune, sur l’échange de pratiques … “

L’école pratique 

Bilinguisme & sciences

Crédit @Etablissement St Régis

Depuis 30 ans, St Régis propose des classes bilingues en anglais, à partir de 2 ans. L’enseignement est validé par une certification Cambridge et St Régis a reçu le titre de meilleur centre de préparation étape par étape de France, “une reconnaissance, qui valorise le savoir faire de l’équipe”. L’anglais est la langue de communication internationale : si l’apprentissage est validé par un diplôme, il  permet aussi de voyager et de communiquer dans le monde entier, au-delà, cela doit être un apprentissage plaisir. C’est important de stimuler l’appétence des enfants. C’est pourquoi à St Régis, il y a aussi des clubs, qui se réunissent entre midi et deux pour aller plus loin, en langue ou en numérique, ce sont les enseignants qui les animent. En anglais, ils préparent une recette de cuisine, en anglais, font une visite, jouent au base ball …

Ils prennent confiance en pratiquant.

Nous avons également développé depuis 4 ans une formation scientifique qui correspondait à une demande forte. Maskott nous aide là dessus aussi, avec ses compétences, ses connaissances et ses capacités à créer des modules spécifiques pour nous, rendre pratique l’enseignement, avec de l’expérimentation.

Le numérique 

C’était tout de même notre motivation première mais le sujet arrive tardivement. C’est que, vous l’aurez compris, le numérique, comme les langues, les sciences … n’est que l’une des briques du projet. Une brique mûrement réfléchie. Depuis 2013, chaque élève de St Régis est équipé d’une tablette. C’était d’ailleurs le tout premier collège de France à le faire.

 “L’équipement et l’usage ne sont pas une fin en soi. Surtout, les projets commençaient à fleurir et à grignoter du temps sur l’emploi du temps des enfants. Nous en avons profité pour réorganiser la journée : de 8 à 15h, ce sont les cours des matières obligatoires, puis de 15 à 17h, ce sont les temps du soutien et perfectionnement, les arts et l’apprentissage informatique. 

L’objet était d’apprendre la maîtrise du numérique, autre outil de communication d’importance, mais dans une ambition d’un usage ‘raisonné– en connaissant les dangers et les droits- raisonnable– utilisé en cours seulement  s’il apporte une plus-value – et efficace– je veux que les élèves aient une véritable formation, qui soit évaluée et certifiée : nous sommes en avance pour la certification PIX’.”

“Lorsque nous avons lancé le projet, nous ne savions pas du tout où cela allait nous mener !”

“L’équipement des élèves posait des questions de sécurité, d’usage, d’entretien, … c’est là que, pour nous, la proximité et l’expertise de Maskott ont  été déterminantes. Et puis l’état d’esprit aussi. Avec Pascal Bringer nous nous retrouvons sur la notion d’innovation, l’adaptation aux contraintes … depuis 2013, il nous accompagne notamment avec Tactileo.

En parallèle, nous avons démarré un cycle de formation pour les enseignants. 

Quand on lance un nouveau projet, il faut laisser le temps aux gens de s’approprier l’outil, d’avancer à leur rythme, pour arriver à un socle commun dans l’équipe. Mais ensuite, il y a des moteurs, différents selon les projets. 

Notre défi était d’éviter le choc des générations entre profs stylo et profs écrans.  

L’écran n’est pas là tout le temps, mais il est source de motivation pour les enfants. Ils apprennent très vite et Tactileo est un outil très efficace, notamment parce qu’il permet de prendre les élèves là où ils sont, et les stimuler avec les outils pédagogiques auxquels ils sont les plus réceptifs.   

Il nous permet de faire de la pédagogie différenciée, de l’évaluation personnalisée. Cela permet à l’enseignant de voir le degré de maîtrise de chaque compétence, pour chaque élève” 

 

 

L’engagement 

Etre orienté vers les autres, c’est apprendre le sens de l’engagement dans la communauté : tout peut être ‘prétexte à’. 

C’est le cas d’un autre projet, autour de notre devise “Se former pour servir”. A la rentrée 2000, nous avons créé la première (et sans doute la plus grosse) école de jeunes sapeurs pompiers, dès l’âge de 12 ans jusqu’au Brevet National. 

Pourquoi ? Parce que l’éducation civique autour d’un tableau pour dire aux enfants ce qu’ils doivent faire et ne pas faire, ça reste théorique et … peu incarné. 

L’école peut donner l’opportunité à chacun de faire l’expérience de l’engagement. Chaque temps fort de la vie de l’école- et il y en a de nombreux, menés à chaque fois avec des partenaires-  est l’occasion pour chacun de s’investir selon son âge, ses capacités, ses motivations… mais chacun contribue. C’est de la citoyenneté concrète.

Les notions de développement durable sont aussi un axe fort de notre projet, il inclut la dimension de solidarité, l’écologie intégrale, c’est à dire l’écologie des personnes. 

Et pour l’avenir ? 

Nous voulons contribuer à former des jeunes au développement durable et à l’écologie intégrale; au respect des autres, de la terre, étayé sur des actions concrètes. c’est cette notion d’école pratique,  un projet citoyen fort et aussi réussir l’enseignement à distance avec l’équipe. 

En résumé, nous voulons simplement poursuivre et consolider, veiller à répondre à tous les besoins.

À propos de Véronique Jal

Ma ligne guide depuis 15 ans, c'est le management de projets collectifs à fort "sens ajouté" : Les fromages AOP, les hébergements touristiques, la démarche d'attractivité d'une région... et aujourd'hui l'innovation territoriale via un média associatif Toulousaine d'origine, j'ai découvert et choisi l'Auvergne que mon parcours pro m'a amenée à connaître sous plein de facettes. Passionnée aussi de cuisine, j'ai créé et animé pendant 10 ans Slow Food Auvergne en arrivant à Clermont, puis plus récemment passé un titre de restaurateur entrepreneur à l'Institut Paul Bocuse, une chouette aventure !