Faustin Falcon. L’échelle du territoire c’est l’échelle du concret.

Faustin Falcon. L’échelle du territoire c’est l’échelle du concret.

 

Faustin est aujourd’hui le PDG de FUGAM, la société qui exploite les sites Pêcheur.com & Chasseur.com. Installée à Gannat, elle emploie 64 salariés et réalise 30 millions de chiffre d’affaire annuel, dont 16 %  à l’export vers les pays frontaliers essentiellement. 

 

Faustin, qu’est ce qui t’anime par rapport à la notion de territoires ?

Pour moi, cette notion de territoire peut être doublement entendue: géographique bien sûr mais aussi comme secteur d’activités.  Ce qui m’intéresse, c’est de pouvoir partager nos quotidiens, nos problématiques et enjeux communs, …  pour  résoudre des problèmes, créer de la valeur, coopérer… Aujourd’hui, je peux le faire sur mon secteur d’activité – le digital- par nature sans notion géographique- mais ce qui est paradoxal pour nous, c’est que sur notre territoire géographique, nous avons peu de partage.  J’ai besoin de partager nos défis communs avec nos voisins. J’entends par là qu’en vivant sur le même territoire, nous partageons des contraintes et des enjeux sociaux, environnementaux, sanitaires, d’innovation.

Par exemple, j’ai un savoir faire: le commerce en ligne. Autour, nous avons des agriculteurs et une envie de consommer plus local ou plus propre. Est ce qu’on ne pourrait pas mettre notre savoir-faire à la disposition de ce nouveau défi ? Autre exemple, la contrainte sanitaire telle que celle que nous vivons avec la COVID, on la partage de fait sur un territoire: comment pourrait-on s’organiser pour coopérer et régler collectivement nos problématiques de transports, de livraisons, … 

C’est aussi ça l’innovation : faire les choses différemment, construire une valeur commune.

Cette dynamique de réseau, elle est très importante.  D’abord, il faut se connaître, c’est le premier niveau. Il faut aller les uns vers les autres, savoir qui sont les autres, ce qu’ils font, ce qui les motivent … c’est la rencontre qui permet de susciter les collaborations. La vraie rencontre, pas simplement un annuaire de services. Pour collaborer vraiment, il faut comprendre l’autre, comment il agit et pourquoi. 

J’aime bien l’approche personnelle des entretiens du Connecteur : même si cela ne remplace pas une discussion, ces entretiens permettent de sentir la personne derrière la fonction.

Pour toi,  l’innovation, ça devrait servir à …

L’innovation avec un grand I, ça a toujours servi à rendre la vie meilleure, plus facile. C’est un facteur de progrès ou de croissance économique, même si le mot est tabou. C’est dépasser les contraintes des ressources pures, trouver d’autres chemins.

On peut dire que l’innovation doit servir, quelle que soit l’approche, à relever le défi commun : comment ne pas perdre en bien-être sans endommager plus la planète?

Nous sommes obligés de réinventer nos modèles. Au delà des concepts et des idéologies, il y a cet impératif : aucun sujet ne peut s’en abstraire.  

Pour moi, la petite échelle territoriale est le point de départ obligatoire. C’est celle qui rend l’ancrage concret, qui permet de faire (et pas seulement de penser), de s’approprier les sujets, d’être acteur.

De ce point de vue, le défi sanitaire a été instructif. Il a révélé la nécessité d’être acteur de son environnement, de ne pas tout attendre d’en haut:  l’émulation locale est nécessaire et utile. On l’a pleinement mesuré.

Quelles valeurs te semblent indispensables à défendre ?

La notion de collectif. Dans le sens de comprendre le rôle et les contraintes de chacun, où que l’on soit. On ne fait rien seul, on n’est pas égaux dans l’impact et on est connectés les uns aux autres. Il faut donc agir en collectif, il n’y pas d’alternative.

L’altruisme et l’empathie, valeurs qui vont avec celle du collectif : il faut être ouvert pour collaborer, accepter que dans un collectif, il y a forcément des gens différents, qui apportent plus ou moins…

C’est ce qui est attirant pour moi dans le projet du Connecteur,  ce côté collectif.

Une autre valeur qui me tient vraiment à coeur, c’est le pragmatisme. C’est à dire la prééminence du concret et du réel …. avec l’empathie qui doit aller avec. Le but est de nourrir la culture du compromis, du consensus. Ce qui doit primer, c’est le ‘faire’, ensemble, avec …

Si on regarde du côté de la théorie des jeux, on voit comment on a capacité à se rendre perdant alors qu’on a toute les cartes en main et qu’il pourrait y avoir deux gagnants s’il y avait coopération. Il faut ré apprendre à négocier:  écouter, respecter, trouver le chemin. Il faut laisser la place de l’intelligence collective. C’est dur mais c’est incontournable.

