Claire Antoine: faciliter la collaboration.

Claire Antoine: faciliter la collaboration.

Le Connecteur est un média associatif. Son conseil d’administration est donc le creuset du projet global. Une série de portraits pour comprendre ce qui rassemble ceux qui ont eu envie de rejoindre- ou poursuivre – l’aventure. Chacun a répondu aux mêmes questions: son lien au territoire, le sens de l’innovation, ses envies, ses valeurs, … avec sa sensibilité. Cette semaine c’est  Claire Antoine qui répond à nos questions.

Claire Antoine a un parcours d’exploratrice. Elle dit d’elle-même “Ce qui m’anime, c’est de faire dialoguer des mondes qui ont du mal à se comprendre”. Claire a dû en faire l’expérience: ingénieur de formation, elle a commencé à travailler dans des groupes industriels avant de partir co-créer une start up dans le monde digital. Elle y a vécu toutes les facettes du métier d’entrepreneur, s’est formée au codage, puis s’est intéressée aux enjeux de communication… jusqu’à la création de “Nouvelle vague*”.

Le cœur de métier de Claire avec Nouvelle Vague est d’être facilitatrice entre  des mondes qui ont besoin de travailler ensemble en partant de points de vue différents.  Sur des sujets tels que la transformation d’entreprise ou l’engagement dans des processus d’innovation, l’enjeu est de faire coopérer des gens très différents. Pour fédérer autour de sujets complexes pour bien se comprendre et faire ensemble, elle utilise  différents outils comme le storytelling et la facilitation graphique.

Avec humour, elle plaisante de son choix de nom « La Nouvelle vague » qui a une résonance toute particulière dans le contexte actuel…

Claire, qu’est ce qui t’anime par rapport à cette question de territoire(s) ?

Pour moi, le territoire, c’est là où les choses se font, le seul endroit où l’on peut être concret, où  des innovations peuvent émerger. Le moteur principal de l’action, c’est l’intérêt:  plus on est proche d’une problématique, plus on sera impliqué et concerné.

C’est humain. Bruno Latour dans “Où atterrir ?” rappelle l’épisode historique des cahiers de doléances: c’est la seule fois où l’on a demandé concrètement aux gens à quels problèmes ils étaient confrontés. En écoutant les problèmes ultra concrets, proches, ancrés … c’est à ce niveau là qu’on peut changer les choses. Cette logique me parait faire écho aux approches de résiliences.

Le territoire c’est le lieu de l’action et de l’innovation. 

J’ai vécu en Normandie, en Charente, en Moselle, à Madrid, à Paris … Mon engagement a été différent, j’ai été plus ou moins “consommatrice” des territoires, en fonction de mon âge, de mon activité… Mais en arrivant à Clermont, je pensais qu’il n’y avait que Michelin. J’ai été surprise de voir tout ce qui se passait en termes d’innovation. Il y a beaucoup d’acteurs, beaucoup d’engagement, c’est très dynamique. Beaucoup plus que ce que l’on croit, vu de loin. C’est drôle parce qu’on continue de me conseiller d’élargir mon périmètre géographique pour développer mon activité, en fait, je n’en ai pas besoin. Il y a un vrai potentiel à Clermont.

Susciter la rencontre

C’est ce que j’aime avec Le Connecteur. D’abord, j’adore le nom. Il fait écho à ce qui m’anime, susciter la rencontre et l’interaction entre des mondes, c’est bien “connecter”. Et  ce nom, je trouve que Le Connecteur l’incarne vraiment: par son conseil d’administration, par les sujets traités, par le traitement des initiatives qui naissent partout, souvent  des choses invisibles …

Je parlais de l’image de Clermont vu de Paris ou de Lyon mais finalement,  on est toujours “paumés” pour quelqu’un. Il y a la même méconnaissance des territoires alentours vus de Clermont et le fait, pour Le Connecteur, de vouloir aller chercher ce qui se passe plus loin, c’est chouette, c’est inspirant, ca donne envie de rencontrer. C’est hyper positif ! 

