Projet Parc Cataroux : top départ collectif (2/2)

Projet Parc Cataroux : top départ collectif (2/2)

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Le Connecteur était présent lors de l’événement de lancement de la plateforme d’innovation. Nous avons également rencontré, quelques jours après, Pascal Couasnon, responsable du programme Cataroux. On vous explique.

Cette première rencontre visait donc à engager la réflexion collective autour de la question

« Comment faire émerger ensemble une plateforme d’innovation reconnue centrée sur l’économie d’impact dans un horizon de 3 ans ? »

Chaque mot compte dans cette phrase: la thématique, l’objectif de rayonnement, le délai, la dimension collective,…  

La thématique, celle de l’économie d’impact qui pose le cadre. On passe sur la dimension rayonnement:  on voit bien. Et sur le tempo: il est ambitieux. Reste la dimension collective.

Un creative event pour lancer la démarche

Pour lancer ce projet, Michelin a donc rassemblé 36 acteurs pour un ‘Creative Event’.  Un jour et demi pour enchaîner les séquences de travail collectives. 

Le Connecteur a eu le plaisir de co-animer la première séquence consacrée à l’état de l’art. Quel est notre écosystème de l’innovation, ses ressources, ses manques, ses potentiels ?

Repartant de la passionnante intervention de Marc Lecoutre, enseignant chercheur au Clerma pour lors d’un ‘Dej Open Inno’, et de la cartographie du Connecteur, chaque participant a plongé dans son réseau avec l’ambition d’identifier ses liens faibles. De ceux qui permettent de sortir de sa zone de confort et d’ouvrir ses perspectives. Un moyen aussi de prendre conscience de l’extraordinaire capacité de mobilisation que représente l’écosystème rassemblé et en mouvement.

l’écosystème … vu avec Motherbase.

L’enjeu du « creative event » était d’aboutir à la construction de scénarii « robustes » ou « décalés » pour ce futur lieu d’innovation. 12 versions de l’histoire ont ainsi été produites par les acteurs rassemblés ce jour-là. 12 façons de hiérarchiser les fonctions, d’imaginer les priorités, de parler de mixité, d’hybridation, d’impact …

Et maintenant ?

On le sait, mobiliser c’est s’exposer.

Pascal Couasnon l’a dit: Michelin ne veut pas être le seul acteur à porter ce projet territorial. Il est donc important de trouver un juste équilibre. Beaucoup des acteurs présents ont abordé la question de la gouvernance. Pascal Couasnon, quant à lui, évoque une gouvernance autour d’un noyau restreint complété par un réseau d’interactions.

L’idée est celle d’un noyau restreint qui permet l’agilité et la prise de décisions rapide. Puis en complément, un système d’interactions avec ceux qui veulent se saisir de l’une ou l’autre des thématiques du projet, qui insufflent de nouvelles idées. L’enjeu est d’abord de partager une vision et une ambition communes avant de mettre en place un principe d’interactions pour vérifier qu’il n’y ait pas de divergence de vues.

Faisant le constat que la critique est souvent le fruit d’une incompréhension ou d’un manque d’information, Pascal Couasnon ajoute enfin un 3ème niveau avec lequel partager les objectifs, les avancées, les difficultés aussi …

Pascal Couasnon est un adepte du Test & Learn. Son passé à la direction de la division Compétition l’a sans doute façonné en ce sens. Pour lui, l’essentiel dans ce projet sera de fixer le cap, d’en choisir le chemin et d’accepter d’y aller étape par étape, avec de l’ambition et du pragmatisme. Il y a une grande diversité dans cet écosystème. Il faut accepter la différence des points de vue, se placer dans une posture de recherche de solutions et tester par petits pas.

Concrètement, quelles seront les prochaines étapes ?