Pour un média, être pragmatique, ce serait parvenir à une vision partagée, en partant de faits bien réels, permettre l’expression claire des nuances de points de vue, éclairer les divergences, les rendre intelligibles. Il y a des sujets interdits de débats, épineux, que l’on ne sait plus prendre avec mesure. Un média pragmatique, sans parti pris, saurait poser les questions qui feront avancer les sociétés.

Tu l’as expliqué, le collectif est important pour toi. Quel engagement collectif symbolise le mieux cet attachement ?

Plein ! Mais celle dont je suis le plus fier, c’est la transformation organisationnelle de l’entreprise autour de quelques mots clés, traduits en actions : la responsabilisation,  le collectif, la coopération, la justice (ce qu’on dit on le fait) et la capacité de changement.

C’est devenu un ADN: il y a une faculté d’évolution permanente, une véritable appropriation de la capacité à résoudre les problèmes en continue quand ils se présentent et en autonomie.  Je m’inscris dedans mais c’est bien une oeuvre collective qui est toujours en mouvement : nous sommes devenus un collectif chanceux, adaptable et résilient. Je suis fier de la façon dont on fait les choses, au delà des succès économiques. Cela nous rend beaucoup plus forts et nous avons la sensation de pouvoir nous adapter à plein de choses. 

Concernant les projets du Connecteur, sur quoi aurais-tu  particulièrement envie de t’investir ?

J’aime beaucoup l’idée du partage  de nos savoir-faire ou d’un sujet qui nous anime via un programme de Masterclass proposé par les administrateurs. Je trouve que c’est un bon moyen de se connaître. Je vais me dégager du temps pour participer !

Sinon, d’une manière plus générale, je suis très intéressé par les sujets de transformation sociétale, quand ils sont concrets. Je suis convaincu qu’il faut sortir des injonctions, appréhender ce qui va braquer et nourrir une  controverse saine, au sens premier du terme.

Le meilleur conseil jamais reçu ?

Ma mère me disait toujours ‘fais de ton mieux” et je n’ai jamais reçu meilleur conseil ! Parce que finalement, le pire reproche est celui que peut nous faire notre propre conscience.  J’essaie d’appliquer cette règle de vie avec le plus d’honnêteté possible.

Ton plus bel échec ?

Mon premier emploi. Ca a été une expérience assez courte. J’ai voulu aller vite et ça a été un bel échec dans le sens, où je me suis retrouvé dans un job que je ne sentais pas. Je me  suis senti flatté par les responsabilités qu’on me donnait et j’ai fait semblant d’oublier ce qui ne me convenait pas. Après, j’ai pris du recul  et analysé mon ressenti. J’ai pu l’exprimer calmement à mon patron de l’époque. J’ai été honnête, j’ai réussi à me faire comprendre et à faire accepter ma décision de partir.

Ton épitaphe de rêve ?

« Il est mort comme il a vécu:  heureux ! »

Enfin, en tout cas, une épitaphe qui traduise que ce n’est pas triste 

Tu fais quoi pour respirer, t’inspirer ? 

J’aime bien lire et j’aime aussi les livres. En papier j’entends.

J’ai beaucoup aimé deux livres de Yuval Noah Harari

Sapiens, une brève histoire de l’humanité.

Homo deus, une brève histoire de l’avenir.

 

 

J’ai relu aussi les grands classiques comme Sartre ou Camus. Pour moi, l’existentialisme est un humanisme. Je lis aussi de la philosophie plus contemporaine sur des sujets liés à la transformation et à la redirection écologique…

Une dernière source : Francis Wolff « 3 utopies contemporaines ». Il évoque le transhumanisme, l’animalisme et le cosmopolitisme.

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À propos de Véronique Jal

Ma ligne guide depuis 15 ans, c'est le management de projets collectifs à fort "sens ajouté" : les fromages AOP, les hébergements touristiques, la démarche d'attractivité d'une région... et aujourd'hui l'innovation territoriale via un média associatif Toulousaine d'origine, j'ai découvert et choisi l'Auvergne que mon parcours pro m'a amenée à connaître sous plein de facettes. Passionnée aussi de cuisine, j'ai créé et animé pendant 10 ans Slow Food Auvergne en arrivant à Clermont, puis plus récemment passé un titre de restaurateur entrepreneur à l'Institut Paul Bocuse, une chouette aventure !