L’open data pour relever les défis territoriaux

L’open data pour relever les défis territoriaux

 

Le partage de données (Open data) des collectivités locales est inscrit dans la loi depuis 2016. Mais au-delà de ce cadre, quelles sont les données à partager, avec quelle gouvernance locale de la donnée et pour quels usages et défis ?

Et quelle sera la stratégie du territoire Clermontois et de la Métropole en la matière ? C’est la question qui sous tendait la rencontre organisée par Yannick Vigignol et Anne Laure Stanislas, respectivement conseiller municipal et adjointe au Maire et conseillère métropolitaine.

Sur la politique d’ouverture des données du territoire clermontois, on ne trouve aucune information sur internet. Et pour cause, s’il existe un projet de développement d’un portail OpenData commun à la Ville et la Métropole, il n’est pour l’heure opéré qu’en interne. 

D’après Yannick Vigignol, une première matérialisation publique cet été (2021) devrait prendre place. Avec notamment la publication d’un premier jeu de données. Celles-ci permettant des possibilités de réemplois.

La nature de ces premières données n’est pas indiquée clairement. Par ailleurs, sont évoquées les sujets de mobilité, de gestion des déchets et pourquoi pas, d’urbanisme. En effet, Grégory Bernard, président de l’agence d’urbanisme et de développement Clermont Métropole semblait intéressé par les potentiels de ce type de démarche. L’agence étant déjà très productrice et utilisatrice de données.

Un premier jeu de données en Open data cet été

Le sujet Clermontois éclaire les questionnements transversaux des sujets Open Data.

Il pose la question des choix et critères des types de données à partager. D’abord, celle de la normalisation de la donnée (comment harmoniser et collecter des données de qualité). Puis, celle de la stratégie : à quoi doivent-elles servir ? celles de la gouvernance et de l’implication citoyenne…

Open data, quelles données, quels usages pour le territoire ?

Un sujet très riche qu’ont parcouru les 3 intervenants :

  • Maryse Carmes, Maitre de conférences en Sciences de l’Information-Communication, Conservatoire National des Arts & Métiers
  • Jean-Philippe Lefevre, Département de Loire-Atlantique, Chef du service participation citoyenne et usages numériques
  • Jean-Marie Bourgogne, OpenDataFrance, Délégué Général

Pour bien comprendre, Open data, de quoi parle-t-on ?

La définition sur data.gouv.fr 

“L’ouverture des données d’intérêt public vise à encourager la réutilisation des données au-delà de leur utilisation première par l’administration. En utilisant, directement ou via des applications, des données publiées sur la plateforme data.gouv.fr, on peut par exemple :

  • Répondre à des questions
  • Prendre des décisions, pour soi, sa commune, son association ou son entreprise 
  • Bénéficier de services utiles au quotidien : pour se déplacer, éviter le gaspillage alimentaire, connaître les services publics à proximité de son domicile 
  • Encourager la transparence démocratique des institutions et des élus, par exemple : connaître l’utilisation de la réserve parlementaire, les budgets de l’État et des collectivités, les titres de presse aidés par l’État

Pour Maryse Carmes, parler d’engagement dans une politique publique  d’open data, c’est engager “un processus qui va disséminer et utiliser des ressources informationnelles, indépendamment de leur contexte de production”. 

Les grands principes 

  • L’accès aux données consiste à permettre à des tiers leur consultation. C’est donc un processus de traitement des données (de qualification et de normalisation). Cela implique d’en définir un principe de gouvernance.
  • La réutilisation des données pour les exploiter à d’autres fins. C’est une source d’innovation et de création de nouveau services. 
  • L’enrichissement en croisant des sources de données pour produire de nouvelles informations. C’est alors une opportunité de coopération territoriale.
  • Enfin, c’est un cadre juridique, contraignant mais pas seulement. 

La philosophie « Open »

L’histoire de l’Open data s’inscrit dans les valeurs de l’open source et de l’initiative citoyenne. Aussi connaît-on déjà de belles réussites, comme Open Street Map, IntregrityWatch, Strava  ou LiveMap 

Toutes ces initiatives ont en commun d’exploiter des données de provenances différentes. Par ce biais, elles sont enrichies de façon à répondre à un besoin ou un intérêt commun.