Analyser les idées

3 jours se sont écoulés entre la fin du « creative event » et notre entretien. Il en faudra une dizaine de plus aux équipes de Michelin pour en extraire la substantifique moelle. Quelques idées ressortent déjà, l’envie de casser les silos, de trouver dans ce lieu emblématique un positionnement qui ne soit pas que Tech…

Construire un premier noyau de pilotage

« En commençant par constituer un noyau de 4-5 leaders d’opinion locaux prêts à investir, avec lesquels nous définirons les sujets à travailler en priorité. Il ne faut pas éluder cette question du financement. Elle est fondamentale pour poser les bases de la faisabilité du projet. Nous devrons la dépasser et nous assurer que nous sommes parfaitement en phase avec les ambitions. Certaines thématiques ont déjà émergé : la gouvernance, le lieu, l’implication citoyenne… Il faudra les hiérarchiser et définir comment nous les traitons et avec qui … notamment comment nous incluons les jeunes et les acteurs de l’ESS. »

Poser les bases de l’interaction dans la communauté

« Nous avons une culture commune à partager, autour des notions d’économie d’impact par exemple. Toutes les idées proposées ne seront pas immédiatement mises en œuvre. Certaines ne seront pas retenues. Nous devons ne pas perdre de vue l’essentiel et surtout conserver la capacité à se comprendre. Encore une fois, trouver la bonne position: celle qui fait progresser sans exclure. »

Un contrat de confiance à définir.

« Ce projet, de rayonnement régional, national et international, regroupera des acteurs publics et privés de la région. Dans un esprit de progression et d’expérimentation, nous devrons démontrer notre volonté d’être en phase entre nos paroles et nos actes. Pour Michelin, le projet du parc Cataroux est une transcription, concrète, de sa stratégie du tout durable ».

« Nous réussirons si nous conservons la confiance, même quand il y aura des décisions à prendre qui ne conviendront pas à tous. Il faudra un peu de planification, beaucoup d’agilité et de la communication pour entretenir l’interaction dans la communauté.

L’enjeu est que l’animation, que je coordonne aujourd’hui, puisse s’enrichir et se structurer en plus petit comité, autour d’axes de travail. Il nous faudra également interagir régulièrement avec l’écosystème sur la base des avancées et de propositions de solutions.

Nous avons la responsabilité collective de faire advenir ce projet.

Interrogés au grès des pauses, quelques uns des présents ont bien voulu répondre à la question. Et vous, comment la rêvez-vous cette future plateforme d’innovation ?

Leurs réponses…

Hervé Poher, EDF

Je rêverais d’un lieu que la jeunesse ait envie de s’accaparer. C’est bien l’enjeu de ces réflexions!

Raphaël Poughon, La Compagnie Rotative

J’aimerai que ce soit un lieu très hybride, vivant autour de ces problématiques et en mouvement permanent. Un lieu où se rencontrent les domaines de la culture, du social, de l’économie et de l’écologie.

C’est à la jonction de toutes ces thématiques qu’on trouve la vraie vie.

Et aussi, que les usagers se retrouvent au cœur de ce lieu, notamment les jeunes … Faire percoler les milieux les uns avec les autres, y compris dans la gouvernance que j’aimerais de forme holacratique: des cercles qui travaillent sur différents sujets et des représentants de chaque cercle, de manière tournante, se retrouve au sein du cercle décisionnaire. Ca fonctionne très bien, c’est documenté, les décisions se prennent par consentement … Ce serait hyper innovant et très en phase avec la volonté de Michelin d’en faire un projet ouvert.

Franck Raynaud, Monkey Factory – MyBus

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Je la rêve collaborative, apprenante, reconnaissant très vite quand elle se trompe. Et aussi bienveillante à l’égard des nouvelles initiatives, efficace, avec une gouvernance agile.

C’est important la gouvernance. Vue la dimension du projet, il faudra vraiment bien définir les rôles : on a pu voir sur d’autres territoires des échecs dus à ces problématiques de gouvernance. Quant à l’économie d’impact, je m’y retrouve bien, c’est le reflet de la transformation de toute une société irriguant y compris les très grandes entreprises.

L’impact peut être réel: c’est un nouvel état d’esprit, plus global.

