Série n°2 : 4/4 Le monde d’après…qu’est ce que vous souhaiteriez voir évoluer ?

Série n°2 : 4/4 Le monde d’après…qu’est ce que vous souhaiteriez voir évoluer ?
Résilience – ce terme encore peu utilisé avant la crise est désormais au premier plan. Dans sa définition, résilience, c’est la capacité à pouvoir nous adapter à différents chocs et mutations pouvant affecter notre territoire.
Dans cette série numéro 2 de notre édition spéciale, nous avons rencontré cinq entreprise innovantes auvergnates qui partagent avec nous leur quotidien et leurs visions sur les nécessaires évolutions à intégrer dans l’avenir. Whisperies – 2CA – Lojelis – Ici Aussi – Piganiol

évolutions, enjeux, perspectives…

Mattieu Piganiol – Président Piganiol

Je pense que nous devons gagner en autonomie mais c’est bien le consommateur qui a une place centrale dans cette évolution. C’est seulement s’il consomme du Made In France que des entreprises comme Piganiol pourront continuer d’exister. Entre les deux guerres c’était plus de 500 personnes qui travaillaient dans le parapluie. Aujourd’hui, nous ne sommes plus que 28. Les masques, les blouses et les tabliers jetables que nous avons produits, cela a été possible parce que l’on existe.
Alors le consommateur certes va payer plus cher son parapluie fabriqué par une entreprise française mais son acte d’achat sera vraiment utile pour les territoires.
Dans les années 80-90, on a voulu faire de la France un pays  dominé par le tertiaire. On voit ce que ça donne aujourd’hui. Il faut que les Français réapprennent à aimer leurs industries  encore trop perçues aujourd’hui comme des pollueurs qui exploitent leurs salariés.
L’industrie est un vrai atout pour notre pays et les pénuries que nous venons de connaitre sont un révélateur de son état.  Cependant, il faut être prudent pour ne pas tomber dans le repli nationaliste. Pour moi, la bonne échelle pour notre autonomie c’est l’Europe

Johan Falkousa – Directeur général  La Coupole Event

Je me suis rendu compte que dans mon secteur d’activité il y avait énormément d’intermédiaires et que cela représentait un vrai frein à la démocratisation culturelle. J’espère qu’un jour les gens vont se réveiller et arrêter d’essayer de tirer la couverture à eux et plutôt agir pour le bien commun. Raccourcir la chaine de propriété intellectuelle en lui retirant des maillons afin de diffuser au maximum la culture, ça c’est un peu ma vision pour l’avenir, mais c’est sûrement un peu utopiste.
De manière plus générale, nous devons apprendre à consommer en circuits courts, en limitant les intermédiaires. La « culture », qu’elle soit artistique ou agricole, relève de la première nécessité. Sa commercialisation doit-être entièrement revue. Dans ces deux secteurs nous utilisons le même mot, et nous avons avons les mêmes problèmes. Ce n’est pas un hasard…

Adeline Fradet – Présidente et fondatrice de Whisperies

Tout d’abord j’ai trouvé cet élan de solidarité vraiment très beau. Des personnes avaient envie de se mobiliser et elles l’ont fait à leur niveau. J’aimerais beaucoup voir cela perdurer.
Cependant, je suis partagée entre deux sentiments. Je vois bien qu’autour de moi les choses bougent et les mentalités changent, que l’on va vers plus de conscience et de sens, mais je sens aussi cette force irrésistible, ces énergies qui nous poussent à reprendre comme avant comme si de rien n’était. Pour fait bouger une société, il faut que les comportements individuels se modifient et  nous avons peu de prise dessus. C’est à chacun d’évoluer et ça ne se fera pas du jour au lendemain. 
Pourtant nous avons tous pris conscience que l’on peut vivre en consommant peu ou moins. Il faut aujourd’hui apprendre à consommer mieux. Je pense également que la grande distribution a un rôle à jouer. Plutôt que d’attendre que le consommateur modifie ses habitudes pour « suivre la vague », elle doit jouer un rôle plus sociétal et guider le consommateur en repensant son offre. Le fait qu’elle s’octroie des marges plus importantes sur les produits bio ou vrac car ils s’adressent à une certaine tranche de la population, cela n’est plus acceptable. Elle doit maintenant démocratiser le bon et le local.

Sylvain Jourdy – Président et Fondateur Lojelis 

Ce que j’attends, c’est finalement de la reconnaissance de ce que sont capables de faire les français en terme de solidarité. Je voudrais que l’on se souvienne des actions menées par les citoyens et les entreprises du territoire. 
Je ne parle pas seulement de Lojelis mais d’une manière plus générale. D’ailleurs, je vais peut-être être un plus tranchant : nos concurrents qui sont souvent des « gros » du secteur du numérique ont beaucoup mis en avant leurs efforts de solidarité, alors que finalement il ne s’est pas passé grand chose.
D’un autre côté les PME, qui sont d’ailleurs assez présentes en Auvergne ont démontré qu’elles ont une capacité de solidarité bien plus forte et qu’elles sont capables de le démontrer au quotidien. J’aimerais que l’on puisse se souvenir de cela.
Je voudrais juste insister sur ma fierté d’être auvergnat. Quand on regarde ce qui se passe ailleurs, je me dis que nos valeurs historiques de solidarité et de rapport à la terre et aux territoires, transparaissaient encore plus.

« je voudrais que l’on se souvienne des actions menées par les citoyens et les entreprises du territoire. »

Gilles Duissard – Directeur Général 2CA

D’une manière générale, je dirais qu’il faudrait un peu plus de sagesse et d’humanité. Nous faisons partie de la French Fab et nous nous battons depuis 20 ou 30 ans contre cette tendance low-cost à vouloir acheter dans les pays asiatiques tout simplement parce que c’est moins cher et plus simple. Si au moins on pouvait faire prendre conscience que pour certains secteurs d’activités il faut revenir à acheter français, ce serait une très bonne chose. 
De par nos activités, notamment dans le secteur de la Défense, nous avons déjà cet état d’esprit d’acheter régionalement ou au moins nationalement. Si tout le monde faisait la même chose, on pourrait peut-être sauver nos industries.
Malheureusement, j’ai peu de chance d’être écouté et je sais pertinemment que l’on est une fois encore dans une guerre économique et que l’on va rapidement retrouver nos mauvaise habitudes.  Mais c’est vrai que j’aimerais tellement que l’on retrouve cette sagesse pour enfin travailler correctement comme ce fut le cas par le passé.

Retrouvez ci-dessous les autres articles de cette édition spéciale. 

 

Série n°2 : 1/4 Comment repenser son organisation en quelques jours ? 

Série n°2 : 2/4 Comment le collectif se retrouve moteur en temps de crise ?

Série n°2 : 3/4 La crise est-elle une opportunité pour innover et se réinventer ?