Il me semble que le réflexe des gros médias, serait plutôt d’aller voir ce qui marche, ce qui va avoir de l’écho, qui est déjà  valorisé …

Le Connecteur veut faire découvrir des choses dont on ne connaît pas l’existence, au travers de ses articles mais aussi de la démarche de cartographie. Personnellement, j’étais loin d’avoir identifié tous les acteurs qui figurent sur la première carto que vous avez diffusée. Et puis, ce qui est top, c’est la capacité que vous avez de mettre en contact … cette dynamique de connexion est bien incarnée !

L’enjeu : l’innovation, ça devrait servir à…?

Grande question ! Factuellement, l’innovation, c’est une nouveauté –  tech mais pas que, on peut aussi parler fonctionnalités, usages, etc – qui a trouvé un marché. Qui est acceptée socialement et va s’intégrer dans le quotidien des individus pour améliorer le bien être. 

L’innovation peut avoir beaucoup de finalités : c’est la solution qui permet de lever rapidement un obstacle par rapport à un objectif : gagner plus d’argent, mieux vivre, mieux respirer en ville … 

Sur la hiérarchie des motivations d’innovation “acceptables”, personnellement, je sais que je peux accompagner des projets de tout type. Mais l’année prochaine, je vais suivre le Master of Sciences “Stratégie et Design de l’Anthropocène” à l’Esc Clermont. J’ai envie que mon activité ait plus de sens. L’anthropocène, c’est la période géologique durant laquelle on a pris conscience que l’humanité et la Terre étaient indissociables.

Trouver le sens

Ca me parle beaucoup. J’ai envie d’appliquer mes connaissances à des problématiques qui concernent le changement climatique, la réflexion sur de nouveaux modèles économiques… La notion de progrès a été remplacée par celle d’innovation. Mais aujourd’hui, il faut questionner le bénéfice et la responsabilité de l’usage d’une innovation. Nous sortons d’une période durant laquelle  l’innovation est devenue une fin en soi.  Quand on identifie un problème, c’est immédiatement une solution techno qui est imaginée.

J’ai récemment participé à un hackathon autour de la question du lien social. Très vite, on s’est retrouvé à bosser sur une idée d’appli pour créer du lien entre voisins. A-t-on vraiment besoin d’une appli pour ça ?

Le vrai lien me paraît être dans la présence réelle.

C’est  encore moins que low tech, c’est pas de tech du tout ! Ca devient absurde. 

De mon point de vue, nos capacités créatives d’innovation devraient se concentrer  sur des problématiques majeures. 

Pour toi, Claire, quelles valeurs faut-il défendre ?

Nous avons besoin de dialoguer pour faire ensemble. Quels que soient les sujets. Pro ou sociétaux. Aussi, pour moi, il est essentiel de rendre visible la diversité des points de vue, de donner la parole à tout le monde, sans a priori, sans préjugés. Surtout à ceux qui sont invisibles. Inclure, montrer la diversité, sortir de l’entre soi.

Résister à la tendance d’aller voir ce qui nous ressemble.

C’est capital. Pourquoi ? parce que la richesse est là et c’est le prérequis du dialogue. Il faut pouvoir sortir de sa vision du monde, développer sa capacité à ressentir l’empathie: écouter vraiment, comprendre ce que les gens vivent pour comprendre leurs réactions, leurs actions.

Quand j’accompagne des personnes qui n’arrivent pas à s’écouter, au lieu de les forcer à s’écouter, je les fais parler de leur quotidien, et raconter leur expérience. Ça permet de se mettre à la place de l’autre et de partager son vécu. 

J’ai beaucoup aimé l’image employée par Edgar Morin, dans un Mooc sur la complexité. Selon lui, on n’est jamais aussi intelligent qu’au cinéma. On arrête de penser en binaire, en gentil ou méchant, en bien ou mal… on s’attache aux personnages d’un film, dans leurs ambivalences : les méchants ne sont jamais que méchants et inversement. Les histoires permettent d’embarquer dans la complexité des individus. 