Cette idée des “communs de la connaissance” définie par E.Ostrom s’inscrit pleinement dans cet esprit. Il revient à penser la donnée comme une ressource informationnelle. Celle-ci dans un régime de non propriété et dans une forme de gouvernance partagée. Il suppose de se doter d’une communauté de gestion et d’exploitation, qui vient encadrer l’usage, les règles et engagements des parties prenantes. Ces formes se déclinent très bien à l’échelle des territoires. Elles constituent une transformation socio-politique forte au sein des collectivités.

Des défis à relever 

  • Le portage des démarches : quelles thématiques ouvrir, quelle animation au niveau territorial
  • Quelles coopérations pour l’amélioration de la qualité des données notamment
  • Quelle utilisation de ces données pour accroitre l’efficience des collectivités 
  • Quelles coopérations territoriales autour des axes d’intérêts spécifiques du territoire, de ses besoins, ses défis…
  • Quelle démarche d’innovation ouverte et d’évaluation 
  • Quelle implication  des habitants pour développer une culture commune sur ces sujets et renforcer l’intérêt en trouvant les bonnes clés d’entrée 

L’open data peut réellement constituer un projet de territoire pour participer à la résolution de ses défis.

Stratégie Open Data : d’abord des moyens humains 

L’intervention de Jean-Philippe Lefevre, Chef du service participation citoyenne et usages numériques, du département de Loire Atlantique, pionnier en la matière depuis 2011, portait justement sur un partage d’expérience de gouvernance territoriale.

Elle s’est engagée autour d’objectifs de connaissance du territoire, de transparence et dans une volonté d’innovation en matière de nouveaux services. Puis, l’expérience ligérienne s’est déclinée sur une gouvernance commune et des raisons concrètes de travailler ensemble.

  • Harmoniser les données et faciliter ainsi leur réemploi
  • Optimiser les investissements en choisissant des outils communs
  • Développer l’accompagnement humain par des programmes de formation
  • Mobiliser les citoyens au travers d’animations permettant d’appréhender concrètement les bénéfices de l’Open data

Pour Jean-Philippe Lefevre, le principal frein à l’accélération des initiatives  est bien la disponibilité et la compétence des moyens humains dédiés dans les collectivités. 

Open Data : il faut encore accélérer

Pour Jean-Marie Bourgogne, Délégué Général d’OpenDataFrance, 5 ans après la Loi pour une République Numérique qui impose aux collectivités de plus de 3500 habitants de publier leurs données, le compte n’y est pas.

De nombreux chantiers restent à accélérer pour homogénéiser l’accessibilité des données, les normaliser, apprendre à les gérer en commun…

C’est tout l’objet de l’association OpenDataFrance,  dont Clermont Auvergne Métropole est membre, regrouper et soutenir les collectivités engagées activement dans une démarche d’ouverture des données publiques.

Le site est d’ailleurs une véritable mine d’informations, d’outils pratiques et de fiches conseils pour s’engager dans un projet collaboratif à grande échelle.

Au travers de ces témoignages, on remarque qu’une stratégie d’ouverture des données avec une gouvernance adaptée, peut permettre d’appréhender et d’agir sur les vrais enjeux territoriaux.

On a hâte d’en savoir plus sur les perspectives clermontoises ! 

À propos de Véronique Jal

Ma ligne guide depuis 15 ans, c'est le management de projets collectifs à fort "sens ajouté" : les fromages AOP, les hébergements touristiques, la démarche d'attractivité d'une région... et aujourd'hui l'innovation territoriale via un média associatif Toulousaine d'origine, j'ai découvert et choisi l'Auvergne que mon parcours pro m'a amenée à connaître sous plein de facettes. Passionnée aussi de cuisine, j'ai créé et animé pendant 10 ans Slow Food Auvergne en arrivant à Clermont, puis plus récemment passé un titre de restaurateur entrepreneur à l'Institut Paul Bocuse, une chouette aventure !