Yannick Izoard – Clermont Auvergne Innovation

Je vois un opportunité de stimulation, qui nous oblige  à être suffisamment performants pour générer l’adhésion et l’envie de participer. Cela peut être aussi un outil pour convaincre les chercheurs d’aller vers le monde économique, car la notion d’impact leur parle au moins autant que les objectifs financiers.  

Mathieu Cambe – Accenture

Au delà de toutes les notions portées en termes sociaux, sociétaux et environnementaux, j’y vois la notion de gouvernance de territoire.

Est-ce que c’est le concept qui oriente la gouvernance de tout le territoire sur ces sujets ?

Est ce que cela peut contribuer à éveiller aussi bien le public que le privé, connecter le milieu académique, la partie recherche technologique, public privé et grand public ? Ce serait une belle solution pour le territoire.

Il faudrait identifier le problème à ‘tacler’ ensemble, élaborer une stratégie commune qui pose les bases de l’adhésion de chacun. La chance dans le thème choisi, c’est l’impact. Ajouter ce mot à celui d’innovation peut tout changer : c’est très novateur. Un tamis pour s’auto évaluer qui n’existe pas et peut donner un cap fort. Est ce que chaque acteur pourrait être capable de l’écrire dans son purpose par exemple ? Il faut que chacun en fasse l’expérience personnelle. Et puis, il faut attirer des talents, c’est capital pour franchir le cap.

Hélène Ribeaudeau – French Tech –

Je la vois comme une bulle transparente. Un lieu idyllique, une sorte de monde à part qui soit vraiment propice à l’innovation, qui coupe des réflexes habituels, incite à penser différemment. Et qui agisse comme stimulant pour l’écosystème de l’innovation !

Catherine Chabanon – Le Bivouac

J’aimerais un lieu vraiment collaboratif, où l’on puisse imaginer une chaine solide avec tous les maillons de l’innovation, de l’idéation au scale up. Et avec des passerelles aussi, qui favorisent l’insertion de publics, qui soit ouvert et accueillant.

Nicolas Nuger – Marque Auvergne

Un lieu en partage et en équilibre à l’échelle régionale par rapport à Lyon et Grenoble. Créer quelque chose qui n’existe pas encore, avec un rayonnement mondial sur le sujet de l’économie d’impact, sur un site vraiment exceptionnel, une friche industrielle de cette qualité aux portes de la métropole, c’est un atout indéniable. C’est une opportunité aussi de mixer les univers innovation, culture et sports … qui mériteraient plus de visibilité avec un dimensionnement qui fasse rayonner le territoire.

L’économie d’impact mériterait d’être cartographié: beaucoup d’entreprises s’engagent, ce serait intéressant de les repérer et de mutualiser autour d’un lieu et d’un objectif commun.

Isabelle Mounier – BUSI by Clermont Auvergne Innovation

Je la rêve comme un futur quartier de la créativité et de la connaissance en économie d’impact.

Un lieu au sein duquel se côtoient l’innovation, l’entreprenariat, la recherche, le monde universitaire, les acteurs culturels et les citoyens. Les savoirs et les projets se croisent, s’enrichissent et leurs leaders trouvent émulation, soutien et mise en lumière.

Un site innovant et remarquable sur lequel des fonctions aussi diversifiées que le résidentiel, le commercial, l’industriel, le savoir et les loisirs se côtoient en harmonie, entraînant dans leur sillage de la création d’activités économiques et une visibilité nationale et internationale. »

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À propos de Véronique Jal

Ma ligne guide depuis 15 ans, c'est le management de projets collectifs à fort "sens ajouté" : les fromages AOP, les hébergements touristiques, la démarche d'attractivité d'une région... et aujourd'hui l'innovation territoriale via un média associatif Toulousaine d'origine, j'ai découvert et choisi l'Auvergne que mon parcours pro m'a amenée à connaître sous plein de facettes. Passionnée aussi de cuisine, j'ai créé et animé pendant 10 ans Slow Food Auvergne en arrivant à Clermont, puis plus récemment passé un titre de restaurateur entrepreneur à l'Institut Paul Bocuse, une chouette aventure !