Et puis, une autre valeur d’importance, socle du reste : la bienveillance!

Une action collective à laquelle tu participes et dont tu es fière ?

Je suis pas forcément très “collectif” par nature. Enfin, plutôt, ce que j’aime, c’est être entre les collectifs.

Je préfère être à l’intersection qu’à l’intérieur. 

Je m’y sens un peu prisonnière, j’ai du mal avec l’entre-soi. J’aime découvrir plein de choses, j’aime contribuer ponctuellement mais ne pas être enfermée. Je suis spontanément plus tournée vers l’observation et l’analyse que vers l’action. Mais il faut bien les deux.  Le collectif est indispensable pour réussir des choses, mais chacun peut y trouver sa place de manière différente.

Concernant les projets du Connecteur, sur quoi aurais-tu envie de t’investir ?

Il y a ce sujet des “masterclass”, sur lequel j’ai envie de proposer une forme de découverte de la facilitation graphique. J’aime bien cette idée de mettre en commun des expertises d’univers variés. C’est très riche. 

Il y a aussi un sujet qui m’intéresse beaucoup, c’est celui de la cartographie. C’est hyper important, pour n’importe qui, de savoir dans quel environnement on évolue. C’est vraiment une ressource précieuse. J’apprécie la méthode choisie, démarrer avec une représentation simple et poursuivre avec des outils plus techniques. La réflexion sur la manière d’utiliser des outils sans complexifier, en pensant utilisateurs m’intéresse beaucoup.

Le meilleur conseil jamais reçu ?

Ce n’est pas un conseil, c’est une citation de l’écrivain et humoriste Alphonse Allais : “Ne nous prenons pas au sérieux. Il n’y aura aucun survivant”

Ton plus bel échec ?

Je ne crois pas avoir eu de bel échec. Les échecs sont toujours douloureux pour moi. On a toujours tendance à vouloir les relativiser en disant que ce sont des sources d’apprentissage. C’est vrai mais cela n’en fait pas pour moi quelque chose de positif. C’est nécessaire mais ça n’est pas beau. J’ai souvent du mal avec les “fail conf” pendant lesquels les gens racontent leurs échecs. Ils sont capables d’en parler car ce sont des échecs qui ont mené à des réussites.

Un échec, c’est douloureux et il faut l’accepter.

Ton épitaphe de rêve ?

Ci git Claire Antoine : sobre et efficace

Tes respirations/ inspirations : lectures, podcasts, …

Bruno Latour Où atterrir 

Laurent Mermet, professeur de sciences de gestion à AgroParisTech dont les cours sur la négociation, l’analyse stratégique de la gestion environnementale et les théories de la gestion sociale de l’environnement sont passionnants

Une logique de la communication de Janet Helmick Beavin, Don D. Jackson, Paul Watzlawick

L’émission Les pieds sur terre sur France culture, qui permet justement de garder les pieds sur terre et de comprendre le vécu des autres au delà des préjugés.

Les autres portraits déjà parus

Damien Caillard: journalisme, environnement et … bilboquet.

 

Virginie Rossigneux. Favoriser la controverse.

Emmanuelle Collin. Bousculer les croyances limitantes.

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À propos de Véronique Jal

Ma ligne guide depuis 15 ans, c'est le management de projets collectifs à fort "sens ajouté" : les fromages AOP, les hébergements touristiques, la démarche d'attractivité d'une région... et aujourd'hui l'innovation territoriale via un média associatif Toulousaine d'origine, j'ai découvert et choisi l'Auvergne que mon parcours pro m'a amenée à connaître sous plein de facettes. Passionnée aussi de cuisine, j'ai créé et animé pendant 10 ans Slow Food Auvergne en arrivant à Clermont, puis plus récemment passé un titre de restaurateur entrepreneur à l'Institut Paul Bocuse, une chouette aventure !